Turquie / France : Macron devrait enfin serrer la main tendue par Erdoğan

Erdoğan et Macron se sont entretenus par visioconférence. Si l'atmosphère était paisible, elle cache bien des orages.

1594276
Turquie / France : Macron devrait enfin serrer la main tendue par Erdoğan

 

par Öznur Küçüker Sirene

Le président turc Recep Tayyip Erdoğan s'est reparlé avec son homologue français Emmanuel Macron hier soir par visioconférence pour la première fois depuis le mois de septembre dernier. Les deux chefs d'Etat ont abordé des sujets importants tels que les relations bilatérales entre la Turquie et la France ainsi que les développements régionaux.

Saluant la nation française, Erdoğan a présenté ses condoléances au nom du peuple turc aux proches des citoyens français ayant perdu la vie en raison de l'épidémie de coronavirus. Soulignant les efforts de vaccination dans son pays, il a précisé que la Turquie se préparait pour un retour « contrôlé » à la normale et que près de 10 millions de citoyens avaient été vaccinés jusqu'à présent.

Appel au dialogue et à la coopération

Erdoğan a transmis des messages importants au sujet des relations franco-turques. Abordant le centième anniversaire de l'accord d'Ankara, il a insisté sur le rôle important que joue le dialogue entre les leaders des deux pays dans les relations entre la Turquie et la France. Rappelons que l'accord d'Ankara conclu le 20 octobre 1921entre la France et la Grande Assemblée nationale de Turquie, avait mis fin à la guerre franco-turque, ouvrant la voie à une nouvelle ère de paix.

Erdoğan a rappelé les échanges épistolaires entre le sultan ottoman Soliman Le Magnifique et le roi de France François 1er, qui ont jeté les bases d'une longue histoire d'amitié entre les deux pays qui ont réussi à surmonter plusieurs périodes de crises depuis lors. Il a mis l'accent sur l'énorme potentiel que représente la collaboration franco-turque.

« En tant que deux grands alliés au sein de l'OTAN, nous pouvons apporter d'importantes contributions aux efforts de sécurité, stabilité et de paix dans une vaste zone géographique s'étendant de l'Europe au Caucase, du Moyen-Orient à l'Afrique », a-t-il déclaré.

 Il a ajouté que les deux pays pourraient prendre des mesures collectives dans la lutte contre les organisations terroristes menaçant leurs territoires ainsi que la vie et la sécurité des biens de leurs citoyens.

« La Turquie souhaite coopérer avec la France dans tous ces domaines », a-t-il insisté.

Changement de ton malgré de profonds désaccords

Après des mois de tension, l'heure est à l'apaisement entre la Turquie et la France, comme le prouve la visioconférence qui s'est déroulé dans le calme entre les deux chefs d'Etat.

Le président turc avait déjà donné le signal d'une nouvelle année qui sera marquée par le réchauffement des relations entre la Turquie et l'Union européenne en déclarant qu'il était prêt à « remettre sur les rails » les relations conflictuelles.

Or malgré ces démarches positives, la Turquie et la France continuent à avoir des intérêts / visions divergent(e)s dans plusieurs régions du monde, telles que le Haut-Karabakh, la Libye, la Méditerranée orientale et sur le continent africain. Macron a même exigé le « retrait des troupes turques de Libye » comme preuve de normalisation des relations avec les Européens.

Erdoğan avait pour sa part interrogé Macron sur la présence (très contestée) de l'armée française en Afrique, expliquant que l'armée turque ne se trouvait en Libye pour le plaisir mais parce qu'elle y avait été invitée.

La Turquie et la France sont aussi désormais deux rivales sur le plan économique dont notamment dans le secteur de la défense où la Turquie a enregistré un progrès considérable. D'après Les Echos, « la Turquie fait partie des rares pays à avoir évité la récession en 2020 » malgré la pandémie, alors que selon les données de l'Insee le PIB français a diminué de 8,3 % en moyenne annuelle en 2020.

Un autre point de désaccord majeur entre les deux pays est la politique du gouvernement de Macron envers les Musulmans de France. Dans une volonté de créer « l'Islam de France », Macron avait présenté un projet de loi contre le « séparatisme » adopté en première lecture le 16 février à l’Assemblée nationale. Une loi jugée discriminatoire et stigmatisante envers les Musulmans puisqu'elle restreindra des libertés fondamentales tout en renforçant le contrôle sur les mosquées, associations cultuelles et imams.

Pointant du doigt l'islamophobie en France, Erdoğan a d'ailleurs déclaré lundi qu'« aujourd'hui, le racisme culturel s'est transformé en racisme institutionnel dans de nombreux pays européens, en particulier en France ».

Un dernier point de friction dans les relations entre les deux pays concerne les Turcs résidant en France. Plusieurs médias français dont notamment Le Journal du Dimanche et Le Figaro ont prétendu une soi-disant influence du président Erdoğan sur la diaspora turque de France via des réseaux médiatiques, mosquées et associations. Ce genre d'articles accusatoires et diffamatoires vis-à-vis environ 700.000 Turcs de France ont été publiés notamment après le refus de deux fédérations turques (le Comité de coordination des musulmans turcs de France (CCMTF) et le Milli Görüş) de signer « la charte des principes » de l'Islam de France. En insinuant qu'Erdoğan « infiltrerait » la France, ces médias empoisonnent certainement des relations déjà tendues.

L'ambassadeur de Turquie en France, İsmail Hakkı Musa, a répondu à ces allégations en soulignant que « le comportement des membres de la nombreuse communauté des Turcs en France a toujours été exemplaire » et que « si certains binationaux cherchent à participer directement à la vie collective de la nation française, il ne peut qu'y être favorable ».

En conclusion les relations franco-turques traversent une rude épreuve depuis de longs mois. Le gouvernement de Macron qui préfère s’allier aux pays avec lesquels la Turquie entretient des relations diplomatiques difficiles (tels que la Grèce, les Emirats arabes unis ou encore la Grèce) et au groupe terroriste YPG (branche syrienne du PKK en Syrie) n’adopte pas une attitude coopérative envers la Turquie. Or il n'y a rien d'insurmontable si un jour il décidait de serrer sincèrement la main qui lui est tendue par le président Erdoğan.



SUR LE MEME SUJET