Syrie / Témoignage : ‘’Nous buvions seulement un verre d’eau tous les 2 à 3 jours"

Après être resté un moment en Syrie jusqu’en octobre 2016, Emir a partagé qu’il a trouvé refuge avec sa famille en Turquie.

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Syrie / Témoignage : ‘’Nous buvions seulement un verre d’eau tous les 2 à 3 jours"

Ismaïl Emir, d’origine turkmène, arrêté pour avoir aidé des opposants au régime de Bachar al-Assad en Syrie, ne peut effacer de sa mémoire les tortures dont il a été aussi bien victime que témoins en prison.

Emir, âgé de 39 ans et père de trois enfants, a raconté aux journalistes de l’agence Anadolu (AA), les tortures auxquelles il a assistées et dont il a, lui-même, été victime dans les prisons syriennes, où il a été détenu pendant environ un an. 

Emir a déclaré qu'au début de la guerre civile, le régime avait arrêté 20 personnes dans la même situation que lui, sous prétexte de livraison d’armes aux dissidents turkmènes présents à Bayirbucak. 

Précisant que les tortures avaient débuté dès le 3ème jour de sa captivité, il a expliqué sa souffrance comme suit :

« Ils ont pensé que j’étais le chef des dissidents. Je leur ai dit que je n’avais rien à voir avec le trafic d’armes. Mais ils ne m’ont pas cru et ils ont commencé à me torturer ».

«Ils m’ont gardé suspendu au plafond pendant 24 heures. Mes mains étaient attachées au plafond et mes orteils au sol. Si je desserrais ma main, mon pied risquait de se briser et si je desserrais mon pied, alors c’était ma main qui va être fracturée. Ils m’ont laissé affamé et assoiffé. J’ai ensuite été jeté dans une cellule ». 

Emir a déclaré qu'il ne pouvait pas aller aux toilettes, craignant d'être torturé. Sa cellule d'un mètre carré ne lui permettait pas de s’allonger, empêchant même la posture debout. 

Indiquant qu'il est devenu extrêmement faible durant cette période, Emir a poursuivi: 

"Tu ne peux pas dormir dans la cellule et tu ne peux pas t'étirer. Tu ne peux ni manger ni boire. Il est possible d’aller aux toilettes 2 fois par jour, le matin et le soir. Ils nous donnaient du pain et de l'eau. Je ne buvais pas toute mon eau car, forcément, cela impliquait d’aller aux toilettes plus souvent. Et si c’était le cas je prenais le risque d’être battu à mort sur le chemin reliant ma cellule aux toilettes. Nous coupions donc le pain en quatre et nous buvions seulement un verre d’eau tous les 2 à 3 jours’’. 

- "Ils ont pincé mes doigts " 

Emir, racontant qu’un de ses amis, a été électrocuté et a eu les doigts ainsi que les orteils pincés, a-t-il ajouté: "J'ai vu ces tortures de mes propres yeux. Le supplice est insupportable, c’est souffrir jusqu’à la mort. On a vu ce qu'est la torture. En prison, un commandant a déclaré: « Faites tout ce que vous voulez, mais ne touchez pas à Assad », une phrase prononcée alors qu’il mettait ma tête sous sa chaussure en appuyant’’. 

- "Ils n’ont pas peur de Dieu" 

Emir a affirmé qu'il ne pouvait pas oublier le cauchemar qu’il a vécu durant sa détention. "La première fois qu'ils m'ont attaché en prison, j’ai crié "Ya Allah" de douleur", s'est-il rappelé.

Ses geôliers se sont alors moqués de lui, de son Dieu et de sa religion. 

Emir a souligné que les prisons de Damas étaient le centre de torture d’Assad. Il a été relâché après avoir été torturé durant un an, une fois reconnu non coupable des faits qui lui étaient reprochés. 

Après être resté un moment en Syrie jusqu’en octobre 2016, Emir a partagé qu’il a trouvé refuge avec sa famille en Turquie. 

Pour oublier la souffrance et les tortures endurées, il travaille maintenant en Turquie à Kahramanmaras, une nouvelle vie dans l’espoir d’assurer un avenir meilleur à ses enfants. 

Selon des sources de l'opposition, au moins 500 000 personnes seraient détenues dans les prisons du régime en Syrie. Plus de 13 500 femmes identifiées ont été torturées ou violées dans les geôles du régime.

Plus de 7 000 femmes sont toujours détenues dans les prisons d’al-Assad. AA



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