Les conséquences de la crise syrienne sur les pays voisins

Alors que le monde n’a ressenti les effets directs de la crise en Syrie qu’à partir de 2016, les pays voisins comme la Turquie, l’Irak, la Jordanie et le Liban y ont été confrontés depuis le début de la guerre civile en 2011

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Les conséquences de la crise syrienne sur les pays voisins

La crise syrienne qui a éclaté en mars 2011 continue d’avoir des effets à court et moyen termes sur toute la région.

Deux points essentiels, les actions violentes de certains groupes terroristes et le flux de migrants vers l’Europe, ont fait de cette crise un problème mondial.

Alors que le monde n’a ressenti les effets directs de la crise en Syrie qu’à partir de 2016, les pays voisins comme la Turquie, l’Irak, la Jordanie et le Liban y ont été confrontés depuis le début de la guerre civile en 2011.

Ces quatre pays sont directement menacés par les groupes terroristes -Daech en premier lieu - subissent de plein fouet la crise des réfugiés et doivent faire face à d'autres enjeux liés à la crise.

Chacun de ces pays, en raison de ses propres problématiques internes et de son système politique, est touché d’une manière particulière, mais pour autant, tous font face à des difficultés qui sont liées entre elles.

Du point de vue des migrations, il est aisé d’affirmer que la Turquie supporte le poids le plus important. Ce pays est désormais le pays au monde qui accueille le plus grand nombre de réfugiés sur son sol.

La Turquie poursuit sa politique de «portes ouvertes» face aux Syriens qui veulent fuirent leur pays; et avec le temps, les moyens qu’elle a mis en place pour ce faire n’ont cessé de se développer.

Toutes les principales institutions turques concernées par l’arrivée en masse de réfugiés travaillent en étroite coordination. Il s'agit notamment de l’AFAD (Direction turque de gestion des catastrophes naturelles et des situations d’urgence), du Croissant Rouge turc, du ministère de la Santé, de celui de l’Education Nationale, de la Direction des Migrations du ministère de l’Intérieur, de celle de la sécurité publique, ainsi que du commandement de l’état-major.

En dehors des institutions publiques, la société turque et le secteur associatif participent aussi, pleinement, à l’accueil des Syriens.

De son côté, la Jordanie, plus expérimenté dans l’accueil des réfugiés et grâce aux aides des pays donateurs, a pu développer une politique d’accueil plus structurée que le Liban ou l’Irak.

Mais la Turquie, n’a bénéficié que de certaines aides «symboliques» de la communauté internationale, dépensant des sommes très importantes sur son propre budget.

Le Liban est également confronté à de grandes difficultés pour assurer l’accueil des Syriens, d’autant que sa situation politique interne très fragile ne permet pas de mener des actions plannifiées à long terme.

Du point de vue du flux de réfugiés, parmi ces quatre pays, c’est l’Irak qui a le moins subi.

Entre ces pays, il est possible de faire une classification par groupes : Turquie-Jordanie d’un côté, et Liban-Irak de l’autre.

Grâce à leurs situations économiques et politiques d’avant la crise en Syrie, la Turquie et la Jordanie ont su apporter une réponse adéquate à l’arrivée des réfugiés.

Par contre, l’Irak était déjà confronté à sa propre crise, liée au gouvernement de Maliki. Son instabilité politique, puis l’invasion de certaines régions et de Mossoul par Daech, ont mis en lumière toute la fragilité de l’état irakien.

La situation au Liban n’est pas plus solide, puisque c'est un gouvernement de transition qui a du faire face à la crise syrienne.

Le gouvernement, formé en 2014, reste fragile et n’est donc pas en mesure de proposer une politique d’accueil très élaborée. Le Liban n’a pas pu, par ailleurs, élire un nouveau président depuis 2014 et les élections législatives ont été reportées à deux reprises, elles devraient avoir lieu en 2017.

La guerre en Syrie a eu d’autres effets très négatifs sur ces quatre pays en dehors de la question des réfugiés : la menace terroriste et Daech.

Chacun de ces pays est confronté à une augmentation du nombre des personnes qui rejoignent les groupes terroristes comme Daech, al-Nusra ou le PKK et sa branche syrienne, le PYD-YPG.

Sur ce point, l’Irak et le Liban semblent être les deux pays les plus touchés par «une radicalisation» d’une partie de leurs populations respectives, qui rejoignent Daech ou Hezbollah, engagé auprès du régime de Bachar al-Assad.

Rappelons que Daech est une organisation terroriste née en Irak, mais qui a profité de la crise en Syrie pour s’étendre et se renforcer dans les deux pays.

Alors que la Turquie a été à plusieurs reprises la cible des terroristes, la Jordanie y est beaucoup moins confrontée.

La Turquie, fait face en plus, aux nombreux combattants étrangers qui cherchent à rejoindre la Syrie en passant par son territoire.

Ankara doit donc renforcer ses mesures de protection, de surveillance et de contrôle de ses frontières.

Pour cela, la Turquie construit des murs et des nouveaux points de contrôle à sa frontière sud avec la Syrie.

La plus importante menace qui vise la Turquie semble être les 600 km -sur les 911 km au total- de frontière dont le PYD-YPG (branche syrienne du PKK), a pris le contrôle, du côté syrien.

Le risque que la Syrie soit divisée en plusieurs morceaux après la guerre, fait naître de nouveaux enjeux pour la Turquie, liés notamment à sa sécurité, à sont intégrité territoriale et à son unité politique.

Il semble donc que, même si la guerre en Syrie prend fin prochainement, les pays voisins ne pourront pas effacer rapidement les effets de cette crise.

Il est donc nécessaire de réfléchir sur des politiques qui minimiseront les effets de la guerre en Syrie sur ses pays voisins.(AA)



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