L'histoire de l'Europe et les Turcs (06)

L'histoire de l'Europe et les Turcs (06)
Les désaccords dans l’État Seldjoukide entre les villageois et citadins formant la communauté sédentaire et les nomades, constituant l’autre partie de la population, ont conduit à un soulèvement appelé ‘Babai’ en 1240 qui a entrainé la disparition de cet État. A la suite de sa défaite à Kösedağ en 1243 contre les Ilkhanides représentant la région iranienne des Mongols, l’État Seldjoukide est devenu un État lié aux Mongols. Les Ilkhanides ont dirigé l’Anatolie via les gouverneurs qu’ils ont envoyés dans la région. L’administration centrée en Anatolie s’est affaiblie en raison des critiques dirigées contre les éléments étrangers et les taxes élevées qui ont été imposées. Des beylicats anatoliens ont commencé à apparaitre en particulier dans les régions situées dans les extrémités, à la fin du 13ème et au début du 14ème siècle. Ces beylicats d’Anatolie, parmi lesquels se trouve également les Ottomans, se sont davantage renforcés à la suite de la mort du dernier souverain Ilkhanides Abu Saïd Bahadur en 1335 et sont devenus les propriétaires de l’Anatolie.

Des beylicats ont apparu en Anatolie à la fin du 13ème et au début du 14ème siècle en raison du vide politique. Le premier de ces beylicats qui ont été formés en Anatolie centrale, est les Karamanides basés autour d’Ermenek. Puis ont été fondées les dynasties beylicales de Ladik basé autour de Denizli, des Sahibataoğulları basés autour d’Afyon, des Menteşeoğulları basés autour de Muğla Milas, des Aydinides basés autour d’Izmir, des Karesioğulları basés autour de Balıkesir, des Germiyanides basés à Kütahya, et des Saruhanides basés à Manisa. Le beylicat des Hamidides a été fondé autour d’Eğridir à Isparta dans la région des lacs. Le beylicat de Teke basé à Antalya et la dynastie beylicale turkmène des Dulkadir basé autour de Maraş ont été fondés. Et dans la région de la mer Noire, a été fondé le beylicat des Candaroğulları basé autour de Kastamonu.

L’atmosphère tendue engendrée par les croisades, entre l’Orient et l’Occident au début du 14ème siècle, s’est apaisée. Les villes-États comme la République de Venise et la République de Gênes qui ont eu connaissance de la richesse de l’Anatolie durant les croisades, ont été en quête de partenaire commercial en Anatolie. Elles commencent à signer des traités commerciaux avec les beylicats anatoliens qui dominent en particulier les côtes anatoliennes. Par exemple, les Vénitiens signent 7 accords de paix et de commerce avec le beylicat des Meteşeoğulları entre les années 1331 et 1414. Les Génois qui sont les adversaires des Vénitiens, signent également des accords similaires avec d’autres beylicats turcs. Avec les accords signés, les Vénitiens profitent de l’île de Crète, d’Eubée et de Rhodes dans le commerce qu’ils réalisent en Anatolie, tandis que les Génois poursuivent leurs activités commerciales via les colonies qu’ils ont fondées dans les îles de Chios, Lesbos, Bozcaada, Thasos, et dans les régions de Yeni Foça et d’Enez.

Le commerce entre les beylicats anatoliens et les villes-États italiennes se fait sous forme d’import-export. Parmi les produits exportés par les Beylicats turcs d’Anatolie se trouvaient principalement les produits tels que les tapis et kilim tissés par les tribus turcs appelés ‘Yörük’, le blé, le coton, l’avoine et le riz, les tissus tissés et l’alun. Le riz cultivé à Kütahya, le coton produit à Bursa, les châtaignes, les noix et les raisins récoltés à Iznik, la colle obtenue des arbres d’Isparta et la résine produite à Balıkesir étaient les produits des beylicats anatoliens exportés en Europe. Les tissus rouges et les voiles blanches fabriqués à Denizli et Alaşehir, étaient connus comme des tissus turcs de qualité. Quant à l’Alun utilisé en Europe dans diverses branches de l’industrie telles que celles de la peinture, de la laine, du cuir, de la chimie, de l’or et des cosmétiques, il provenait essentiellement de Kütahya, Foça et Sebin-Karahisar et était totalement exporté en Europe. L’argent exporté d’Anatolie était l’un des produits appréciés en Europe. Par ailleurs, le bois de la région méditerranéenne et les célèbres chevaux de Kütahya, figuraient parmi les produits exportés. Quant au Turcs de l’époque des beylicats, ils importaient d’Europe, les produits tels que les produits textiles, le vin, les produits de verres, le sucre et le savon. Les régions portuaires des côtes égéennes comme Foça, Izmir, Ayasulug (Selçuk-Efes), Balat (Milet), et les villes côtières méditerranéennes comme Antalya et Alanya ont gagné une grande importance grâce à la réalisation de ce commerce, avec l’Europe. Outres ces villes portuaires, les villes telles que Denizli, Milas, Bursa Iznik et Kütahya attirent l’attention en étant des villes anatoliennes réalisant du commerce avec l’Europe occidentale au temps des beylicats.

La personnalité la plus célèbre des beylicats anatolien, en matière de relations avec l’Occident, est l’émir d’Aydın Aydınoğlu Umur Bey qui régna dans la région d’Izmir. Umur Bey est née en 1309 à Birgi et a été nommé émir à l’âge de 18 ans. Régnant durant 21 ans, il a réalisé 26 expéditions maritimes et est décédé à l’âge de 39 ans. Durant sa courte vie, Umur Bey a formé une puissante force maritime en mer Égée où il a réalisé des expéditions maritimes. Parmi les lieux où s’est rendu Umur Bey, figurent les îles grecques de Kiklas, l’île d’Eubée, la péninsule de Péloponnèse et Monemvasias. Umur Bey a conquit la partie restante de la ville d’Izmir qui était entre les mains de la République de Gênes et l’a annexé au beylicat, et a pillé l’île de Chios dans les expéditions maritimes qu’il a réalisées. Traversant par la suite le détroit des Dardanelles, il réalise une expédition maritime à Gallipoli en 1331. Il réalise des expéditions militaires maritimes et terrestres aux Balkans en tant qu’allié de Byzance dans la lutte qui l’oppose à Étienne Douchan, roi de la Serbie. Parmi les régions où il a effectué des expéditions militaires, se trouve Corinthe et Athènes mais également les îles d’Andros, Sifnos, Naxos, Para, Eubée ainsi que les régions de Thessalie, Salonique, Komotini et Didymotique. Le fait qu’il ait fait traverser les navires par voie terrestre dans la région de Germe qui se trouve entre deux mers et long de 6 kilomètres, a considérablement accentué la renommé d’Umur Bey. Les sources byzantines confirment qu’Umur Bey avait à ses ordres près de 380 navires et 20 000 soldats. Umur Bey est décédé en 1348, après avoir reçu une flèche dans une guerre qui l’opposait aux Latins à Izmir.

Umur Bey définit par l’empereur byzantin Cantacuzène, comme une personne très rationnelle et intelligente, est un Turc d’Anatolie qui met fin à la conviction infondée selon laquelle les Turcs n’étaient pas des marins. Durant sa courte vie, il a fait accepter aux Occidentaux l’existence turque en mer Égée, de Marmara et en Méditerranée. C’est pourquoi il a été nommé Ghazi Umur et est considéré comme l’ancêtre des marins ottomans. Il a laissé de profondes traces dans l’histoire maritime turque. A la vielle de leurs expéditions maritimes, les marins ottomans prêtaient serment sur la vie d’Umur Bey. Les Janissaires portaient des chapeaux comme lui. Et les marins se sont ventés durant des siècles, en disant ‘nous sommes les fils d’Umurca’.

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