« Une diplomatie forte au service d’une Turquie forte » en 2021

En cette nouvelle année, la devise « paix dans le pays, paix dans le monde » semble guider la politique étrangère d’Ankara. La Turquie tend un rameau d’olivier à presque tous les pays avec lesquels elle a vécu des problèmes

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« Une diplomatie forte au service d’une Turquie forte » en 2021

 

par Öznur Küçüker Sirene

Après une année marquée par l’épidémie de coronavirus et des tensions diplomatiques malgré les nombreux succès de la Turquie dans différentes parties du monde (Syrie, Libye, Irak, Haut-Karabakh…), l’année 2021 s’annonce beaucoup plus positive.

La découverte d'un vaccin prometteur contre le coronavirus par Uğur Şahin et Özlem Türeci, deux médecins allemands d'origine turque qui ont fondé la société BioNTech, ainsi que le lancement des campagnes de vaccination à travers le monde représentent une lueur d’espoir pour la nouvelle année.

Mais ce n’est pas tout. Le président turc Recep Tayyip Erdoğan a annoncé pour son pays « une année de reprise et de réformes dans divers domaines ». « Nous voulons faire de 2021 une année où nous faisons un bond en avant. C’est ce à quoi nous nous préparons actuellement », a-t-il déclaré.

Après avoir subi des sanctions de la part des Etats-Unis et de l’Union européenne (UE), la Turquie s’est également engagée à renforcer davantage sa production et technologie nationales. Le départ du premier train d'exportation turc vers la Chine ainsi que le lancement réussi du nouveau satellite turc, Turksat 5A, dans l'espace en sont quelques exemples récents.

L'indépendance énergétique de la Turquie constitue aussi un élément clé dans la politique intérieure du pays sachant qu'il alloue des sommes considérables chaque année à l’importation d’énergies. Les dépenses du pays dans ces importations (99 % du gaz naturel consommé est importé) représentent la plus grosse part du déficit actuel de la balance courante. La découverte de deux réserves de gaz naturel d’une quantité totale équivalente à 405 milliards de mètres cubes en mer Noire et la poursuite des recherches d’hydrocarbures en Méditerranée orientale traduisent une nouvelle stratégie de la part de la Turquie dans le domaine des énergies.

En dehors de ces avancées positives en interne, le plus grand changement qui caractérise les premiers jours du nouvel an est sans aucun doute l’attaque diplomatique de la Turquie qui changera ses rapports avec de nombreux pays du monde, avec lesquels elle a traversé des périodes de tensions et de crises.

Appel au dialogue et « normalisation » des relations conflictuelles

Dans la nouvelle année d’« apaisement », à la fois des responsables politiques turcs et  étrangers ont enchaîné une série de déclarations donnant le signal d’une « nouvelle ère » dans la politique étrangère de la Turquie. Si on ne peut pas s’attendre à une politique de « zéro problème » avec le reste du monde, on peut déjà prévoir que la Turquie misera sur une « diplomatie » puissante afin de créer de nouvelles alliances et renforcer ainsi sa position sur la scène internationale.

L'exemple le plus concret est la volonté de désescalade du président turc Recep Tayyip Erdoğan entre la Turquie et l'UE après un grand nombre de différends. « Nous sommes prêts à remettre nos relations sur les rails », a-t-il déclaré mardi lors d'un discours devant les ambassadeurs des pays de l'UE en poste à Ankara. Il a même appelé l'UE à admettre la Turquie en son sein en précisant que « L'incertitude croissante que le Brexit a engendrée ne disparaîtra qu'après l'adhésion de la Turquie ». Les déclarations apaisantes du ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu ont également souligné cette volonté d'une nouvelle ère dans les relations entre la Turquie et l'UE. Il a annoncé que son pays était « prêt pour un partenariat » avec l'UE et qu'un « programme de réformes » allait être entrepris en ce sens.

L’heure est également à la réconciliation avec la France qui n’a cessé de s’opposer à la Turquie dans différents dossiers internationaux. « Si la France est sincère, la Turquie est prête à normaliser sa relation avec la France », a déclaré le 7 janvier Çavuşoğlu, lors d'une conférence de presse à Lisbonne au Portugal, soulignant qu'après une discussion téléphonique constructive avec son homologue français, Jean-Yves Le Drian, « ils se sont mis d'accord pour travailler sur une feuille de route pour normaliser les rapports » entre les deux pays.

Le même ton est aussi visible de l’autre côté de l’Atlantique. Après les événements de violence qui ont frappé le Congrès américain le 6 janvier, ayant coûté la vie à 5 personnes, dont un policier, deux semaines avant l'investiture de Joe Biden, le gouvernement turc envisage de tourner la page avec Washington. Le porte-parole de la présidence turque, İbrahim Kalın a déclaré dimanche à la chaîne de télévision turque CNN Türk que les contacts des responsables turcs avec l'équipe de transition de Biden étaient jusqu’à présent « très positifs » et que les responsables américains disent vouloir « développer de bonnes relations avec la Turquie et ouvrir une nouvelle page ».

La résolution de la crise du Golfe après le réchauffement des relations entre le Qatar et ses voisins a aussi montré ses premiers effets dans les relations de la Turquie avec ces pays. Le ministre d’État des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Anwar Gargash, a affirmé que son pays souhaitait « normaliser ses relations avec la Turquie dans le cadre du respect de la souveraineté », une déclaration qui paraissait presque impossible il y a encore quelques mois, tant les différends étaient nombreux entre les deux pays. Rappelons également le souhait d'Erdoğan de voir son pays entretenir de meilleures relations avec Israël, tout en dénonçant la politique de l'État hébreu vis-à-vis des Palestiniens.

Selon certaines sources, la Turquie pourrait même ouvrir ses frontières avec l’Arménie qui souffre de sous-développement chronique, à la suite de la normalisation des relations entre les deux pays, à condition qu’Erevan cesse sa politique d’hostilité envers Ankara.

En conclusion, ce bilan de la nouvelle manœuvre diplomatique d’Ankara nous indique que le gouvernement turc suivra la stratégie d’une « diplomatie forte au service d’une Turquie forte » en 2021. Malgré certains conflits qui perdurent comme celui avec la Grèce qui multiplie les alliances militaires contre la Turquie (telles que le récent accord de défense avec Israël), il est clair que la Turquie mettra tous les moyens afin de trouver les solutions diplomatiques les plus adéquates à ses problèmes.

 



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