Coronavirus : Les dessous d’un scandale sanitaire en France (étude)

Le coronavirus a sans aucun doute chamboulé la vie de l’ensemble des Français.

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Coronavirus : Les dessous d’un scandale sanitaire en France (étude)

Le coronavirus a sans aucun doute chamboulé la vie de l’ensemble des Français. Mais ce qui suscite tout autant de polémiques et inquiétudes dans le pays que le nombre de morts, c’est l’impréparation de l’État français face à une épidémie de cette taille qui était pourtant plus que prévisible.

 

par Öznur Küçüker Sirene, 09/04/2020

La nouvelle menace planétaire de coronavirus continue de tuer. A ce jour, le monde déplore 1,3 million de personnes contaminées et plus de 75.000 morts. Avec plus de 10.000 décès, la France compte, à elle seule, presque un septième des morts dans le monde alors que l'Europe concentre les trois quarts des décès. Même au Royaume-Uni qui voulait faire le pari risqué de l’« immunité collective », la situation est désormais préoccupante avec le Premier ministre Boris Johson placé en soins intensifs.

Tout autant que la dangerosité du virus, c’est l’état des hôpitaux qui inquiète : Dans les régions les plus touchées étant l'Île-de-France, le Grand Est, l'Auvergne-Rhône-Alpes et les Hauts-de-France, les hôpitaux français sont au bord de la rupture avec quasiment tous les lits qui sont occupés et un manque important en matériel, médicaments et personnel. La catastrophe sanitaire est telle que les médecins redoutent d’avoir à « sélectionner » les patients en réanimation, faute de moyens.

Dans un tel contexte, on peut légitimement se demander comment on en est arrivé là. Comment se fait-il que la sixième puissance mondiale soit aujourd’hui si désarmé devant l’épidémie de coronavirus alors qu’elle avait tout le temps de s’y préparer depuis l’apparition des premiers cas de Covid-19 en Chine en décembre 2019 ?

Mécontentement grandissant du personnel soignant

Aujourd'hui force est de constater que l'heure est grave en France. Une personne qui pense avoir le Covid-19 appelle le 15, un nouveau numéro spécial pour les personnes ayant des symptômes du coronavirus. Dans la majorité des cas, il est conseillé aux personnes malades de rester confinées chez elles sans pouvoir bénéficier d’un test de dépistage qui leur permettrait de savoir avec exactitude si elles ont le Covid-19 ou non. Ces personnes finissent aussi par contaminer leurs familles et ne sont admises en hôpital qu’en cas de difficultés respiratoires graves. Et même dans ce cas-là il n’est pas certain que les hôpitaux aient suffisamment de lits en réanimation avec un personnel hospitalier qui tient le coup devant la flambée de nouveaux cas.

Si la France était toujours persuadée de jouir du « meilleur système de santé au monde », aujourd'hui on est clairement témoin de la fin d'un mythe et ce n'est que la conséquence directe de nombreux mauvais choix politiques : En effet, en quinze ans, des dizaines de milliers d’emplois ainsi que 69 000 lits ont disparu dans les hôpitaux publics.

Pourtant l'urgence sanitaire était visible de tous avec des médecins, soignants et internes qui tiraient la sonnette d'alarme en manifestant pour réclamer davantage de moyens et d'effectifs et des hôpitaux publics en grève en 2019. Le personnel hospitalier estimait que le budget alloué à la santé était totalement insuffisant tout comme le nombre de recrutements et lits. Néanmoins, leurs demandes n’ont pas été prises en considération, ce qui nous a amené à la situation actuelle.

Mesures sanitaires prises en retard, guerre des masques

En dehors des insuffisances du système de santé en France, ce qui a davantage compliqué la lutte contre le coronavirus fut le retard des mesures qui ont été prises afin d’éviter la propagation de la maladie sur le sol français. Plusieurs décisions et discours ont été vivement condamnés par l’opinion publique française, allant de la déclaration de l’ex-ministre de la Santé, Agnès Buzyn qui avait annoncé que « le risque de propagation du coronavirus en France était quasiment nul » à la venue de 3 000 supporters italiens au Groupama Stadium pour le match de Ligue des champions entre l'Olympique lyonnais et la Juventus de Turin, mercredi 26 février, alors que l’Italie était déjà fortement menacée par l’épidémie.

Depuis lors, en réagissant dix fois plus tard que les Chinois, les incohérences et déclarations contradictoires n’ont fait que s’enchaîner : on est passé d’une « grippounette qui ne touche que les vieux » à « un virus plus mortel et contagieux que prévu et qui tue même les jeunes en bonne santé », de « Emmanuel et Brigitte Macron au théâtre pour inciter les Français à sortir malgré le coronavirus » au confinement de la population, de « l'obligation de ne porter des masques qu’en cas de symptômes » à l’éventualité du « port du masque généralisé ». C’est aussi au fil du temps que la confiance des Français vis-à-vis du gouvernement s’est érodé dangereusement avec aujourd’hui une opinion publique qui ne fait plus confiance aux autorités publiques.

Si le port du masque peut devenir obligatoire à tout moment, le peuple français fait actuellement face à une grande pénurie d’équipements médicaux y compris des gants et lunettes de protection et gel hydroalcoolique. Et les nouvelles ne sont pas vraiment rassurantes : « Les masques commandés en Chine seront livrés d’ici la fin du mois de juin », annonce Jean-Yves Le Drian, le ministre des Affaires étrangères. De la même manière, nous apprenons de la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, que « nous aurons notre propre production de masques en Ile-de-France à partir d'octobre ».

Si la sortie du tunnel n’est donc pas pour demain, une chose est sûre : la catastrophe sanitaire actuelle est grandement liée aux nombreuses mauvaises décisions politiques de ces dernières années. L’après-coronavirus sera-t-il ainsi une occasion de revoir en profondeur la gestion politique de la France voire de passer à la sixième République plus soucieuse des véritables problèmes de son peuple ?

 

 



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