Les EAU veulent nuire à l’image de la Turquie dans l’Afrique du Nord

L’hostilité croissante des Emirats arabes unis envers la Turquie conduit le pays à adopter une attitude extrêmement agressive vis-à-vis d’Ankara et de tous ses partenaires. Les EAU représentent aujourd’hui une véritable menace pour tous les pays de l’Afri

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Les EAU veulent nuire à l’image de la Turquie dans l’Afrique du Nord

par Öznur Küçüker Sirene

Dans un moment où la Turquie accroît son influence dans différentes régions du monde, de la Syrie vers la Libye en passant par l’Irak, la concurrence des puissances régionales avec Ankara devient plus rude. L’un des pays qui tentent de nuire aux intérêts de la Turquie est sans aucun doute les Emirats arabes unis (EAU). En désaccord avec la Turquie au sujet du conflit syrien mais aussi la Libye, Abu Dhabi use des tactiques de manipulation médiatique et de déstabilisation, que le ministre turc de la défense Hulusi Akar a ouvertement dénoncées le 31 juillet dans un entretien avec la chaîne de télévision qatarie Al Jazeera. « Abou Dhabi est en train de faire certaines choses en Libye et en Syrie. Tout cela est en train d’être consigné. Les comptes seront faits en temps et en heure », a-t-il déclaré.

L’image de la Turquie dans l’Afrique du Nord

La Turquie jouit d’une excellente image dans les pays de l’Afrique du Nord et entretient de bonnes relations avec les pays de la région. Grâce à un accord de coopération militaire et maritime qu’elle a signé avec le gouvernement d’accord national (GNA) en décembre 2019, elle a pu changer le cours du conflit libyen en faveur de ce gouvernement internationalement reconnu. Le soutien militaire de la Turquie au GNA a permis d’éviter la division de la Libye et la mort de plus de personnes dans le pays.

La Turquie tient à garder des relations cordiales avec les autres pays de la région tels que l’Algérie et la Tunisie avec lesquels elle a partagé une histoire commune. Contrairement à ce que veut faire croire Gargash, la Turquie est constamment guidée par une stratégie de coopération gagnant-gagnant.

Comme un signe de son amitié avec l’Algérie, la Turquie a récemment envoyé en Algérie une importante aide médicale de 8 tonnes en vue de la soutenir dans sa lutte contre le coronavirus (Covid-19). L’ambassadrice de Turquie à Alger, Mahinur Özdemir, a souligné que l’Algérie et les Etats-Unis sont les seuls pays à recevoir de la Turquie une « aide de cette nature » pour montrer à quel point l’Algérie compte pour la Turquie.

En ce qui concerne la Tunisie, les relations ont atteint le niveau d’un « partenariat stratégique » depuis 2012 et lors de la tenue de quatrième session des concertations politiques entre les deux pays début juillet, il a été décidé de renforcer davantage la coopération bilatérale et de diversifier les relations dans tous les domaines.

Enfin, plusieurs accords diplomatiques et commerciaux ont été conclus avec le roi du Maroc Mohammed VI pour intensifier la coopération politique et économique, au service des deux pays. L’accord de libre-échange couvrant les produits agricoles et les produits industriels et entré en vigueur en 2006 entre les deux pays en est la meilleure preuve.

Abu Dhabi est décidé à saper ces relations de confiance mutuelle établies entre la Turquie et les pays de l’Afrique du Nord en essayant d’orienter les politiques internes et externes de ces pays. Dans le cadre d’un « nouvel ordre régional », ils n’hésitent à attaquer certains acteurs au Maroc et en Tunisie qui souhaitent développer des rapports neutres et solides avec Ankara.

Les EAU : force déstabilisatrice dans la région

Même si la déclaration de Gargash sur la Turquie peut faire croire que les EAU pensent aux intérêts des « nations arabes » face à une Turquie non arabe, la réalité est tout autre. Ce pays est source de conflits et de tensions en Libye, au Yémen, en Syrie et dans la Corne de l’Afrique. Au contraire le rôle stabilisateur et pacificateur de la Turquie dans cette région déjoue les plans des EAU.

Lorsqu’en juin 2017, les Emirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, le Bahreïn et l’Egypte ont imposé un blocus sur le Qatar, l’accusant de soutenir le terrorisme -accusation démentie par le Qatar-, c’est la Turquie qui est venue à son secours. En Libye, mécontents de l’accord militaire et maritime conclu entre la Turquie et le gouvernement d’accord national (GNA), les EAU tout comme la France et l’Egypte soutiennent le criminel de guerre Khalifa Haftar responsable du chaos libyen. En Syrie, au-delà d’un rapprochement avec le régime de Bachar al-Assad qui se concrétise par des aides à la reconstruction et de partenariats militaires et sécuritaires, les EAU tentent de saboter le projet de la Turquie d’établir une zone tampon dans le nord-est du pays en apportant leur soutien à l’organisation terroriste des YPG, branche syrienne du PKK. Quant au Yémen, le pays est depuis cinq ans, le théâtre d’une guerre que se livrent les forces gouvernementales, soutenues par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite et des EAU. Les allégations de crimes de guerre commis au Yémen par les EAU se multiplient dans le conflit qui aura bientôt fait 300 000 morts.

Si les efforts des EAU pour rivaliser la Turquie restent pour l’instant sans résultat, il est évident que les activités déstabilisatrices et agressives de ce pays sont une menace non seulement pour Ankara mais aussi pour l’ensemble de la région. En démarrant la première centrale nucléaire du monde arabe le 1er août, les EAU représentent désormais un danger encore plus important qu’il faudra surveiller de près.



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