Présidentielle 2022 : Quel impact sur les relations franco-turques ?

A sept mois de l’élection présidentielle en France, une question se pose : la réélection ou non d’Emmanuel Macron à la présidence de la République peut-elle impacter positivement -ou négativement- les relations franco-turques ?

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Présidentielle 2022 : Quel impact sur les relations franco-turques ?

 

par Öznur Küçüker Sirene

Il ne reste plus que quelques mois jusqu’à la tenue de l’élection présidentielle en France qui se déroulera en avril 2022. Si aucun candidat ne remporte la majorité absolue des suffrages exprimés au premier tour (le 10 avril), un second tour (le 24 avril) aura lieu entre les deux premiers candidats deux semaines plus tard.

En 2017, les résultats du premier tour étaient serrés entre le candidat de La République en Marche Emmanuel Macron (24,01% des voix exprimées) et la candidate du Front National Marine Le Pen (21,30% des voix exprimées). Au second tour, Macron a obtenu la victoire avec 66,1 % des suffrages exprimés, face à Marine Le Pen, qui a recueilli 33,9 %. Il est important de noter que le scrutin a été marqué par une abstention de 25,4 %, un taux assez important pour un second tour d'élection présidentielle.

L’élection présidentielle 2022 sera déterminante pour l’avenir de la France dans un contexte où le pays a connu plusieurs crises importantes au cours du quinquennat du président français Emmanuel Macron : attentats, manifestations des Gilets Jaunes, une importante crise économique (une chute de 8% du PIB en 2020) et puis une gestion mitigée de la pandémie de coronavirus.

Pour l'instant, le président de la République en exercice n'a pas annoncé sa candidature à la présidentielle, arguant qu' « il est encore trop tôt pour l'annoncer » et qu'il entend réformer le pays « jusqu'au dernier jour ».

Dans la très longue liste de candidats, on peut citer quelques noms populaires tels que François Asselineau (Union populaire républicaine), Marine Le Pen (Rassemblement national), Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise), Jean Lassalle (Résistons), Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste), Xavier Bertrand (Les Républicains), Florian Philippot, Arnaud Montebourg mais aussi des candidats via une primaire tels que Valérie Pécresse (présidente de la région Ile-de-France), Philippe Juvin (Les Républicains), Eric Ciotti (Les Républicains), Michel Barnier (Les Républicains), Denis Payre (Les Républicains), Sandrine Rousseau (EELV), Éric Piolle (EELV), Yannick Jadot (EELV), mais aussi Anne Hidalgo (Parti socialiste, maire de Paris) et Stéphane Le Foll (Parti socialiste).

Un autre candidat potentiel qui fait beaucoup parler de lui est sans aucun doute le polémiste d’extrême-droite Eric Zemmour qui a déclaré qu'il choisirait « son moment » pour déclarer sa possible candidature à l'élection présidentielle. Même si l’ambiguïté plane sur sa candidature, les promesses de Zemmour suscitent déjà de vives polémiques dans le pays. Il a récemment précisé quelques mesures phares qu'il comptait appliquer une fois élu comme « l'interdiction des prénoms musulmans ».

Même si pour l’instant, l’incertitude règne au sujet du futur / de la locataire de l’Elysée, plusieurs enquêtes telles que celle réalisée par Ifop Fiducial pour Le Figaro et LCI montrent que Macron et Le Pen restent toujours favoris pour la présidentielle 2022. Selon les estimations, au second tour le chef de l'État serait largement réélu.

Néanmoins, la candidature des noms connus tels que Valérie Pécresse et Anne Hidalgo fait aussi penser à la prédiction de Jacques Attali surnommé « l’homme qui murmure à l’oreille des présidents » (qui avait aussi prévu la victoire d’Emmanuel Macron quelques ans avant la présidentielle 2017) selon laquelle la France aura « sa première présidente » en 2022.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier que les élections municipales 2020 avaient été une « claque » électorale pour Macron et son parti LREM avec Europe Écologie-Les Verts qui s’est emparé de plusieurs grandes villes françaises, comme Strasbourg, Bordeaux, Lyon, Tours, Besançon, Poitiers, Annecy, et Marseille.

Ce qui peut changer la donne c’est certainement la stratégie que le chef de l’Etat français suivra pour se faire réélire. Et un article du journal Le Figaro nous donne quelques indices de cette stratégie : « Comment Macron distribue des milliards avant la présidentielle… ».

Avenir des relations franco-turques

Un autre sujet qui intéresse plus particulièrement la Turquie, c’est certainement l’avenir des relations franco-turques. Un changement est-il possible après la présidentielle 2022 ?

Durant le quinquennat du président Macron, les relations franco-turques ont été tumultueuses. La Turquie et la France partagent des intérêts et positions divergentes dans différentes régions du monde tels que le Haut-Karabakh, la Méditerranée orientale, la Libye et l’ensemble du continent africain. Les deux pays partagent aussi des points de vue différents au sujet du rôle de la Turquie au sein de l’OTAN, de l’Islam ou encore la lutte de la Turquie contre le terrorisme. La Turquie considère l'YPG comme une extension de l’organisation terroriste PKK alors que pour la France de Macron les YPG représentent des alliés contre Daech. Le duel verbal entre les présidents des deux pays a davantage tendu les relations entre les deux pays.

Un autre point important c'est que le 1er janvier prochain, la France prendra la présidence du Conseil de l'Union européenne (UE) et ce pour 6 mois, jusqu'au 30 juin 2022. Lors d'une conférence de presse commune avec le président Erdoğan à Paris en 2018, Macron avait proposé à la Turquie un « partenariat » avec l'UE plutôt qu'une adhésion à part entière. Dans un tel contexte, une éventuelle réélection de Macron à la présidence de la République pourrait aussi négativement impacter les relations de la Turquie avec l'UE.

Mais la question qu’il convient de se poser est plutôt de savoir s’il y a un candidat qui établirait des relations plus chaleureuses avec la Turquie sachant que l’autre candidate la plus populaire, Marine Le Pen, a également tenu plusieurs discours anti-Turquie.

Pour l'instant il est difficile de répondre à cette question puisque les élections 2023 en Turquie peuvent aussi tout chambouler. Parmi les différents candidats, celui qui a fait plusieurs déclarations en faveur de la Turquie est certainement François Asselineau. En 2017, il déclarait vouloir faire sortir son pays de l'euro, de l'UE et même de l'OTAN tout en établissant une politique « d’amitié et de coopération » avec notamment la Chine et la Russie et une alliance avec la Turquie pour détruire Daech en Syrie. Il a aussi condamné les médias ayant accusé le président Erdoğan de « misogynie » dans l'affaire « Sofagate » arguant qu'ils n'ont rien compris à la guerre entre la Commission européenne et le Conseil de l'Europe.

En conclusion, la présidentielle 2022 en France sera cruciale à la fois pour l’avenir de la France mais aussi celui des relations franco-turques. Une chose est certaine : Même si les deux pays ont décidé de « normaliser » leurs relations, leurs conflits d’intérêts ne sont pas près de se régler. Quelque soit le nouveau président, il faudra déterminer des terrains d’entente et de coopération entre les deux pays qui leur permettront de privilégier des intérêts communs pour le bien-être de leurs peuples respectifs.

 


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