La France a-t-elle un problème avec la visibilité de sa minorité musulmane ?

Il est très rare, pour ne pas dire impossible, qu’une femme voilée, soit médiatisée pour un sujet qui ne concerne pas directement sa religion et son foulard.

1677420
La France a-t-elle un problème avec la visibilité de sa minorité musulmane ?

Depuis 1989 et l’affaire dite des « foulards de Creil » (trois lycéennes exclues de leur établissement scolaire en raison de leurs voiles), la question du port du voile revient régulièrement sur la scène médiatique française, au travers de polémiques cycliques.

Entre les politiques qui le qualifient de « serpillière », ceux qui considèrent qu’il est un « outil d’asservissement » et ceux qui voudraient tout bonnement l’interdire, les musulmanes en prennent pour leur garde.

Si la loi est claire et consacre la liberté religieuse et celle des femmes, les polémiques persistent.

- La responsabilité des médias

D’un point de vue purement médiatique, le traitement réservé à la visibilité musulmane interroge de nombreuses personnes.

En effet, il est très rare, pour ne pas dire impossible, qu’une femme voilée, soit médiatisée pour un sujet qui ne concerne pas directement sa religion et son foulard.

Et même lorsque c’est le cas, elles subissent de véritables vagues de harcèlements et un déferlement de haine sur les réseaux sociaux.

Le dernier exemple en date à avoir marqué les esprits est celui de la jeune étudiante Imane B., qui propose des recettes de cuisine pour les étudiants précaires, et qui apparaissait dans une vidéo de BFMTV.

La quasi-totalité des internautes français s’étaient focalisés sur son foulard plutôt que sur son message, comme c'était le cas avant elle, de Mennel, candidate de l’émission The Voice.

Les deux jeunes ont été lynchées, jusqu’à être même qualifiées "d’islamistes".

Mais au-delà de ces figures de la jeunesse musulmane, un autre phénomène persiste dans la presse française.

Régulièrement, apparaissent dans certains journaux de droite ou d’extrême-droite, des illustrations de femmes voilées dès lors qu’il est question d’illustrer un péril.

Début juillet, Younès (le nom a été changé), un jeune niçois, découvrait la photo de sa mère, utilisée sans son consentement, en tête d’un article de "Valeurs Actuelles", sur de prétendues accointances du maire de sa ville Christian Estrosi, avec "l’Islamisme radical".

Il s’est immédiatement tourné vers l’association Action Contre l’Islamophobie pour exiger le retrait de l’image, indûment publiée.

« Je ne comprends pas comment il est possible que de telles photos soient diffusées sans aucune autorisation, pour illustrer un danger », s’insurge le jeune homme.

Il estime que sa « mère est mise en danger par ces graves accusations » dont on sait « que dans le contexte actuel, elles peuvent donner lieu à des représailles ».

Des faits qui sont également dénoncés par Myriam Hallouache, étudiante en sociologie, et qui travaille sur les questions liées à la visibilité musulmane.

Elle considère que « les médias comme les politiques ont un rôle prépondérant dans la diffusion d’une idéologie islamophobe ».

« Lorsque les musulmans ne sont rendus visibles que pour être dépeints comme des problèmes, ça pose évidemment question sur le but recherché », poursuit la jeune femme.

- Les musulmans visés

Selon un dernier rapport publié mi-juillet par la CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l’Homme) sur les questions de racisme en France, les actes ayant visé les musulmans, ont augmenté de 52% sur l’année 2020.

Dans le détail « 59% des personnes interrogées » dans le cadre de l'enquête effectuée en ligne, « pensent que l’islam est une menace contre l’identité de la France ».

Des données qui prouvent que le traitement médiatique des faits liés à l’islam et à la visibilité des musulmans, ont un impact direct sur les opinions des Français.

Il est, par ailleurs, important de souligner que le gouvernement français, sous l’impulsion de la ministre déléguée à la citoyenneté, Marlène Schiappa, a lancé jeudi une nouvelle officine destinée à promouvoir le principe de laïcité et à le faire appliquer.

Cette initiative a été lancée après que cette dernière ait annoncé la fin de l’observatoire de la laïcité, organe très efficace notamment en matière de formation des agents de la fonction publique, mais violemment critiqué par des détracteurs qui l’ont régulièrement accusé d’être trop laxiste vis-à-vis des communautés musulmanes.

Nul doute que ce nouvel outil dont s’est doté l’exécutif et au sein duquel sont engagés de nombreuses personnalités controversées et proches de l’ancien premier ministre Manuel Valls, sera mis à profit du gouvernement dans le cadre de la prochaine campagne présidentielle qui débutera dans quelques mois.

AA



SUR LE MEME SUJET