Provocation à Idleb (étude)

Une étude de Can ACUN, chercheur en Relations internationales à SETA.

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Provocation à Idleb (étude)

Même dans les moments où des combats d’envergure n’interviennent pas en Syrie, des développements importants sont observés à tout moment et plusieurs acteurs internes et externes lancent des actions militaires et politiques pour favoriser leurs positions. La Guerre civile qui dure depuis maintenant plus de huit ans suit toujours un cours dynamique. Pendant que certains acteurs essaient de mettre en place un tableau qui serait en leur faveur, certains autres entreprennent des démarches pour empêcher ceci et investissent dans le chaos qui touche le pays. C’est dans ce contexte que l’on peut interpréter la récente attaque contre la patrouille turco-russe à Idleb.  

 

Idleb qui est le dernier bastion de l’opposition et où vivent environ 3,5 millions d’opposants, est visé par le régime et ses soutiens et les combats survenus ont fait des centaines de milliers de déplacés ainsi que plusieurs victimes. Ces attaques ont finalement pu être stoppées par l’intervention de la Turquie et une trêve a été instaurée à l’issue d’un consensus entre la Turquie et la Russie. Dans ce contexte, les militaires turcs et russes ont lancé des patrouilles conjointes sur l’autoroute M4 et l’espace a progressivement été élargi.

Après des patrouilles à Badama durant la 20e patrouille à Idleb, la 21e patrouille conjointe devait s’effectuer sur la trajectoire convenue à Moscou et les patrouilles conjointes devaient réussir. Mais une attaque au véhicule piégée a été perpétrée contre les soldats russes sur la trajectoire et la patrouille a été complétée sur la trajectoire convenue.

L’attaque a été revendiquée par l’organisation « Hattap Shishani ». Le nom de l’organisation est très significatif pour la Russie. L’organisation qui fait référence aux Tchétchènes donnait un message direct à la Russie. Quand on imagine qu’il n’existe pas d’organisation de ce nom à Idleb ou dans les autres régions contrôlées par l’opposition, plusieurs questions se posent. Cette organisation qui semble être constituée sur papier peut éventuellement avoir lancé cette attaque au nom de l’organisation Hourassaddine, affiliée à al-Qaïda mais également par un acteur tiers souhaitant porter atteinte au consensus turco-russe.

D’ailleurs après l’attaque d’Idleb, l’aviation russe a mené plusieurs frappes et bombardé des positions de l’opposition à Idleb ainsi que la ville d’al-Bab où quelques civils ont été tués. La Russie a transformé l’attaque contre ses soldats en une opportunité et bombardé des opposants modérés proches de la Turquie, ce qui montre combien l’accord avec Moscou est fragile. Cela a une nouvelle fois montré que les acteurs internes et externes qui veulent empêcher la Turquie et la Russie d’être des acteurs en Syrie, n’attendent pas sans rien faire et essaient de manipuler le processus par des actions provocatrices.



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