Analyse sur les Turcs d'Iran

Etude de Cemil Dogaç Ipek, chercheurs en relations internationales à l’Université Ataturk…

Analyse sur les Turcs d'Iran

          Un décret a été publié il y a quelques jours par le ministère iranien de l’Education. Selon ce décret, les ressortissants non farsi et parlant le persan avec un accent, ne pourront pas devenir professeur. D’après l’information publiée par les agences de presse internationales, le décret publié par le ministère iranien de l’Education, note qu’il est interdit que les professeurs qui n’arrivent pas à prononcer les lettres persanes ‘Ç, G, J et Q’, et qui ont un fort accent impossible à corriger, deviennent des professeurs en particulier en langue et littérature persanes. Parmi les peuples qui vivent en Iran, seuls les Turcs et les Arabes prononcent ces lettres. Ce décret qui vise particulièrement les Turcs et les Arabes parmi les autres peuples qui vivent en Iran, interdit également aux femmes stériles l’accès à la profession de professeurs. Les peuples d’origine turque ainsi que ceux d’origine arabe, réagissent contre cette application. Les Turcs d’Iran montrent leur réaction sur les réseaux en écrivant comme commentaire : « Men Turk’em ve Benim lehçem var » soit « Je suis Turc et j’ai un accent ».

          Les Turcs d’Iran avec lesquels j’ai discuté, réunissent cette question sur deux principaux axes. Une partie des Turcs réagit contre la décision, et souligne que d’importants poètes et écrivains turcs ont inscrit leur nom dans la littérature persane. A ce niveau, Mevlana Jalal ad-Din Rumi en est le plus important exemple. Quant à une grande majorité des Turcs d’Iran, elle pense que cette décision n’est pas très importante car la vraie réclamation des Turcs vivant en Iran et la formation et l’éducation en langue turque.

          Actuellement, la population des Turcs d’Iran s’élève à environ 30 millions en Iran. Elle représente la plus grande communauté avec les Perses au sein de l’Iran. Les Turcs ont joué un rôle précurseur dans les changements politiques en Iran via leur position géopolitique, leur structure socio-culturelle, leur puissance économique et leur potentiel démographique.

          Durant les 10 et 11e siècles, les flux migratoires vers l’Azerbaïdjan des Oghouzes dirigés par les Turcs Seldjoukides, ont préparé le terrain à la formation une forte population turque dans la région. Les flux migratoires d’Asie centrale vers la région se sont poursuivis jusqu’au 15e siècle sous la souveraineté des Ilkhanides et des Qarakhanides. La découverte et la connaissance de la culture et de la littérature persanes par les Turcs d’Azerbaïdjan datent de ce processus. Toutefois, l’Azerbaïdjan se rassemblait autour d’une confession unique car la géographie Irano-Azerbaïdjanaise n’était pas encore sous le contrôle du chiisme lorsque le processus d’islamisation des Turcs s’est complété. En 1501, l’identité des peuples de la région a subi un grand changement à la suite de fondation de la dynastie des Séfévides. Ce régime basé en Azerbaïdjan, a apporté à l’Iran la particularité de devenir une importante puissance régionale. Par ailleurs, l’Iran a convaincu la population à majorité sunnite d’adopter le chiisme. Les dynasties des Kachgares et Afshars qui dominaient la région les années suivantes, ont continué à maintenir l’importance de la conscience du Turquisme et du chiisme.

          Les Turcs qui vivaient dans la région, ont été durant des siècles, la porte du pays s’ouvrant à l’extérieur et ont représenté leur Etat dans les pays étrangers. Ils étaient les premières communautés d’étudiants allant dans les universités occidentales. Le fait que la géographie azerbaïdjanaise se trouve dans le croisement de trois grands Empires (Ottoman, Russe et Perse), a joué un rôle important à ce sujet. Grâce à cela, les Tucs vivant dans la région, ont eu l’opportunité de suivre et de transmettre à leur communauté, les développements culturels qui ont eu lieu dans ces trois Empires.

          L’administration de la Dynastie Turques régnant durant des siècles en Iran, a pris fin au premier quart du 20e siècle. L’ère de la dynastie des Pahlavis d’origine persane, a repris. Ce changement est un point de rupture important du point de vue des Turcs d’Iran. Durant cette période, les Turcs ont été contraints à diverses restrictions. L’idéologie du persianisme qui a été adoptée durant l’ère de Pahlavi, a poussé les Turcs vivant dans la région à s’interroger de nouveau sur leur identité et à l’exprimer face au régime. Les Turcs qui ont été influents lors du renversement du Chah, ont pris part au sein des groupes qui étaient à la tête des mouvements de la révolution islamique.

          De nos jours, les Turcs ont une position influente dans la politique et l’économie en Iran. Toutefois, le fait que le turc ne soit pas la langue officielle et que l’éducation et la formation en langue turque ne soit pas autorisé cause parfois des problèmes avec l’administration iranienne.

          Il n’est pas possible de considérer les Turcs d’Iran comme une minorité d’un quelconque pays. Car, depuis 1000 ans, les Turcs ont joué un grand rôle dans la formation des évènements dans l’histoire politique de la géographie de l’Iran. La culture perse et la culture turque sont en interaction au sein de l’Iran ainsi qu’à l’extérieur du pays. Ceux deux anciennes cultures ont eu des contributions mutuelles l’une à l’autre. Il faut un minimum de respect entre les peuples afin qu’ils puissent vivre ensemble. L’Iran est un pays expérimenté qui possède une tradition administrative. De nos jours, l’éducation en langue maternelle et la liberté de la presse et de la diffusion font partie des droits fondamentaux. Il sera bénéfique que l’Etat iranien réponde favorablement à la demande du peuple au sujet de l’éducation et la diffusion en langue turque. Cela assurera une importante avancée pour la stabilité de l’Iran mais également de la région.

 


Mots-clés: Turcs d'Iran , Iran

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