Affaire Khashoggi/Callamard : "Les décisions de la justice saoudienne sont un double choc"

La Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnès Callamard, a déclaré : - Étant opposée à la peine de mort, cela constitue un premier choc pour moi

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Affaire Khashoggi/Callamard : "Les décisions de la justice saoudienne sont un double choc"


 

La Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires, Agnès Callamard, a exprimé jeudi son "double choc" à la suite des condamnations à mort prononcées lundi en Arabie saoudite contre cinq personnes à l'issue d'un procès à huis clos pour le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi.

Callamard a indiqué, dans un communiqué rendu public jeudi, que "les bourreaux ont été reconnus coupables et condamnés à mort. Étant opposée à la peine de mort, cela constitue un premier choc pour moi".

"Ceux qui ont ordonné les exécutions sont non seulement en liberté mais ils ont à peine été touchés par l'enquête et le procès. C'est là le deuxième choc", a-t-elle ajouté.

"C'est l'antithèse de la justice et un manque de respect inacceptable envers les victimes", a souligné Callamard.

"En vertu du droit international relatif aux droits de l'Homme, le meurtre de M. Khashoggi est une exécution extrajudiciaire dont le Royaume d'Arabie saoudite doit être tenu responsable", a-t-elle expliqué.

L'experte onusienne a par ailleurs noté que "l’affaire du meurtre du journaliste exige qu’une enquête sur la chaîne de commandement pour identifier les commanditaires, ainsi que ceux qui ont incité, permis ou fermé les yeux sur le meurtre, comme le prince héritier soit diligentée".

"Cependant, à aucun moment, le procès n'a pris en compte les responsabilités de l'État", a-t-elle déploré.

Elle a également jouté que "les 18 fonctionnaires saoudiens, présents en tant que tels au consulat saoudien à Istanbul pendant plus de 10 jours, ont nettoyé la scène du crime. C'est une entrave à la justice et une violation du Protocole du Minnesota relatif aux enquêtes sur les exécutions arbitraires".

Selon Callamard, "la présence d'un médecin légiste inscrit dans l'équipe officielle du meurtre au moins 24 heures avant le crime, et discutant du démembrement de Khashoggi deux heures avant qu'il ne se produise réellement, indique aussi clairement que le meurtre était planifié".

Elle a estimé que le juge semblait conclure que le meurtre de M. Khashoggi était un accident puisqu'il ne semblait pas y avoir d'intention, mais il a néanmoins condamné les accusés à la peine de mort, en violation flagrante du droit international relatif aux droits de l'homme.

Dans le même contexte, elle a critiqué le déroulement des audiences à huis clos, alors qu'aucune des justifications de la tenue non publique d'un procès en droit international ne s'appliquait.

Callamard a déclaré que les accusés avaient déclaré à plusieurs reprises au cours des audiences qu'ils obéissaient aux ordres. Elle a également déploré que le conseiller personnel du Prince héritier, Saoud al-Qahtani, n'ait pas été inculpé et reste libre malgré le fait qu’il avait exigé l'enlèvement de M. Khashoggi au motif qu'il représentait une menace pour la sécurité nationale, comme l’a déclaré publiquement le Procureur.

Lundi, un tribunal saoudien a condamné à mort cinq personnes pour avoir participé au meurtre du célèbre journaliste Jamal Khashoggi. Le procureur général d'Arabie saoudite, Saud bin Abdullah Al-Muajab, a déclaré que l'ancien conseiller royal Saoud al-Qahtani et l'ancien consul à Istanbul Mohammed al-Oteibi n'ont pas été inculpés pour le meurtre.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AA

Khashoggi avait été tué au consulat saoudien à Istanbul, en Turquie, le 2 octobre 2018. Son corps n'a jamais été retrouvé.



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