Erdoğan, l’espoir de Jérusalem (étude)

Alors que le monde entier suit avec inquiétude le retour du conflit israélo-palestinien, tous les yeux sont rivés sur le président Erdoğan, le seul leader musulman à élever la voix haut et fort contre Israël.

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Erdoğan, l’espoir de Jérusalem (étude)

 

par Öznur Küçüker Sirene

 

Entre la pandémie de coronavirus et des conflits régionaux, le monde avait presque oublié le conflit israélo-palestinien long de plusieurs décennies. Or le retour des violences fut brutal.

En ce mois béni de Ramadan, l'attaque de la police israélienne contre les fidèles de Masjid al-Aqsa a créé une vague d'indignation dans le monde musulman. Jérusalem qui est « la ligne rouge pour la Turquie » est redevenu le théâtre d’atrocités israéliennes commises à l’égard des Palestiniens. Le bilan est déjà extrêmement lourd : dans la bande de Gaza plus de 30 morts, dont une dizaine d’enfants, et à Jérusalem 520 blessés, dont plus de 300 hospitalisés. 

Si la communauté internationale garde un silence ahurissant et désespérant face aux événements, la réaction la plus sévère contre Israël est encore une fois venue du président turc Recep Tayyip Erdoğan. « Israël, Etat terroriste cruel, attaque de manière sauvage et dénuée d’éthique les musulmans à Jérusalem qui n’ont d’autres soucis que de protéger leurs foyers et leur pays millénaire ainsi que leurs valeurs sacrées », a-t-il déclaré, appelant tous les pays, en premier lieu les pays musulmans, à agir contre les attaques d’Israël envers les Palestiniens.

Erdoğan est considéré depuis longtemps comme le plus grand défenseur de la cause palestinienne. En 2018, il avait qualifié de « crimes contre l’humanité » et de « terreur d’Etat » les actions d’Israël dans les territoires palestiniens, décrivant Israël comme « l’État le plus sioniste, le plus fasciste et le plus raciste au monde ». Au mois de septembre de l'année suivante, Erdogan avait montré une carte représentant l'évolution du territoire palestinien, à l'Assemblée générale des Nations unies à New York, comparant les politiques de l’Etat hébreu à Gaza au « traitement des Juifs par les Nazis ».

 En 2020, il fut celui qui s'est opposé le plus fermement au plan américain censé, selon l'ex-président américain Donald Trump, régler le conflit israélo-palestinien, accusant les pays arabes qui soutiennent le plan de « trahison envers Jérusalem » et affirmant que « la Turquie ne reconnaît pas et n’accepte pas ce plan qui anéantit la Palestine et fait main basse sur Jérusalem ».

Aujourd’hui encore, Erdoğan représente l’espoir pour les Palestiniens ignorés et abandonnés à leur propre sort par la communauté internationale comme le prouve une vidéo où on entend des Palestiniens scander le nom d’Erdoğan devant Masjid Al-Aqsa. Le hashtag #KudüsünUmuduErdoğan (Erdoğan, l'espoir de Jérusalem) a été lancé sur les réseaux sociaux afin de soutenir le président turc dans sa défense de la cause palestinienne.

La Turquie entière unie pour la Palestine

Devant la gravité de la situation, la Turquie entière a adopté une attitude commune face à la souffrance du peuple palestinien. Laissant de côté leurs différences idéologiques, les cinq partis de la Grande Assemblée nationale ont condamné les attaques terroristes d'Israël envers les Palestiniens.

Les Turcs se sont également réunis par milliers dans toute la Turquie afin de protester contre les attaques israéliennes contre les Palestiniens à Jérusalem-Est et le risque d’expulsion forcée des Palestiniens de leurs maisons dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est occupé. Des centaines de manifestants turcs ont défilé vers l'ambassade d'Israël à Ankara, scandant « Des soldats turcs à Al-Aqsa ».

Côté diplomatie, tous les responsables ont été unanimes pour dénoncer les violences d’Israël à l’égard des Palestiniens. Dans un communiqué de presse concernant les frappes aériennes d'Israël sur la bande de Gaza, le ministère turc des Affaires étrangères a accusé l'Etat hébreu d'être « le principal responsale de l'escalade des événements dans les territoires palestiniens ».« Nous continuerons d'être la voix de nos frères palestiniens et de défendre leurs droits », a assuré le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Çavuşoğlu. Il s'est également entretenu sur les récents développements en Palestine et à Jérusalem avec ses homologues iranien, algérien, pakistanais, tunisien et russe. De son côté, le chef de la communication de la Présidence, Fahrettin Altun a lancé un appel au monde islamique, l’invitant à « dire ‘stop’ aux attaques cruelles et ignobles d'Israël ». « Nous suivons avec inquiétude la politique d’occupation et de violence d’Israël contre les Palestiniens. Il est inadmissible qu'Israël attaque nos sacrés », a aussi dénoncé le porte-parole de la présidence, İbrahim Kalın.

Afin d'« unir les voix contre la persécution des Palestiniens par Israël et les attaques à la mosquée Al-Aqsa », le président Erdoğan s'est également entretenu avec plusieurs leaders musulmans dont le roi Abdallah II de Jordanie,  l'émir du Koweït, Nawwaf al-Ahmad al-Jabir al-Sabah, le roi malaisien Sultan Abdullah Riayatuddin Al-Mustafa Billah Shah et l'émir du Qatar Sheikh Tamim bin Hamed Al Thani.

Si pour l’instant rien n’est certain quant à l’évolution de la situation, beaucoup s’attendent à l’escalade des tensions. Selon l'émissaire de l'ONU pour le Proche-Orient Tor Wennesland, Israël et le Hamas se dirigeraient même vers une « guerre à grande échelle ». D’autres, moins pessimistes, estiment qu’il y aura rapidement un retour au calme notamment grâce aux efforts de l’ONU qui, selon des sources diplomatiques, aurait amorcé une médiation auprès des parties concernées avec l'aide du Qatar et de l'Egypte afin d'obtenir une désescalade.

En attendant de voir quelle tournure vont prendre les événements, une chose est certaine : la position du président Erdoğan et de son pays à cet égard sera décisive pour sensibiliser et mobiliser la communauté internationale contre les violences commises par Israël contre le peuple palestinien.



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