La Turquie prouve qu’elle est indispensable pour l’OTAN

Le sommet de l’OTAN du 14 juin est évalué comme une volonté de l’Alliance d’ouvrir un nouveau chapitre des relations transatlantiques. Malgré les polémiques, les Alliés semblent unanimes sur le rôle clé que jouera la Turquie dans ce nouveau chapitre.

1659126
La Turquie prouve qu’elle est indispensable pour l’OTAN

par Öznur Küçüker Sirene

Le sommet de l'OTAN a eu lieu lundi 14 juin avec la participation des représentants des 30 Etats membres qui se sont réunis afin de trouver des réponses collectives à des défis communs. A l'ordre du jour, il y avait principalement les relations avec la Chine, la Russie mais aussi l'agenda de réforme OTAN 2030, destiné à renforcer l’Alliance.

La place et le rôle de la Turquie au sein de l’OTAN a fait couler beaucoup d’encre pendant l’administration Trump notamment lorsque le président français Emmanuel Macron avait déclaré en 2019 que l’OTAN était « en état de mort cérébrale » en réaction à la décision américaine de retrait du nord de la Syrie et l'opération militaire de la Turquie dans la région afin de lutter contre les menaces terroristes du PKK / YPG et de Daech.

Les relations entre les deux alliés de l’OTAN étaient particulièrement tendues lorsque la France a prétendu que la frégate française Courbet avait été ciblée à plusieurs reprises par des navires turcs en Méditerranée. Le gouvernement turc a expliqué que « ces accusations étaient infondées » et l'enquête de l'OTAN sur l'incident du Courbet (qui n'a pas été révélée au grand public) lui a donné raison. Le ministère français des Armées a même décidé de retirer ses moyens de l'opération Sea Guardian « dans l’attente d’obtenir des réponses à des demandes relatives à l’incident avec la Turquie ».

Une autre question épineuse était l’acquisition par la Turquie des systèmes de défense aérienne russe S-400. Prétextant « une menace » pour son programme d'avions de combat F-35 et une incompatibilité avec les systèmes de défense partagés de l'OTAN, les Etats-Unis ont imposé des sanctions à la Turquie, interdisant tout nouveau permis d'exportation d'armes à l'agence gouvernementale turque en charge des achats d'armement. Même si la Turquie a toujours assuré qu’il n’y avait aucun danger pour ses alliés de l'Alliance atlantique, elle a même fini par être exclue du programme américain d'avions furtifs F-35.

Un rôle majeur au sein de l’OTAN

L’un des événements les plus attendus du sommet de l’OTAN était sans aucun doute la rencontre du président turc Recep Tayyip Erdoğan avec son homologue américain Joe Biden. Malgré de nombreux désaccords entre la Turquie et les Etats-Unis, tels que le soutien apporté par les Etats-Unis aux YPG, ses liens avec l’organisation terroriste FETÖ, la qualification de « génocide » par Biden pour les événements de 1915, la réunion entre les deux leaders s’est déroulée dans une atmosphère positive. « Je dois dire que nous avons eu un entretien très productif et sincère », a déclaré Erdoğan lors d’une conférence de presse à Bruxelles, ajoutant qu'« aucun problème dans les relations entre la Turquie et les Etats-Unis n’est insurmontable ».

Même ton pour l’entretien du président Erdoğan avec son homologue français Emmanuel Macron, suite auquel le chef d’Etat français a déclaré que la rencontre à Bruxelles s’est déroulée dans « un climat apaisé » et que les deux leaders s'engagent à « travailler ensemble » sur la Libye et la Syrie.

Si ces échanges constructifs du président turc avec ses homologues occidentaux prouvent que malgré des diverges d’intérêts et désaccords, ni les Etats-Unis ni les pays européens ne peuvent plus tourner le dos ni renoncer à la Turquie devenue un acteur de première importance sur la scène internationale, ils montrent aussi qu’« une nouvelle ère a commencé dans les relations transatlantiques », comme souligné par le secrétaire général de l'OTAN Jens Stoltenberg.

Dans cette nouvelle ère, la Turquie, deuxième armée de l’OTAN en termes d’effectifs, a certainement un rôle majeur à jouer. La proposition de la Turquie au sujet de l'avenir de l'aéroport international à Kaboul après le retrait des troupes de l'OTAN d'Afghanistan après 20 ans dans le pays en est l'une des meilleures preuves. « Nous travaillons avec les Alliés de l'OTAN sur la façon de maintenir des infrastructures importantes, comme l’aéroport international à Kaboul. La Turquie est aujourd'hui un allié clé pour le fonctionnement de l'aéroport », souligne Stoltenberg à cet égard.

Le président Erdoğan a également mis l'accent sur le rôle central de la Turquie au sein de l'OTAN en transmettant des messages importants par message vidéo lors de la session ayant pour thème « Contribution à la stabilité » du Forum de Bruxelles, tenue en marge du sommet des chefs d'État et de gouvernement de l'OTAN. Il a notamment souligné qu’en défendant ses propres frontières, la Turquie assurait aussi la sécurité et la stabilité des frontières de la zone transatlantique. Il a aussi indiqué que la Turquie est en première ligne dans la lutte contre le terrorisme sur toutes les plateformes internationales et qu'elle est le seul allié de l'OTAN à s’être battu corps à corps contre Daech et à avoir perdu ses jeunes enfants pour cette cause.

Enfin il a rappelé la contribution majeure de la Turquie à la pérennité de l’OTAN en déclarant que « la Turquie fait partie des cinq principaux alliés contribuant le plus aux opérations et missions de l'OTAN, et des huit principaux alliés contribuant le plus au budget commun ». Pour accentuer le rôle majeur de la Turquie au sein de l'OTAN, il a précisé que « le commandement de la Force opérationnelle interarmées à très haut niveau de préparation (VJTF) de l’OTAN est confié à la Turquie cette année ».

En conclusion, malgré les nombreuses épreuves auxquelles les relations Turquie-OTAN ont été soumises durant ces dernières années, une chose n’a jamais été remise en question : la place fondamentale qu’occupe la Turquie au sein de l’Alliance transatlantique.

Si dans le monde post-pandémique les alliés de l’OTAN veulent peser devant la menace que représentent des puissances telles que la Chine et la Russie, ils doivent certainement multiplier les terrains d’entente avec Ankara plutôt que chercher les moyens de l’écarter de l’Alliance.



SUR LE MEME SUJET