La Turquie renforce sa position sur la scène internationale (étude)

Alors que le monde continue de se redessiner sous l'effet d'une actualité internationale en perpétuel changement, la Turquie ne cesse à dire qu'elle a son mot à dire sur l'avenir de l'humanité.

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La Turquie renforce sa position sur la scène internationale (étude)

 

 

par Öznur Küçüker Sirene

 

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan est en visite aux États-Unis du 19 au 22 septembre afin de participer aux réunions de la 76e session de l'Assemblée générale des Nations Unies. Pendant sa visite, il a effectué une réunion avec des représentants des communautés turque et musulmane, en marge d'une conférence organisée par le Comité directeur national turco-américain (TASC) sous le slogan « Il est possible de créer un monde plus juste ».

Il a également inauguré la maison des Turcs, Türkevi, à New York. Le nouveau bâtiment Türkevi d'une hauteur de 171 mètres sur une superficie d'environ 20 000 mètres carrés, situé juste en face du bâtiment de l'ONU, est sans aucun doute à l'image de la Turquie, puissance montante dans le monde.

En 2020, la Turquie avait vécu de nombreux problèmes avec les Etats-Unis, l'Union européenne et les pays du Golfe.

En 2021, la politique étrangère de la Turquie a connu un changement radical par l'adoption d'une attitude plus constructive vis-à-vis des pays avec lesquels Ankara avait des conflits d'intérêt.

Reprise du dialogue

La grande nouveauté de l'année 2021 fut certainement la reprise du dialogue avec les pays du Golfe. Suspendues en 2013 suite au renversement de Mohammed Morsi par l'armée conduite par le général Al-Sissi, les relations diplomatiques entre la Turquie et l'Egypte ont repris. Après de multiples accusations mutuelles, la Turquie et les Émirats Arabes Unis aussi ont décidé de tourner la page. Le président Erdoğan a même annoncé que « les Emirats arabes unis se préparaient à faire de sérieux investissements en Turquie ». Enfin même l'Arabie saoudite qui a boycotté des produits turcs et fermé 8 écoles turques, a décidé de se concentrer sur des intérêts mutuels avec la Turquie. Les deux pays avaient vécu une grande crise suite à l'assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au consulat de son pays à Istanbul. Bien évidemment, la levée de l'embargo imposé par ces pays contre le Qatar, partenaire important de la Turquie, a été l'élément déclencheur de l'amélioration des relations bilatérales.

En améliorant les relations de son pays avec les pays du Golfe, le président Erdoğan n'a pas non plus négligé les liens d'Ankara avec les Etats-Unis. Malgré le soutien de Washington au groupe terroriste PKK/YPG, son refus d'extrader le chef de l'organisation terroriste FETÖ, Fethullah Gülen vers la Turquie, ses sanctions contre Ankara en raison de l'achat des S-400 russes, la Turquie et les États-Unis restent des partenaires importants. Lors de sa visite aux États-Unis, le président Erdoğan a ainsi annoncé que la Turquie et les États-Unis sont deux pays amis et alliés partageant des intérêts mutuels.

Avec l'Union européenne aussi, malgré des hauts et des bas, la Turquie continue de développer une coopération stratégique dans différents domaines. Sur le plan économique, l'Union européenne à 27 demeure le premier partenaire commercial de la Turquie avec des échanges commerciaux stables. La Turquie reste aussi un acteur clé pour l'UE afin de protéger les frontières de l'UE en menant une lutte efficace contre le terrorisme et surtout pour contenir l'afflux des réfugiés. Malgré des sanctions symboliques contre la Turquie en raison de ses activités en Méditerranée orientale, l'Union européenne semble accorder une grande importance à ses relations avec la Turquie. La preuve en est que la Turquie est évaluée comme un partenaire incontournable d'après les rapports de prospective stratégique de l’Union européenne diffusés par la Commission européenne. Dans l'un des rapports la Turquie est décrite comme l’une des sept forces montantes à savoir le Brésil, la Chine, l’Inde, l’Indonésie, le Mexique et la Russie.

Rôle de la Turquie au sein de l'OTAN

Lorsque le président américain Joe Biden est arrivé au pouvoir, il a clairement exprimé sa volonté de renforcer l'OTAN face aux défis posés par la Russie et la Chine. Or le retrait chaotique des troupes américaines d'Afghanistan a mis en cause la crédibilité des États-Unis sur la scène internationale. Aujourd'hui, face à l’incapacité des talibans à administrer l’aéroport de Kaboul, la Turquie aspire à jouer un rôle dans sa gestion. Cette nouvelle mission permettrait à la Turquie d'empêcher que l'Afghanistan tombe dans les mains des organisations terroristes, d'assurer la paix et la sécurité dans la région et de jouer un rôle clé au sein de l'OTAN. Cela lui permettrait aussi de reconstruire une relation stratégique de confiance avec les Etats-Unis tout en lui donnant les moyens de bloquer l'afflux des réfugiés afghans vers la Turquie et les pays de l'UE.

Un autre développement important est sans aucun doute la crise actuelle entre les États-Unis et la France suite à la décision de l'Australie d'annuler le contrat d'achat de sous-marins français au profit de navires américains. La crise est d'une telle ampleur que la France a rappelé son ambassadeur aux États-Unis de même que celui en Australie. Dans un tel contexte la question qui se pose naturellement est de savoir si la France s'engagera ou non à quitter l'OTAN. Une autre question qui se pose est liée à l'éventuelle création d'une armée européenne. Avec la présidence française de l’UE entre janvier et juin 2022, une nouvelle ère de confrontation commencera-t-elle entre les États-Unis et l'UE qui s'est positionnée du côté de la France dans l'affaire des sous-marins ? Une chose est certaine : Dans la nouvelle configuration des relations des alliés occidentaux, la Turquie (candidate à l'UE et possédant la deuxième armée la plus importante de l'OTAN en termes d'effectifs) continuera à être le partenaire que toutes les parties souhaiteront attirer dans son camp.

En conclusion, alors que des cartes se redistribuent sur la scène internationale avec des développements régionaux et internationaux de première importance, la Turquie conserve une place stratégique pour toutes les puissances mondiales. Elle est capable d'influer sur le cours des événements dans de nombreux conflits régionaux tout en ayant son mot à dire sur le fonctionnement de l'ordre mondial. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan déclare ainsi dans son nouveau livre qu' « il est possible de créer un monde plus juste » en proposant un modèle plus représentatif pour un monde actuellement dominé par « la loi du plus fort ». Dans ce nouveau modèle, la Turquie, pays le plus généreux du monde en termes d'aides humanitaires et celui qui accueille le plus grand nombre de réfugiés au monde, serait certainement un modèle à suivre pour tout le reste du monde.



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