La normalisation des relations au Moyen-Orient

Une étude de l'écrivain-chercheur, le Prof. Murat Yeşiltaş, directeur des études sécuritaires de SETA

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La normalisation des relations au Moyen-Orient

 

Ces derniers temps, plusieurs pays du Moyen-Orient cherchent à normaliser leurs relations avec les pays avec lesquels ils rencontrent des différends et sont en compétition.

La normalisation a débuté sous l’administration Trump entre Israël et des pays arabes. Avec l’arrivée au pouvoir de Biden, la normalisation a influencé plusieurs pays du Moyen-Orient. Il y a quelques semaines, les contacts entre l’Arabie saoudite et l’Iran, ont même suggéré un adoucissement entre deux grands adversaires de la région. La Turquie a été l’un des pays les plus évoqués cette semaine. Les rapprochements entre la Turquie et Israël, l’Egypte et l’Arabie saoudite vont probablement conduire à une nouvelle ère au Moyen-Orient. En dernier lieu, une nouvelle étape a été franchie dans la recherche de la normalisation des relations entre la Turquie et l'Egypte. Une délégation turque s'est rendue au Caire après un entretien entre les chefs des services de renseignement et les ministres des Affaires étrangères.

 

La normalisation de la Turquie avec l'Égypte se situe à un niveau régional différent. Les États-Unis, qui ont laissé l'Arabie saoudite seule au Yémen et sont proches d’un accord nucléaire avec l'Iran, ont engendré de nouvelles dynamiques dans l'équation de puissance du Moyen-Orient. Les médias ont affirmé que le représentant de la Maison Blanche pour le Moyen-Orient, McGurk, s’est rendu en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, en Égypte et en Jordanie pour dissiper les inquiétudes des alliés sur un retour à un accord nucléaire avec l'Iran. La principale priorité des États-Unis au Moyen-Orient est de contrôler le programme nucléaire iranien et de reprendre les pourparlers avec Téhéran. D'autre part, l'intérêt des acteurs mondiaux tels que la Russie et la Chine pour le Moyen-Orient engendre chaque jour un nouveau défi pour les États-Unis. C’est dans ce climat que tous les acteurs régionaux tentent de surmonter leurs différends. Les efforts de rapprochement entre la Turquie et l'Égypte doivent également être interprétés comme une partie de cette équation.

Le partage des zones de juridiction en Méditerranée orientale et le dossier libyen apparaissent comme l'une des raisons les plus rationnelles du rapprochement entre Ankara et Le Caire. La Libye pourrait devenir un dossier commun pour l'Égypte et la Turquie lorsque la transition politique sera lancée en Libye. Les deux pays sont conscients de l’importance stratégique d’agir conjointement sur la Libye, et que la concurrence concernant les ressources énergétiques en Méditerranée orientale ne leur sera pas bénéfique. L'Égypte, signataire d’un accord avec la Grèce, est également consciente que cet accord ne répond pas pleinement aux priorités de l'Égypte. Par conséquent, la coopération avec la Turquie sur l'énergie en Méditerranée orientale permettra à l’Egypte d’obtenir plus. Ces deux questions constituent l’ordre du jour le plus positif du processus de normalisation.

 

La question des Frères musulmans, qui représente un problème entre les deux pays, a été mise de côté pour l'instant. Des questions géopolitiques régionales plus importantes feront progresser le rapprochement entre les deux pays pour le moment. La normalisation entre l’Egypte et la Turquie a le potentiel d'apaiser les tensions dans la région, en particulier sur la question libyenne.



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