Tension Azerbaïdjan - Arménie (étude)

Une étude du Dr. Murat Yesiltas, directeur des Recherches sécuritaires à SETA.

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Tension Azerbaïdjan - Arménie (étude)

Après Tovouz, l’Arménie a montré son agressivité également dans le Haut-Karabakh. Les opérations azerbaïdjanaises ont été plus influentes contre les attaques qui ont commencé dimanche avec les tirs arméniens contre les civils. De nombreux villages sous occupation sont passés sous le contrôle de Bakou. Erevan semble avoir fait une erreur de calculs et méprisé le message d’Ankara selon lequel « la Turquie est aux côtés de l’Azerbaïdjan avec tous ses moyens ». Or, Bakou s’est véritablement préparé après les attaques arméniennes contre Tovouz, région située à 100km du Haut-Karabakh et par où passent les lignes énergétiques. Lors des exercices conjoints, l’intelligence militaire turque s’est reflétée sur le terrain. Il ne sera pas permis que le conflit Arménie-Azerbaïdjan se transforme en une longue guerre. En plus de l’ONU et de l’OTAN, les coprésidents du groupe Minsk ont lancé des appels pour la cessation des conflits.

Dans les prochains jours, les pressions vont s’intensifier sur les deux parties pour un retour aux négociations dans le cadre du groupe Minsk. Ce qui a empêché un résultat lors des discussions de Minsk et qui a fait du conflit armé, le seul choix pour une solution, est l’approche agressive de l’Arménie. C’est Erevan qui a envahi 20% des terres azerbaïdjanaises en 1991 et qui ne respecte pas les 4 résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU qui réclament le retrait des terres occupées. Bien qu’un cessez-le-feu ait été assuré avec le Protocole de Bichkek signé les 4-5 mai 1994, il est inacceptable que le Haut-Karabakh et les 7 provinces azerbaïdjanaises occupées soient sous le contrôle arménien. De ce fait, nul doute, le conflit au Caucase du Sud est une bombe prête à exploser. Nous voyons clairement que les pays comme la Russie, la Turquie et la France seront influents dans la lutte des pouvoirs en raison de ce conflit.

Alors que la tension baisse en Méditerranée orientale et que l’on attend le lancement des discussions exploratoires entre la Turquie et la Grèce, la reprise des conflits dans le Haut-Karabakh est très significative. La première chose qui vient à l’esprit est le souhait de la Russie de resserrer les liens avec Erevan qui donnait des signes de rapprochement avec les Etats-Unis, en attisant le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Le fait qu’Erevan se soit tourné immédiatement vers Moscou pour demander son aide, montre que la Russie a eu ce qu’elle voulait. Alors la question se pose : Pourquoi Moscou qui n’a jamais cessé de percevoir le Caucase comme une de ses zones d’influence, encourage Erevan ? Après la Syrie-Idleb et la Libye, Moscou souhaite-t-il ouvrir un nouveau domaine de concurrence avec Ankara avec la reprise du conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ? Assure-t-il l’expansion d’Ankara en l’attirant dans de nouvelles zones militaires ? Ou bien renforce-t-il sa main pour de nouveaux marchandages sur les terrains syrien et libyen ? Il est encore tôt pour avoir les réponses à ces questions. Toutefois, il est clair que les Etats-Unis qui sont en pleine période électorale ainsi que l’UE désordonnée ne seront pas influents.

Moscou montre une nouvelle fois qu’elle peut changer les équilibres en déclenchant des conflits et litiges. Les capitales occidentales qui ont été exclues une fois de plus en Géorgie, en Ukraine et en Biélorussie, vont-elles accepter la politique menée par la Russie visant à remplir l’absence de puissances ? Nous allons voir quel va être l’effet du lobby arménien aux Etats-Unis qui s’apprêtent à élire leur président. Ce qui est clair, c’est qu’un vide géopolitique s’est formé de la Libye, la Méditerranée orientale vers la Syrie et le Caucase. Notre monde post-Covid se rapproche au fur et à mesure de l’incertitude et de la lutte des pouvoirs de la période suivant la Première Guerre mondiale. Le retrait partiel des Etats-Unis ainsi que l’incapacité de l’UE à établir une politique extérieure facilitent les démarches de la Russie pour remplir ces vides de puissances.

Les capitales occidentales qui critiquent le rapprochement d’Ankara avec Moscou, doivent pourtant remarquer que la Turquie assure un équilibre partiel face à la Russie en Libye, en Syrie et dans le Caucase du Sud. Il est temps de regarder les réalités géopolitiques du monde, non pas avec des lunettes idéologiques, mais avec la rationalité des intérêts stratégiques.



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