L'histoire de l'Europe et les Turcs (39)

Moralı Seyyid Ali Efendi (Seyyid Ali Efendi de Péloponnèse) était l’une des personnalités les plus importantes de l’histoire diplomatique ottomane qui a prouvé combien il faut que les diplomates soient vigilants.

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L'histoire de l'Europe et les Turcs (39)

Les traces laissées par les personnalités peuvent être aussi bien positives que négatives. Moralı Seyyid Ali Efendi (Seyyid Ali Efendi de Péloponnèse) était l’une des personnalités les plus importantes de l’histoire diplomatique ottomane qui a prouvé combien il faut que les diplomates soient vigilants.

Le premier ambassadeur permanent envoyé en France a été Moralı Seyyid Ali Efendi, en mission entre 1797 et 1802. Après la Révolution française, le sultan ottoman Selim III a nommé des ambassadeurs turcs permanents dans divers pays d’Europe. Auparavant, les Ottomans envoyaient provisoirement des ambassadeurs pour assurer une paix avec les pays étrangers, informer de l’accès au trône du nouveau sultan et pour les sujets importants tels que le commerce. Toutefois tous ces ambassadeurs revenaient après avoir achevé leur mission. 

Alors que l’Etat ottoman ne nomma ses ambassadeurs permanents en Europe qu’au terme du 18ème siècle, l’Etat vénitien nomma son premier ambassadeur à l’Etat ottoman après la conquête d’Istanbul, l’Autriche en 1520, la France en 1536 et l’Angleterre en 1581. Après le Traité de Karlowitz en 1699, l’Etat ottoman comprit qu’il devait suivre de près les changements dans l’équilibre des puissances en Europe et se conformer aux règles diplomatiques. C’est ainsi qu’à la période de Selim III, des ambassadeurs turcs permanents ont été nommés en Europe.

Seyyid Ali Efendi, premier ambassadeur turc permanent nommé à Paris, était originaire de Péloponnèse et de ce fait, il connaissait le grec. Néanmoins sa connaissance en français était insuffisante. Envoyé à Paris en tant qu’ambassadeur à l’âge de 40 ans, Seyyid Ali Efendi avait demandé avec lui la présence de 18 traducteurs d’origine grecque. Arrivé à Marseille depuis Istanbul après un voyage de près de 2 mois avec un navire italien en 1797, Seyyid Ali Efendi lut durant ce trajet le « rapport consulaire » de Yirmisekiz Çelebi Mehmet Efendi, envoyé à Paris en tant qu’ambassadeur près de 80 ans avant lui. Tout comme 80 ans auparavant, Seyyid Ali Efendi dut être placé 30 jours en quarantaine avant son arrivée à Paris. Cette mesure était prise pour tout le monde sans faire de distinction. Durant cette période de quarantaine, les dirigeants de Marseille visitèrent Ali Efendi. Au terme de la quarantaine, une foule accueillit Seyyid Ali Efendi au centre de la ville de Marseille et la presse française consacra une large place à celui-ci. Seyyid Ali Efendi écrivit par la suite qu’un simple geste de sa part surprenait tous les Français et dit en exemple qu’il ne portait qu’un poignard faiblement orné et que malgré cela, la presse française décrivait ses vêtements décorés de diamants des pieds à la tête. D’autre part, Seyyid Ali Efendi affirma que le caractère des Français était très changeant tel un caméléon. Durant son trajet vers Paris, Seyyid Ali Efendi se rendit dans les villes comme Toulon, Aix-en-Provence, Avignon, Valence et Lyon. Dans chaque ville, les habitants, spécialement les femmes, lui rendirent visite pour le voir de plus près. A Lyon, Seyyid Ali Efendi se rendit dans une bibliothèque et fut surpris du fait que les lectrices étaient plus nombreuses que les lecteurs.

Quand Seyyid Ali Efendi arriva à Paris, le système de « directoire » était alors utilisé. Le ministre français des Affaires étrangères Talleyrand accorda un vif intérêt à l’ambassadeur turc et gagna sa confiance. Il fit visiter à Seyyid Ali Efendi les ateliers du Musée du Louvres et suivre les pièces au théâtre de l’Odéon. Entre-temps, Napoléon Bonaparte vainquit l’Autriche et focalisa son attention sur l’Egypte. Quand l’Etat ottoman demanda à Seyyid Ali Efendi quelle était l’intention de la France, ce dernier répondit que les préparatifs visaient surtout les chevaliers de Malte et qu’il n’y aurait pas d’attaques contre l’Egypte. Par la suite, alors que l’Egypte était occupée par la France, le rapport erroné de Seyyid Ali Efendi fut lu par le sultan Selim III qui le critiqua vivement. Cette erreur venait du fait que le traducteur d’origine grecque Panayotis Kodrikas avait été acheté par le ministre français des Affaires étrangères et avait fait de l’espionnage au profit de la France. Kodrikas reconnut d’ailleurs cette situation dans ses mémoires écrites plus tard. L’Etat ottoman apprit ce scandale diplomatique, quand la lettre envoyée par l’ambassadeur russe à Paris à destination de son homologue à Istanbul Tamara fut transmise aux dirigeants ottomans. Quand l’Etat ottoman déclara la guerre en 1798 contre la France et emprisonna l’ambassadeur français à Istanbul, Seyyid Ali Efendi fut lui aussi pris en otage à Paris. Seyyid Ali Efendi resta en France jusqu’en 1802. L’ambassadeur ne put travailler donc qu’une année sur les cinq qu’il passa à Paris et vécut les quatre autres en tant que détenu. Toutefois cette détention n’était pas un emprisonnement, c’était un placement sous surveillance dans une villa, car Talleyrand avait l’intention de profiter de Seyyid Ali Efendi dans les pourparlers de paix.

De retour à Istanbul, Seyyid Ali Efendi soutenu les démarches de réformes de Selim III et conserva des fonctions de haut niveau. Toutefois, quand Selim III fut détrôné lors de la révolte de 1807 et remplacé par Moustapha IV, il continua de garder de bons rapports avec les deux parties. Lors des démarches entreprises par le sénateur ottoman de Roussé Alemdar Moustapha Pacha pour réassurer l’accès au trône de Selim III qui se soldèrent par la mort de ce dernier, Seyyid Ali Efendi soutenu Mahmoud II. Seyyid Ali Efendi fut l’une des trois personnalités incitant Mahmoud II à tuer son frère Moustapha IV. Et cela eut lieu. Mais les évènements se développèrent à son encontre et il dut fuir Istanbul. Par la suite, il revint à Istanbul pour se faire pardonner. En 1809, Mahmoud II le nomma premièrement à une fonction mais le lendemain il le fit exécuter pour complicité au meurtre de son frère. Seyyid Ali Efendi a pris sa place dans l’histoire comme une personnalité victime de complots, impliquée dans des complots et ayant perdu sa vie pour cette raison.


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