Le rapprochement turco-algérien : un souffle d’espoir pour le monde musulman (étude)

La récente visite du président Erdoğan en Algérie le 26 janvier a rencontré un écho particulièrement positif dans la presse algérienne qui considère le rapprochement turco-algérien comme « la nouvelle puissance montante ».

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Le rapprochement turco-algérien : un souffle d’espoir pour le monde musulman (étude)

 

 

par Öznur Küçüker Sirene, 29/01/2020

 

Le président turc, Recep Tayyip Erdoğan, a effectué le 26 janvier une visite d’amitié et de travail de deux jours en Algérie dans le cadre de sa tournée africaine qui comprend aussi la Gambie et le Sénégal. Les échanges et entretiens en tête à tête d'Erdoğan avec son homologue algérien nouvellement élu, Abdelmadjid Tebboune, ont donné naissance à la signature d’une déclaration visant à créer « un Conseil de coopération de haut niveau » entre l’Algérie et la Turquie.

Rappelons qu'Erdoğan avait reçu une invitation officielle de la part de Tebboune lorsque le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlüt Çavuşoğlu s'était rendu le 7 janvier en Algérie pour discuter des derniers développements de la situation en Libye.

La presse algérienne qui a commenté la visite d'Erdogan en Algérie était unanime sur le fait qu'elle représente une étape importante pour renforcer les relations bilatérales entre la Turquie et l’Algérie.

En effet, toutes ces visites et échanges de haut niveau sont sans aucun doute le signe d’un rapprochement sans précédent entre ces deux pays qui partagent en plus d’une histoire commune des intérêts hautement stratégiques.

De plus, dans un contexte mondial où de nombreux pays tels que l’Arabie saoudite, l’Egypte ou encore les Emirats arabes unis ont tendance à diviser le monde musulman plutôt que de l’unir, le partenariat turco-algérien donne de l’espoir pour tous les autres pays musulmans qui aspirent à une renaissance de la Oumma.

Des liens de plus en plus solides

Il existe de nombreuses raisons qui expliquent le rapprochement des deux pays.

La Turquie et l'Algérie partagent non seulement une histoire commune ainsi que des liens culturels et fraternels profondément enracinés mais aussi les mêmes types de défis tels que les migrations massives et l'arrivée de groupes armés radicaux à leurs frontières, qui constituent une menace réelle pour leur sécurité nationale et leur stabilité politique.

De plus, depuis l'arrivée au pouvoir du Parti de la justice et du développement (Parti AK) en 2002, la Turquie a changé sa position de politique étrangère en Afrique du Nord et au Maghreb en leur accordant une importance toute particulière, avec Erdoğan qui jouit également d’une popularité grandissante en Algérie.

Néanmoins malgré les relations cordiales entre les deux pays, le lobby français a fortement influencé la politique de l'ancien président algérien Abdelaziz Bouteflika pendant les deux dernières décennies, ce qui a empêché la Turquie et l'Algérie de pleinement coopérer dans de nombreux domaines.

Or la démission de Bouteflika après six semaines d’une contestation populaire inédite en Algérie et plusieurs injonctions de l’armée marque un tournant tant pour la politique intérieure que la politique extérieure du pays avec une nouvelle administration désireuse de donner un nouveau rôle plus dynamique à l'Algérie sur la scène internationale en s'ouvrant aussi aux autres pays que la France.

Un partenariat en pleine croissance

Le partenariat turco-algérien ne fait que se renforcer depuis 2002. En 2006, lors de la visite du  Premier ministre de l'époque Erdoğan en Algérie, un accord d'amitié et de coopération a été signé entre les deux pays.

Sur le plan économique, les deux pays coopèrent dans de nombreux domaines dont notamment l'énergie et la construction. Avec un investissement de 3,5 milliards de dollars en Algérie, la Turquie est  l'un des principaux pays investisseurs et le plus grand fournisseur étranger d'emplois en Algérie. Pour sa part, l'Algérie a été le deuxième partenaire commercial de la Turquie sur le continent africain en 2018.

Les deux pays cherchent aujourd'hui à tisser des liens commerciaux plus étroits pour porter le volume des échanges bilatéraux à 5 milliards de dollars tout en acceptant de construire conjointement une usine pétrochimique dans la province turque d’Adana.

Les deux pays collaborent aussi sur le plan culturel. Par exemple, sous la direction de l'Agence turque de coopération et de coordination (TİKA), la Turquie a restauré une mosquée symbolique construite pendant la domination ottomane au 17ème siècle dans le quartier de Casbah d'Alger, la mosquée Ketchaoua, inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en Algérie. La mosquée a été rouverte au public après l'achèvement des rénovations le 9 avril 2018. Un autre exemple est des cours de turc dispensés par  le Centre culturel turc Yunus Emre à l'Université d'Alger II.

Afin de renforcer davantage les échanges entre les deux pays, Erdoğan a même promis que son pays facilitera l’octroi des visas aux Algériens, en marge de la conférence de presse tenue avec son homologue algérien à Alger.

Le rapprochement entre les deux pays est tel que même au sujet de la Libye sur lequel ils semblaient avoir des divergences d’opinion, ils ont trouvé un consensus. C'est ainsi que Tebboune a déclaré : « Une totale convergence existe entre nous et la Turquie, pays frère, sur la nécessité d’œuvrer ensemble, […], à la concrétisation des conclusions de la conférence de Berlin ». Erdoğan a assuré pour sa part que « l’Algérie est un élément de stabilité et de paix en cette conjoncture difficile que traverse la région ».

En conclusion, les liens de plus en plus forts entre la Turquie et l’Algérie qui arrivent à trouver des terrains de dialogue et d’entente sur des questions même délicates représentent un modèle pour tous les autres pays qui rêvent de voir la naissance d’une union forte et solidaire dans le monde musulman.



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