Un "nouveau" Moyen-Orient (étude)

Une étude sur le Moyen-Orient de Can ACUN, chercheur sur la politique étrangère à SETA.

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Un "nouveau" Moyen-Orient (étude)

 

Il semble que le changement de pouvoir aux États-Unis a eu de sérieux effets sur le Moyen-Orient. Surtout les princes héritiers qui ont perdu le soutien absolu de Trump cherchent à réviser leurs positions politiques. Encore une fois, alors que les Etats-Unis et l’Iran relancent les négociations nucléaires, ils sont confrontés à la réaction et aux provocations dures d'Israël. La Turquie, en revanche, essaie de maximiser ses intérêts dans cette nouvelle équation.

 

Le Moyen-Orient est l'une des régions les plus dynamiques du monde. Il est plutôt possible de parler de chaos que de stabilité dans la région. Malheureusement, c'est une géographie façonnée par les effets des conflits et des luttes difficiles. En particulier, nous parlons d'un chaos contrôlé provoqué par des interventions extérieures. Bien que la Turquie ne soit pas seulement un État du Moyen-Orient, elle est bien sûr influencée par les développements dans la région. Dans ce contexte, il y a un sérieux dynamisme et des recherches de révision dans la politique régionale surtout après le changement de pouvoir aux USA. Cependant, il pourrait y avoir un effet plus positif. D'une part, le lancement de négociations nucléaires par l’Amérique de Biden avec l'Iran et la réduction de sa pression sur l'Iran, et d'autre part, la diminution du soutien absolu accordé aux princes héritiers saoudiens et émiriens, ont profondément ébranlé les équilibres de la région.

 

Israël et les pays du Golfe sont très inquiets. Cependant, ils semblent essayer de répondre différemment aux développements actuels. Avec les mesures qu'il prend, Israël veut empêcher directement un adoucissement américano-iranien. Il cible l'Iran à la fois directement sur son propre territoire et par sa présence dans des pays comme la Syrie. Encore une fois, dans le Golfe et la mer Rouge, les deux pays ciblent les navires qui leur appartiennent. Cependant, l'Iran a choisi d'éviter une escalade, qui est jusqu'à présent l'objectif principal d'Israël.

 

Les pays du Golfe, en revanche, ont vu qu'ils ne pouvaient plus compter sur le parapluie de protection absolue offert par les États-Unis à l'époque Trump et sont en quête de révision. Ils ont d’abord mis fin au blocus du Qatar et ont entamé le processus de normalisation avec ce pays. Là encore, un sérieux assouplissement a été observé dans leur approche vis-à-vis de la Turquie. Bien que cela ne se soit pas encore transformé en politique concrète, les signes sont très clairs.

 

Encore une fois, nous constatons que la Turquie, en tant que pays des plus importants de la région, n'est pas indifférente à cet effort de changement et de révision. Il existe diverses tentatives mutuelles pour normaliser les relations avec les pays qui ont formé un front contre la Turquie à l'époque Trump. Le président Recep Tayyip Erdogan a eu diverses conversations téléphoniques avec le roi d'Arabie saoudite, Salmane ben Abdelaziz, mais les véritables développements se produisent avec l'Égypte. Une délégation de la Turquie a tenu des entretiens importants au Caire, et les deux pays semblent se concentrer sur des intérêts communs pour sortir de la spirale perdant-perdant. Bien entendu, le processus de solution politique en Libye a également eu un impact positif sur les relations.

 

Dans le contexte de ces développements, il est évident que nous sommes dans un nouveau processus qui affectera les positions politiques des pays du Moyen-Orient. Tous les pays semblent revoir leur position et leur engagement d'une manière ou d'une autre. Dans un proche avenir, les guerres par procuration et les conflits pourraient être suspendus pendant un certain temps. Cependant, les mesures à prendre par Israël et l’Iran seront importantes dans ce contexte. Un éventuel conflit chaud entre les deux pays impactera profondément toute la région et sera capable de s’étendre. Pour la Turquie, on peut prédire que les opérations dans le cadre de la lutte contre le terrorisme se poursuivront en Irak et en Syrie.



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