L'UE devrait soutenir la lutte de la Turquie contre le terrorisme (Analyse/Kalin)

Pour la Turquie, la libéralisation des visas dans l'espace Schengen ne mérite pas de mettre en danger sa sécurité nationale et ses objectifs politiques

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L'UE devrait soutenir la lutte de la Turquie contre le terrorisme (Analyse/Kalin)

Pour la Turquie, la libéralisation des visas dans l'espace Schengen ne mérite pas de mettre en danger sa sécurité nationale et ses objectifs politiques.

L'accord d'exemption des visas semble en danger depuis que l'UE à ajouter des conditions à la Turquie en lui demandant de changer sa législation antiterroriste. Pour le moins qu'on puisse dire, ceci est un mauvais coup, et a le potentiel de faire dérailler la feuille de route Turquie-UE qui est crucial pour raviver le processus d'adhésion de la Turquie à l'UE et essentiel pour prendre sous contrôle la crise des migrants.

Après plusieurs mois de négociations, la Turquie et l'UE ont convenu de mettre en œuvre le programme de la libéralisation des visas pour les citoyens turcs. Cela fait partie d'une série de mesures prises au titre de la feuille de route Turquie-UE en réponse à la crise des migrants. A compter du 20 mars, la Turquie a commencé à réadmettre les réfugiés syriens qui tentaient d'entrer en Grèce et d'en d'autres pays de l'UE illégalement et à envoyer par voie légale un syrien Europe dans le cadre de la politique 'un contre un’. La demande de chaque migrant qui tente d'aller par voile illégale, est automatiquement éliminée de toute application.

Ceci et un certain nombre d’autres mesures prises le long des zones côtières turques et grecques ont considérablement réduit le nombre de migrants illégaux. Si nous retournons au mois d'octobre, plus de 5.000 personnes tenaient quotidiennement de traverser illégalement les îles grecques. Actuellement, ce chiffre a baissé à moins de 100 par jour. L'accord de réadmission fonctionne. Alors que la guerre syrienne continue et le problème des réfugiés reste chronique, les pays de l'UE ne se sentent plus sous la pression des milliers de migrants venus par voie illégales qui apparaissent dans les rues des villes européennes. 

La libéralisation des visas pour les citoyens turcs a été faite dans le cadre de cet accord compréhensive, mais en fait, il avait été signé en 2013 et devait de toute façon entrer en vigueur en octobre de cette année. La date a été avancée à juin comme geste de bonne volonté.

Mais si l'UE pense que cela est une faveur afin que la Turquie fasse plus qu'elle n’ait à le faire, elle a besoin de réfléchir à nouveau.

Alors que la Turquie se félicite de la libéralisation des visas dans l'espace Schengen, elle n'acceptera pas cela au détriment de ses intérêts de sécurité nationale et ses priorités politiques. La Turquie aurait dû faire partie du système de visa Schengen il y a longtemps. C'est la faute de l'UE si la Turquie ne fait pas partie du régime de visas de l'UE tandis que plusieurs pays allant du Golfe à l'Amérique latine en font partie. La Turquie dont près de 5 millions de citoyens vivent actuellement en Europe, poursuit les négociations d'adhésion et a un accord douanier avec l'UE. Mais elle ne fait toujours pas partie du système Schengen. Comment cela peut être qualifié de juste, ou même de logique?

Mais ce qui est pire encore, est la nouvelle demande faite à la Turquie pour une modification de sa législation antiterroriste à un moment où le pays effectue sur plusieurs fronts une lutte contre le terrorisme. La question peut être discutée dans le cadre des négociations d'adhésion et des chapitres de l’UE, mais c'est une énorme erreur de jugement politique de la présenter comme une condition préalable.

La raison est simple. La Turquie lutte contre le PKK, DAESH, parti de la libération du front populaire révolutionnaire (DHPKC) et d'autres organisations terroristes. Au cours des huit derniers mois, la Turquie a perdu plus de 400 forces de sécurité et civils à la suite des attaques de ces organisations terroristes tout en éliminant des centaines de leurs membres. Vendredi, le PKK a tué six soldats à Çukurca-Hakkari, tandis que deux autres sont morts à la suite de la chute d'un hélicoptère. Le PKK a perpétré d'innombrables attaques contre les forces de sécurité et les civils à Diyarbakir, Hakkari, Mardin, Ankara et Istanbul. Les terroristes de DAESH ont aussi attaqué des cibles turques, tuant des dizaines de personnes. La ville de Kilis est la cible d'attaques à la roquette perpétrées par DAESH depuis la Syrie.

La Turquie est déterminée à lutter contre ces menaces terroristes, que ses alliés américains et européens l'aident ou non. La question pertinente est de savoir comment l'Europe peut attendre de la Turquie une modification de sa législation antiterroriste alors qu'elle est entourée par de telles menaces de sécurité et qu'elle porte le fardeau de la guerre syrienne, de DAESH, de la crise des réfugiés et celui du terrorisme du PKK qui a fait réapparition.

L'UE pouvait-elle faire des demandes similaires à la France et la Belgique qui ont pris des mesures rigoureuses à la suite des attentats terroristes de Paris et de Bruxelles? Cela ne peut même pas être un sujet de discussion. Nous soutenons ces pays dans leur lutte contre le terrorisme sous toutes ses formes, mais il est aussi de notre droit d'attendre de nos alliés occidentaux de faire de même dans notre lutte contre le terrorisme, que ce soit contre le PKK ou DAESH.

Au lieu de faire pression sur la Turquie concernant le terrorisme, les pays européens doivent être sincère au sujet de l'existence en leur sein du PKK, quand ils ont des dizaines d'organisations liées au PKK qui travaillent librement dans les villes européennes, font de la propagande, recrutent des terroristes et collectent de l'argent et l'envoi au PKK.

Imaginez ce qui se serait passé si la Turquie et d'autres pays musulmans avaient dans leurs terres, permis aux groupes sous couvert par l’apparence d'organisations non-gouvernementales, affiliés à Al-Qaïda et DAESH, de faire de la propagande, recruter de nouveaux membres et de collecter de l'argent pour ces organisations terroristes.

La Turquie veut appliquer la feuille de route et aider à contenir la crise des réfugiés.

Obtenir l'exemption de visa dans l'espace Schengen est une partie naturelle de ce processus.

Mais, cela ne peut être imposé à la Turquie, au détriment de ses priorités en matière de sécurité nationale.

Le comportement approprié que l'UE doit avoir vis-à-vis de la Turquie, est de la soutenir dans sa lutte contre le terrorisme plutôt que de lui demander une modification de la législation anti-terroriste qui encouragerait et soutiendrait les groupes terroristes et leurs partisans en Turquie et en Europe.



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