L'instabilité en Iran peut causer une nouvelle crise en Afrique

L’assassinat du commandant de la "Force al-Quds" iranienne, liée aux Gardiens de la Révolution iraniens, Qassem Soleimani et d'Abou Mahdi al-Mohendis, par les États-Unis le 3 janvier, a suscité un grand émoi dans le monde chiite

L'instabilité en Iran peut causer une nouvelle crise en Afrique

 

                        L’assassinat du commandant de la "Force al-Quds" iranienne, liée aux Gardiens de la Révolution iraniens, Qassem Soleimani et du commandant-adjoint des milices chiites Hashd al-Chaabi, Abou Mahdi al-Mohendis, par les États-Unis le 3 janvier, à la suite d’une attaque aux missiles près de l’aéroport de Bagdad, capitale de l’Irak, a suscité un grand émoi dans le monde chiite. Cette situation a multiplié les propos anti-américains dans les pays tels que l’Irak, le Liban, le Yémen, la Syrie et le Nigéria, où est influente la communauté chiite pro-iranienne. Le Mouvement islamique (IMN) au Nigéria qui abrite une forte communauté chiite dans le continent africain, a sévèrement réagi contre l’assassinat de Qassem Soleimani. La communauté chiite nigériane a organisé des manifestations anti-américaines dans la capitale Abuja et dans la ville de Zaria. L’Afrique du Sud qui entretient de bonnes relations diplomatiques avec l’Iran, a exprimé son soutien à l’Iran en qualifiant l’assassinat de Qassem Soleimani de terrorisme international. La mort de Qassem Soleimani porte la qualité de tester la force et l’influence de l’Iran en Afrique. En d’autres termes, l’incident relatif à Qassem Soleimani permet de connaitre l’influence réelle de l’Iran en Afrique. Hormis l’Afrique du Sud, aucun haut responsable de pays africains n’a pour l’heure exprimé de message de soutien à l’Iran. Il parait éventuel que les groupes chiites du continent africain, - région où l’Iran a le plus d’influence après le Moyen Orient -, passent à l’action après que l’Iran ait annoncé qu’il se vengerait des États-Unis. Par conséquent les forces de sécurité nigérianes ont annoncé à la suite de l’assassinat de Qassem Soleimani, qu’ils avaient haussé au niveau maximal la sécurité des missions diplomatiques étrangères dans le pays. Hormis les groupes chiites qu’il soutient en Afrique, l’Iran tente d’avoir une influence sur la diaspora libanaise proche du Hezbollah. Par conséquent, il parait éventuel que l’Iran cible les intérêts américains en Afrique par le biais de ces groupes s’il entreprend une vengeance contre les États-Unis.

 

L’influence de l’Iran en Afrique

En vue de hausser son influence dans le continent africain devenu un terrain de concurrence entre les puissance régionales, l’Iran assure en premier lieu un fort soutien aux groupes chiites mais a également déployé des efforts en vue de coopérer au niveau étatique dans divers domaines tels que la diplomatie, l’éducation et l’économie. Toutefois, en 2011 la guerre civile syrienne, la crise au Yémen et les lourdes sanctions économiques de Trump, ont poussé l’Iran à mettre au second plan sa politique vis-à-vis de l’Afrique. Mais lorsqu’on pense que l’Iran pourrait éventuellement changer ses priorités dans sa politique étrangère après l’assassinat de Qassem Soleimani par les États-Unis la semaine précédente, il semble que l’Iran pourrait de nouveau s’orienter vers le Moyen Orient ainsi que vers l’Afrique. Si l’on pense que l’Iran qui se prépare à se venger des États-Unis, pourrait songer à entrer directement en guerre contre les États-Unis, l’Iran pourrait alors faire payer un lourd tribut aux États-Unis via les groupes qu’il soutient dans les différents coins du monde. Dans ce contexte, après le Moyen Orient, l’Afrique vient en tête des régions où l’Iran peut facilement agir.

Depuis la révolution iranienne, l’État iranien a sérieusement investi aux groupes chiites en Afrique. Malgré toutes les difficultés économiques qu’il a vécues ces dernières années, l’Iran a continué à soutenir les groupes chiites en Afrique. Par ailleurs, en vue d’impressionner l’opinion publique africaine, l’Iran a poursuivi ses activités dirigées dans les secteurs des médias, de l’éducation et de la santé. Dans ce contexte, si l’Iran adopte une politique extérieure revancharde comme il l’a annoncé, il est probable que les groupes chiites soutenus en Afrique passent à l’action. Il est de notoriété publique que l’Iran est également en coopération avec certaines organisations religieuses non-chiites en Afrique. Toutefois, il est utile de souligner que les groupes chiites dans le continent sont directement liés à l’Iran. Comme les groupes chiites en Afrique sont directement liés à l’Iran, le moindre développement concernant l’Iran, est ressenti dans le continent africain. Ces groupes sont alimentés par les médias faisant la propagande de l’idéologie étatique de l’Iran. Comme les groupes chiites, - excepté le mouvement islamique nigérian qui est le plus grand et le plus organisé du continent-, constituent une minorité, l’Iran devrait être influent sur la communauté chiite du Nigéria.

                      

L’influence de la communauté chiite au Nigéria

                       Selon les estimations, le mouvement islamique nigérian qui représente près de 5 % de la population musulmane au Nigéria, qui s’élève à 100 millions, est la plus grande communauté chiite de l’Afrique. Cette communauté influencée par la révolution iranienne, vise à former un État islamique semblable à celui de l’Iran. Cette organisation qui tente de former une structure semblable à celle du Hezbollah au Liban, n’a pas pu élargir son champs d’influence dans les régions où elle subit la pression de l’État nigérian. Néanmoins, comme elle s’est soumise à l’Iran, elle tente d’organiser au Nigéria des cérémonies et activités religieuses semblables à celles de l’Iran. Dans ce contexte, à la suite de l’assassinat de Qassem Soleimani, des dizaines de membres chiites sont descendues dans les rues de la capitale du Nigéria, à Abuja et dans la ville de Zaria pour protester contre les États-Unis. Les manifestants qui ont brulé le drapeau américain, ont lancé les slogans tels que ‘Mort aux États-Unis’ avec des pancartes sur lesquelles se trouvaient la photo de Qassem Soleimani. Les manifestants ont de nouveau appelé à la libération d’Ibrahim Zakzaki, leader du mouvement détenu depuis 2015. Par ailleurs, l’organisation a montré les États-Unis comme cible en publiant des messages de condoléances à l’Iran via son compte sur les réseaux sociaux.

                      Après que l’Iran ait annoncé qu’il prendrait la vengeance de Qassem Soleimani, le porte-parole des forces de sûreté du Nigéria, a fait savoir que les intérêts du Nigéria pourraient être pris pour cible. La déclaration note que selon les renseignements obtenus, il y a des plans de sabotage et d’attaque contre le pays, et que les mesures de sécurité ont été haussées. Par ailleurs, suivant les mesures de sécurité, les missions étrangères seront protégées, précise la déclaration. Via cette déclaration, les responsables nigérians sous-entendent que les groupes chiites du pays, préparent à lancer des attaques contre les intérêts américains dans le pays. Le mouvement islamique chiite était de temps à autre entré en conflit sanglant avec les forces de sécurité nigérianes. 350 personnes avaient perdu la vie à la suite de la sévère intervention de l’armée nigériane après une attaque perpétrée en 2015 par le groupe chiite contre le convoi du chef d’état-major nigérian. De violents incidents ont lieu lors des manifestations organisées depuis 2015 pour la libération du leader chiite Zakzaki. L’État nigérian avait décidé d’interdire le mouvement islamique nigérian sous prétexte que la communauté représente une menace pour la sécurité. Toutefois, malgré l’interdiction, l’organisation poursuit ses activités. Selon la BBC, cette communauté qui a des représentations dans 36 provinces du Nigéria, a ouvert plus de 360 écoles dans l’ensemble du pays sous le nom de l’Association Fudiyya. Par ailleurs, elle dirige des travaux dans les secteurs hospitaliers et la société civile. Toujours selon la BBC, certaines personnes scolarisées par cette organisation, ont rejoint les rangs de l’armée, de la sûreté et des renseignements.

                      De ce point de vue, si l’Iran appelle cette organisation à passer à l’action, il est fort probable que le Nigéria entre dans une nouvelle période d’instabilité. Il parait très improbable que le Nigéria qui a déjà de la peine à lutter contre l’organisation Boko Haram, puisse lutter contre la communauté chiite qui a près de 5 millions de membres dans le pays. C’est pourquoi, il serait plus sain pour la stabilité du pays, que le Nigéria renonce à la position ferme qu’il a adoptée jusqu’à présent contre les groupes chiites, et qu’il opte pour le dialogue. Par ailleurs, la formation d’un dialogue avec l’Iran qui a une dominance sur ces groupes ou bien l’affaiblissement des liens de ce groupe avec l’Iran, pourrait empêcher l’Iran d’utiliser cette communauté. Dans le cas contraire, l’Iran qui est entré dans une lutte régionale avec les États-Unis du point de vue de sa politique étrangère, pourrait mettre en danger la stabilité du Nigéria.

                      L’instabilité en Iran pourrait causer l’instabilité au Nigéria.  D’ailleurs, une quelconque attaque contre l’Iran qui est l’espoir de la communauté chiite sous pression, suscite fort probablement une riposte depuis le Nigéria. A ce stade, il est utile de préciser qu’Esmail Ghaani qui a succédé à Qassem Soleimani, entretient d’étroites relations avec la communauté chiite au Nigéria. Le navire saisi en 2010 à Lagos par les Etats-Unis avait annoncé son soutien à Ghaani. Sur ce, les Etats-Unis avaient décidé des sanctions contre Ghaani. En tenant compte de cette situation, une éventuelle intervention des Etats-Unis à l’Iran risque de générer une sérieuse instabilité sur le continent noir.

 



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