Mosquée de Strasbourg : une fausse polémique pour décrédibiliser les Verts ?

Une nouvelle polémique a éclaté en France au sujet du financement de la mosquée de Strasbourg gérée par l'association Milli Görüş. S'agit-il en réalité d'un règlement de compte du gouvernement de Macron avec les Verts ?

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Mosquée de Strasbourg : une fausse polémique pour décrédibiliser les Verts ?

par Öznur Küçüker Sirene

La Turquie et la France ont fait un pas constructif l'une envers l'autre en décidant de normaliser leurs relations après une période de vives tensions dans leurs relations bilatérales. Alors que le président français Emmanuel Macron a récemment exprimé sa volonté de « réengager un dialogue franc et lucide » avec la Turquie via son compte officiel sur Twitter, les polémiques entre les deux pays ne cessent de s'enchaîner. Le débat autour de la subvention promise par la Ville de Strasbourg à la confédération Milli Görüş pour la construction de la mosquée Eyyüb Sultan en fait partie.

Entre ceux qui soutiennent une telle aide financière et ceux qui la suspectent-notamment après les nombreuses critiques des responsables politiques-, l'opinion publique est divisée quant au financement du lieu de culte.

Le débat implique principalement trois sujets différents : l'approche du gouvernement de Macron à la Turquie, à l'Islam et enfin à la mairie écologiste de Strasbourg.

L'idée d'« entrisme du président turc en France et en Europe »

Selon un article dédié par le magazine Marianne à cette polémique, « le choix turc de construire la plus grande mosquée d’Europe à Strasbourg ne serait pas innocent ». Pour l'auteur de l'article Gérard Bouchet, fondateur de l'Observatoire de la laïcité Drôme-Ardèche, « créer au cœur de l’Europe, à deux pas du Parlement européen, la plus grande mosquée du continent viserait de toute évidence à montrer aux yeux du monde la volonté et la capacité conquérante de l’islam politique » et « Strasbourg deviendrait ainsi manifestement le centre de la stratégie d’entrisme du président turc en France et en Europe ».

Cette idée de soi-disant « entrisme » du président Erdoğan en France n'est pas nouvelle. Macron l'a même mentionnée lors de son intervention dans l'émission C'est Dans L'Air diffusée le 23 mars sur France 5 en mettant en garde contre les soi-disant «tentatives d'ingérence » de la Turquie dans la prochaine élection présidentielle française de 2022.

Les deux acteurs locaux à savoir le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) et Milli Görüş qui gère la mosquée Eyyüb Sultan sont accusées d'« agir pour le compte du président turc ». Elles sont aussi sous le feu des projecteurs car elles ont refusé de signer la charte de l'Islam, promue par le président Macron comme un signe de « faire valoir les principes républicains sur la loi divine ». Or selon le Figaro, « sur le territoire français, Millî Görüs gère 70 lieux de culte quand le CCMTF en pilote 270, sur un total de 2500 mosquées. Ces deux associations musulmanes turques pèsent donc 14 % de l’islam en France ». Par conséquent leur refus de signer la charte de l'Islam porte un coup dur au projet de Macron de créer « l'Islam de France ».

Les dirigeants de Milli Görüş qui nient tout lien avec le gouvernement turc et tout financement de sa part expliquent ce refus par le fait que la charte leur a été imposée sans consultation. « Nous sommes pour une charte qui vienne directement des mosquées, des fédérations, et qu'elle soit ensuite conclue par le CFCM, pas pour un texte préparé par une ou deux ou trois personnes », explique Eyüp şahin, délégué régional de la Confédération.

Les Verts portent plainte pour diffamation contre Darmanin et Schiappa

Selon le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, la maire EELV de Strasbourg Jeanne Barseghian a accepté de subventionner « une mosquée soutenue par une fédération qui défend l'islam politique » ayant refusé de signer la charte des principes de l’islam de France.

De la même manière, la ministre de la Citoyenneté, Marlène Schiappa aussi a accusé Europe Écologie-Les Verts (EELV) d'être « un parti qui est complaisant avec l'islamisme radical ».

Critiques et accusations catégoriquement rejetées par les Verts et l'élue écologiste qui dit n'avoir « jamais été alertée sur ce projet ».« Si Gérald Darmanin a des choses et des éléments à nous transmettre sur Milli Görüş, qu’il le fasse », a rétorqué l’élue écologiste. « Avant le tweet par le ministre de l’Intérieur, l’État n’avait formulé jusqu’ici aucune contre-indication sur ce projet, ni aucune alerte concernant les porteurs », a-t-elle souligné. Elle assure n’avoir que respecté le droit local et les lois concordataires qui permettent à une municipalité de financer 10 % de la construction d’un lieu de culte.

Selon Julien Bayou, secrétaire national d'EELV, « nous avons un gouvernement et son ministre de l'Intérieur et des Cultes qui ment : jamais il n'a alerté la maire du danger que représenterait l'association qui porte le projet. Pour nous c'est très clair : si cette association est dangereuse, qu'il la ferme ».

Et il explique en des termes très clairs les véritables intentions du gouvernement de Macron derrière cette fausse polémique : « Que des ministres usent et abusent des moyens de la puissance publique pour salir leurs adversaires politiques pour des raisons purement électoralistes et/ou pour faire diversion et tenter de déporter le regard de leurs échecs et de leurs carences, nous ne pouvons l'accepter ».

Effectivement à la veille de la présentation du texte de loi dit « sur les séparatismes » au Sénat, la nouvelle polémique autour du financement de la mosquée Eyyüb Sultan, des liens des dirigeants de Milli Görüş avec le gouvernement turc et la « pseudo-complaisance » des Verts avec « l'islamisme radical » traduit une envie de vengeance des Verts qui avaient obtenu une grande victoire face au parti de Macron lors des élections municipales de juin 2020.

Avant les prochaines élections, Macron et son gouvernement (en particulier Darmanin et Schiappa) tentent alors par tous les moyens de salir et décrédibiliser l'adversaire.

Une stratégie politique qui peut bien évidemment se retourner contre son propre parti et l'affaiblir davantage dans un contexte de crise économique et sanitaire sans précédent.



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