Le spectaculaire élan diplomatique de la Turquie en 2021

Si l'année 2020 fut marquée par des hauts et des bas dans les relations de la Turquie avec les pays étrangers, l'année 2021 sera certainement celle de la reprise des relations diplomatiques.

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Le spectaculaire élan diplomatique de la Turquie en 2021


par Öznur Küçüker Sirene

La première réunion annuelle du Forum diplomatique d'Antalya (18-20 juin) a connu une forte participation des dirigeants et des ministres des Affaires étrangères de différents pays. Lors du forum, le chef de la diplomatie turque Mevlüt Çavuşoğlu a organisé plus de 50 réunions bilatérales. Au total, 11 chefs d'État et de gouvernement, 45 ministres des Affaires étrangères et des représentants au niveau ministériel ont participé au forum, selon le ministre turc. « Cela signifie qu'un ministre des affaires étrangères sur cinq à travers le monde était présent ici », a déclaré Çavuşoğlu afin de souligner l’importance de l’initiative.

Lors du forum, ont été abordés de nombreux sujets importants dont notamment la crise en Méditerranée orientale, que la Turquie souhaite transformer en une « mer d'amitié » avec une  « diplomatie novatrice » et de nouvelles approches.

« Avec le Forum d'Antalya sur la Diplomatie, nous visons à renforcer également dans le domaine de la réflexion notre influence sur le terrain et à la table », a affirmé Çavuşoğlu.

En effet, après de nombreux succès militaires en Syrie, en Libye et dans le Haut-Karabakh, l'offensive diplomatique de la Turquie s'observe dans l'augmentation des visites officielles à l'étranger et des déclarations constructives des officiels afin de normaliser et renforcer les relations avec les pays étrangers.

Normalisation et renforcement des relations avec les pays étrangers

La pandémie qui a bouleversé le monde entier tout au long de l'année 2020 a empêché les déplacements et réunions à l'étranger. Cela a bien évidemment eu un impact négatif sur les relations internationales. Les responsables turcs ont profité de la baisse des cas de coronavirus dans le monde suite à une vaccination massive de la population mondiale afin d'intensifier les échanges et visites diplomatiques.

Cela a permis un début du réchauffement des relations avec les pays avec lesquels la Turquie a vécu des tensions en 2020.

Au mois de mai, le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu s'est rendu en Arabie saoudite afin de discuter des relations bilatérales et des développements régionaux. C'était la première visite de haut niveau depuis l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi au Consulat de son pays à Istanbul. De la même manière, une délégation du ministère turc des Affaires étrangères a entamé des discussions avec des responsables égyptiens au Caire, pour une tentative de rapprochement après des années de brouille depuis la destitution en 2013 du président Mohamed Morsi. Fin mai, Çavuşoğlu s’est rendu dans un troisième pays avec lequel la Turquie vit d’importantes crises : la Grèce. Lors de cette visite particulièrement constructive, « nous sommes prêts au dialogue, à des pourparlers avec la Grèce pour le développement de nos relations dans tous les domaines, sans conditions préalables », a déclaré Çavuşoğlu. Les deux pays sont parvenus à un consensus sur 25 points pour développer leur coopération.

En juin, le trafic diplomatique s’est davantage intensifié avec des déplacements de haut niveau à l’étranger. Tout d’abord, une importante délégation turque composée des plus hauts responsables de l'Etat a visité la Libye en amont du sommet de l'OTAN.

Ensuite le président turc Recep Tayyip Erdoğan s’est déplacé à l’étranger pour participer à un sommet international pour la première fois depuis le début de la pandémie. Avant la tenue du sommet de l’OTAN, le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a accordé un entretien apaisant à France 24 au sujet des relations Turquie-Grèce, pour expliquer que les deux pays devraient trouver le moyen de désescalader les tensions en tant que pays voisins et alliés de l’OTAN malgré leurs différends. 

Lors du sommet de l’OTAN, le chef de l’Etat turc a eu l’occasion de rencontrer plusieurs de ses homologues comme la chancelière allemande Angela Merkel, le président français Emmanuel Macron et le président américain Joe Biden. 

La rencontre d’Erdoğan avec Biden a fait couler beaucoup d’encre car elle s’est déroulée dans une atmosphère particulièrement détendue. « Nous croyons avoir ouvert les portes d'une nouvelle ère avec les États-Unis sur une base positive et constructive », a commenté Erdoğan au sujet de sa rencontre avec Biden, ajoutant que « la seule demande de la Turquie (auprès de Washington) est de voir sa souveraineté économique et politique respectée et d'être soutenue dans sa lutte contre les organisations terroristes ».

Un autre pays avec lequel la Turquie a vécu d’importantes tensions tout au long de l’année 2020 est la France. Or la rencontre d’Erdoğan avec son homologue français lors du sommet de l’OTAN s’est déroulée, contre toute attente, dans un climat tout aussi positif. Après la réunion, le chef d’Etat français a souligné « sa volonté de travailler de concert avec Ankara à la résolution des crises en Syrie et en Libye ». Le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian s’est aussi félicité d’un « cessez-le-feu verbal » entre la France et la Turquie.

En conclusion, on observe que l’offensive diplomatique de la Turquie en 2021 commence à donner ses fruits partout dans le monde. Après avoir prouvé ses prouesses militaires, la Turquie renforcera sûrement sa place sur la scène internationale en privilégiant le dialogue et non le conflit avec les différents pays du monde.



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