Feux de forêt, écoterrorisme, fake news : La rude épreuve de la Turquie

La Turquie lutte non seulement contre des feux forestiers mais aussi contre la menace terroriste et les fake news qui visent à affaiblir le pouvoir.

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Feux de forêt, écoterrorisme, fake news : La rude épreuve de la Turquie

par Öznur Küçüker Sirene

La Turquie fait face à d'importants feux de forêt survenus dans les régions égéenne et méditerranéenne du pays. Pour le 8e jour consécutif, l'Etat poursuit sans relâche sa lutte contre les feux forestiers avec l'aide de la société civile et des citoyens qui viennent des quatre coins du pays au secours des sinistrés.  

Des températures supérieures à 40 degrés rendent la maîtrise des feux encore plus compliquée. La Turquie et Chypre connaissent des températures caniculaires qui ont de nouveau dépassé les 50 degrés au sol. Les chaleurs caniculaires provoquent aussi une augmentation record de la consommation d’électricité, ce qui a donné lieu à des coupures de courant, lundi, dans les grandes villes comme Ankara et Istanbul.

Selon le dernier bilan au 4 août, sur les 174 incendies qui se sont déclarés ces 8 derniers jours dans le pays, 160 sont maitrisés.

En dehors de la Turquie, les feux de forêt menacent aussi d’autres pays du monde. Sur les près de 80 feux en Grèce, 40 feux ne sont toujours pas maitrisés. Plusieurs dizaines d’incendies se sont aussi déclarées dans le sud de l’Albanie. De la même manière, l'Italie a enregistré en cette fin de semaine plus de 800 départs de feu, essentiellement dans le sud du pays. Un peu plus loin, la Finlande subit son plus grand feu de forêt depuis 50 ans.

L’écoterrorisme du PKK

Il existe plusieurs scénarios au sujet de l’origine de multiples incendies survenus en Turquie. Selon le premier scénario, les feux de forêt sont un phénomène naturel que l’écosystème méditerranéen connaît depuis des millénaires. Ceci est aggravé par le réchauffement climatique qui menace la planète ainsi que l’impact humain. La preuve est que l’été 2021 fait des ravages à travers une grande partie des forêts européennes.

Or le caractère presque simultané des multiples incendies qui ravagent plus particulièrement les zones balnéaires et touristiques de la Turquie fait craindre aussi une origine criminelle.

Il est bien connu de tous que l’organisation terroriste PKK se sert depuis longtemps des incendies de forêts comme méthode de « vengeance » de l'Etat turc. Dans un discours, l’un des membres les plus hauts placés du PKK, Murat Karayılan, avait même incité les jeunes à utiliser cette méthode : « Deux ou trois jeunes peuvent très bien se rassembler et faire quelque chose. Ils peuvent dire ‘nous n’avons pas d’arme’ mais leurs armes sont des briquets et des allumettes », avait-il déclaré.

Dans un communiqué diffusé sur les réseaux sociaux via un site d’information pro-PKK, le groupe appelé « Initiative des enfants du feu », liée à l'organisation terroriste PKK, a récemment revendiqué la responsabilité de multiples incendies survenus en Turquie. En 2019, le groupe terroriste avait revendiqué de la même manière la responsabilité de 27 incendies distincts déclenchés dans des villes métropolitaines de l’ouest entre le 11 juillet et le 24 août.

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a annoncé l'ouverture d'une enquête au sujet des indices faisant état d'un éventuel lien entre le terrorisme et les incendies de forêts qui se poursuivent dans le pays.

« Si nous avons la confirmation d'un éventuel lien entre le terrorisme et les incendies de forêts, -et nous avons quelques indices en ce sens-, nous suivrons l'affaire jusqu'au bout et ferons le nécessaire », a-t-il déclaré.

Selon le troisième scénario, le PKK se sert des incendies naturels pour menacer l’Etat turc ou l’origine des incendies est à la fois naturelle et criminelle.

Aide internationale et manipulation médiatique

Pendant que l’Etat turc poursuit sa lutte contre les feux forestiers, de nombreux pays du monde présentent leurs condoléances à la Turquie et aux familles des incendies de forêt.

L'Union européenne a envoyé trois avions bombardiers d'eau, deux depuis l'Espagne et un de la Croatie, pour aider la Turquie à lutter contre les incendies.

Avant l'annonce de l'aide de l'UE, la Turquie avait aussi emprunté des avions auprès de la Russie, de l'Ukraine, de l'Azerbaïdjan et de l'Iran.

Alors que les autorités turques ont mobilisé tous leurs moyens pour maîtriser les feux, une campagne d’aide internationale au nom de « Help Turkey » a été lancée et diffusée par des célébrités. Si une partie du peuple a effectivement utilisé le hashtag avec de bonnes intentions, la campagne semblait suspecte par ceux qui ont constaté qu’elle était plus particulièrement relayée par des comptes fake provenant des pays étrangers avec des fake news. Dans une étude détaillée, Marc Owen Jones, analyste du discours politique en ligne, a d'ailleurs révélé que le volume de tweets postés avec le hashtag #HelpTurkey semblait suspicieusement irrégulier.

L'objectif de la campagne a été perçu comme une volonté de présenter la Turquie comme un Etat faible, de dissuader les touristes à visiter la Turquie en diffusant un faux bilan de l'état des incendies, de nuire à l'économie turque après un redressement lors de la saison estivale et enfin de rendre le pays plus vulnérable aux ingérences extérieures.

 Le directeur turc de la communication, Fahrettin Altun, a d'ailleurs lancé un autre hashtag #StrongTurkey, affirmant que le gouvernement avait pris toutes les mesures nécessaires pour lutter efficacement contre les feux.

En conclusion, la Turquie lutte non seulement contre les feux forestiers mais aussi contre la menace terroriste et les fake news qui visent à affaiblir le pouvoir. S’il est certain que les adversaires et ennemis de la Turquie profiteront de ces moments de détresse pour intensifier leurs attaques contre le pays, le peuple turc est déterminé à faire redresser la patrie en « pansant les plaies » après ces jours de catastrophe naturelle.



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