France : Le COJEP dénonce la stigmatisation turcophobe et islamophobe dans la presse française

Interrogé, le président du Conseil pour la Justice, l'Égalité et la Paix (COJEP), Ali Gedikoglu appelle les médias français à adopter une attitude responsable, sans discriminer les citoyens pour "leur origine ou de leur appartenance religieuse".

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France : Le COJEP dénonce la stigmatisation turcophobe et islamophobe dans la presse française

 

Le Président de l'organisation non-gouvernementale (ONG), Conseil pour la Justice, l'Égalité et la Paix (COJEP), Ali Gedikoglu a répondu mercredi aux questions de l'Agence Anadolu (AA).

AA : Monsieur Gedikoglu, vous êtes président de COJEP International, une ONG visant à promouvoir la diversité, le dialogue interculturel, l'amitié entre les peuples, mais également à lutter contre la xénophobie. Quelles sont vos observations et réactions au traitement médiatique français de votre association ?

En effet, notre volonté est de tisser des liens forts entre les peuples et les cultures de tous horizons. Nous sommes malheureusement stupéfaits par les approximations, les amalgames et les mensonges colportés à notre encontre, par une partie de la presse française, qui adopte trop souvent une attitude très à charge. Dans un contexte déjà difficile, il nous semble irresponsable d’ajouter de l’huile sur le feu, notamment en stigmatisant une communauté et ses représentants, qui font déjà l’objet de nombreuses attaques et discriminations en raison de leur origine ou de leur appartenance religieuse. Au moment où l'ONG Amnesty International alerte sur le danger de l’islamophobie en France, alimenter les amalgames sur le plan médiatique ne peut en aucun cas améliorer la situation.

AA : Quelles sortes d'approximations, amalgames et mensonges sont colportés sur le COJEP dans les médias français que vous évoquez ?

Un des mensonges récurrents, nous concernant, est la description du COJEP et de ma personne en tant que dirigeant de cette ONG, de « pions d'Erdogan » ou « relais de l'AK Parti » en France, en référence au président turc et au parti au pouvoir en Turquie.

Il est important de rappeler que l'association COJEP a été créée dans les années 1980 (1985), soit trois décennies avant l’arrivée au pouvoir en Turquie, d’Erdogan et du AK Parti. Par ailleurs, le COJEP n'a strictement aucun lien structurel ou hiérarchique avec l’État turc. D'ailleurs, les membres de l’ONG ne sont pas tous d’origine turque. Ils ont également des sensibilités politiques très diverses.

Le COJEP est membre du Conseil de l’Europe et de l’ONU et est notamment reconnu pour son travail contre les discriminations, et pour sa promotion de la diversité. Ainsi, qualifier le COJEP de « pions d'Erdogan », « relais de l'AK Parti » ou « d’organisation pro-Erdogan », est complètement caricatural, réducteur et inapproprié.

Ce qui est également intéressant sur aspect, est que les médias nous présentant ainsi, ne nous adressent aucune question, et aucun droit de réponse : j'invite ces journalistes à respecter les exigences éthiques de leur métier, mais aussi à faire évoluer leurs sources, qui sont systématiquement les mêmes, à savoir des personnes qui sont idéologiquement disposées à la subjectivité, notamment à de l'hostilité à notre égard...

AA : Vous évoquez un "contexte déjà difficile". À quoi faites-vous référence ?

Je fais référence à l'attitude anti-musulmane mais aussi turcophobe de certains médias français, mais aussi de politiciens. Je ne citerai pas le noms, mais il suffit de faire une petite recherche sur Internet ou d'allumer sa télé pour faire un état des lieux de l'islamophobie et de la turcophobie qui saturent la presse française, les médias français.

Nous dénonçons la quasi-généralisation de la parole islamophobe dans les médias français et sur les réseaux sociaux, et nous dénonçons également le dangereux populisme xénophobe exploité par une partie de nos dirigeants en France, qui ont tendance à polariser la société et à stigmatiser les Musulmans de France, qui pour leur très large majorité, sont des citoyens responsables et respectueux des lois de la République.

Cela inclue la communauté franco-turque qui contribue énormément à l’intérêt général de la France, notamment sur le plan économique et entrepreneurial.

AA : Suite à un événement relativement récent survenu en France, des médias français ont tenté d'établir des liens entre le COJEP et un groupe de jeunes décrits comme des "Loups Gris" et accusés de violences. Quelle est votre réaction ?

Tout d'abord, je tiens à souligner que le COJEP n’a strictement rien à voir avec les « Loups Gris », ni avec les actes isolés de quelques jeunes. Les médias qui publient de tels mensonges sont dans un effort de diffamation à notre égard, et de la communauté turque dans son ensemble.

On ne peut pas rendre responsable toute une communauté ou une organisation des actes isolés de quelques individus. On peut tout à fait être des citoyens français à part entière tout en étant attachés à son pays d’origine et en ayant d'autres héritages culturels. Les Franco-turcs ont des sensibilités différentes concernant la politique turque, et ils sont plus à même que des commentateurs français d’expliquer la réalité de la Turquie dans sa complexité. Nous sommes toujours surpris de voir des gens qui ne connaissent pas grand-chose à la Turquie ou aux Franco-turcs et ayant une vision idéologique très hostile au COJEP, bénéficier d’autant d’espaces d’expression sans même que nous puissions leur répondre à égalité.

Nourrir ainsi la suspicion envers la communauté franco-turque au mépris de la déontologie journalistique, de l’objectivité et du sens des responsabilités est honteux. Le traitement médiatique différencié est plus que déplorable car si des certains jeunes turcs, présentés comme des « Loups Gris », ont commis des actes délictueux, ils doivent être condamnés, mais cela ne doit pas servir à une surenchère médiatique contre les Turcs.

Des nationalistes arméniens et des sympathisants du groupe terroriste PKK ont aussi été condamnés par la Justice française pour différents délits ou crimes, notamment des violences à l’égard d’associations franco-turques et franco-azerbaïdjanaises, sans cette même surenchère médiatique.

On pourrait aussi citer les manifestations violentes improvisées par les nationalistes arméniens dans les dernières semaines, ainsi que les propos ultranationalistes qu'ils ont tenus, appelant les franco-arméniens à aller combattre au Haut-Karabagh et même à « massacrer les Turcs » ! Rien que ça ! Et une partie de la presse, au lieu de s'y attarder et de rapporter les périls que fait courir à la France ce nationalisme arménien, elle est devenue le porte-voix de ces séparatistes.

Par ailleurs, pourquoi la presse française n'a quasiment pas évoqué les menaces faites envers les journalistes du quotidien français Libération ainsi que de la chaîne de télévision TF1 pour avoir diffusé des reportages objectifs sur la situation dans le Haut-Karabagh, territoire azerbaïdjanais selon 4 résolutions du Conseil de Sécurité de l'ONU et deux résolutions de l'Assemblée générale des Nations Unies ? Ces médias ont dû supprimer leurs contenus face aux menaces des nationalistes arméniens.

AA : Vous faites donc état de deux poids, deux mesures ?

En effet, nous trouvons plus que déplorable que les journalistes ayant toujours les mêmes sources hostiles à l'égard de notre association, des Franco-turcs ou des Musulmans, nous calomnient quasi-quotidiennement, sans même avoir la décence de nous interroger, de nous donner l'occasion de répondre aux nombreux mensonges qu'ils émettent à notre égard. Ce sont très souvent les mêmes journalistes qui font passer les terroristes du PKK/YPG pour des héros, ainsi que les nationalistes arméniens pour des victimes...

Les Franco-turcs n'ont de problème avec aucune communauté. Les Franco-turcs sont, dans leur immense majorité, très bien intégrés à la société. Le fait de présenter les Franco-turcs comme des haineux ou comme des relais du pouvoir en Turquie, et de présenter comme des héros ou victimes les séparatistes et terroristes qui sont sources de violences et de risques réels pour la cohésion sociale, n'est-ce pas du deux poids deux mesures ?

Le dénigrement systématique des Turcs de France ne contribue pas à l’apaisement de la société ni aux relations franco-turques si bénéfiques aux deux pays.

Nous sommes des Français issus de l’immigration turque qui avons bâti notre avenir en France. Nous avons nos rêves, nos cultures, nos différences mais aussi nos ressemblances....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

AA



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