Les discussions sur Chypre (étude)

Une étude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

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Les discussions sur Chypre (étude)

La Conférence sur Chypre qui a eu lieu à Crans-Montana en Suisse,  n’a pas abouti à un quelconque résultat positif. Dans notre programme de cette semaine, nous allons analyser les pourparlers sur Chypre ainsi que ses effets sur la région.

La question chypriote fait partie des questions qui n’ont pu être résolues depuis des années. Cette île stratégique au milieu de la Méditerranée fait de nouveau l’actualité dans les médias internationaux en tant que question mondiale. En fait, on était proche d’une solution ces derniers temps. Comme vous le savez, le plan Annan a été soumis à un référendum en 2005. Toutefois, le résultat a été négatif. Alors que la partie turque s’est prononcée en faveur du plan, les Chypriotes grecs ont voté contre. Malgré cela, l’Union européenne a récompensé les Chypriotes grecs en autorisant son adhésion, contrairement aux usages diplomatiques établis.

            Les pourparlers sur Chypre ont repris le 28 juin sous les auspices du conseiller spécial sur Chypre des Nations unies Espen Barth Eide. Les pourparlers qui ont continué durant presque 10 jours, n’ont pas abouti. La Turquie, la République turque de Chypre du Nord et l’Angleterre se sont entièrement conformées à la décision de confidentialité. Cependant, la Grèce et le secteur chypriote grec ont dévoilé à la presse les demandes de la partie turque tout en y faisant des ajouts par eux-mêmes. Ainsi, ils ont tenté de provoquer la partie turque. Par ailleurs, alors que la conférence se poursuivait, le secteur chypriote grec a livré à sa propre presse les documents et informations qualifiés de confidentiels par l’ONU, tout en les falsifiant.

            La partie turque a maintenu sa supériorité psychologique dès le début. Elle a entrepris des démarches stratégiques. Elle a fait part de ses propositions au secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres sans les dévoiler à la presse. Au lieu de lancer une guerre depuis les médias, elle a opté pour une stratégie de compromis sous les auspices du secrétaire général et de l’ONU.

            Cette fois, l’opinion publique s’attendait réellement à un accord à l’issue des pourparlers, car ce n’était pas uniquement une rencontre des gouvernements chypriotes turc et grec. Les pays garants de l’accord de fondation de 1960, c’est-à-dire la Turquie, la Grèce et l’Angleterre, se sont également réunis pour la première fois depuis des années sous les auspices du secrétaire général de l’ONU. Toutefois, ces négociations ont échoué au dernier moment du fait que le secteur chypriote grec a renoncé à conclure un accord.

            Le plus grand obstacle pour une paix à Chypre est l’obstination de la partie grecque dans ses demandes irrationnelles telles que le retrait des soldats turcs sur l’île ainsi que la renonciation de la Turquie à son titre de garant. Ce sujet est bien sûr, la ligne rouge de la Turquie, car les développements et expériences à Chypre ont montré que l’existence des Chypriotes turcs ne pouvait être préservée qu’avec la garantie et la présence militaire de la Turquie. Rappelons qu’un coup d’Etat pro-Enosis allant à l’encontre de l’Accord sur Chypre de 1974, avait été perpétré et que les Turcs avaient été massacrés. Face à cela, l’Angleterre,- pourtant pays garant,- n’a rien fait. Par ailleurs, l’incompétence et le manque de volonté de l’UE à empêcher les conflits et massacres qui ont lieu à proximité, comme en Bosnie, au Kosovo et en Ukraine, sont de notoriété publique. La garantie de la Turquie et sa présence militaire sur l’île constituent la seule force préventive face aux efforts des Chypriotes grecs pourvus d’opinions racistes, déployés en vue de tirer profit d’une quelconque opportunité dans la conjoncture internationale. Si la communauté internationale souhaite réellement une solution à long terme à Chypre, elle doit persuader les Chypriotes grecs à ce sujet.

            Chypre est une île située au sud de la Turquie, à proximité des côtes turques. Elle possède l’une des locations les plus importantes de la Méditerranée en raison de sa position stratégique, de son accessibilité et de ses richesses. Il ne faut pas s’attendre à ce que la Turquie renonce à ses droits sur Chypre alors que la Russie a accru ses démarches en Méditerranée et que le monde entier perçoit la région comme un lieu stratégique. A ce stade, cela n’a aucun sens que la Turquie fasse marche arrière concernant les accords de Londres et Zurich.

D’ailleurs, il ne reste presque plus de chances qu’une solution soit trouvée dans les paramètres des Nations Unies. Il faut dorénavant élaborer rapidement des infrastructures concernant de nouvelles politiques et de nouveaux objectifs acceptés par tous les acteurs. En résumé, cela ne sert à rien de forcer les pourparlers s’il n’est pas question d’un accord basé sur deux régions, deux communautés et deux Etats fondateurs ayant un même statut, sur la poursuite de la garantie effective et efficace de la Turquie, sur une présidence tournante et ne faisant aucune concession de terres et de propriétés. Dans ce sens, il serait plus congru d’entreprendre des démarches pour la reconnaissance unilatérale de la République turque de Chypre du Nord, fondée 34 ans auparavant. Ce n’est pas la fin du monde si les pourparlers ont pris fin sans aboutir à un résultat. Les Turcs continueront à vivre sur l’île de Chypre en tant que communauté honorable.



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