Réforme des retraites : Défi pour Macron, injustice pour des millions de Français

La proposition par le gouvernement d’un nouveau système de retraites a fait beaucoup de bruits en France. Si la majorité s’oppose à cette idée, l’exécutif paraît ferme et insiste sur les avantages de sa réforme

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Réforme des retraites : Défi pour Macron, injustice pour des millions de Français


par Öznur Küçüker Sirene, 25/12/2019

 

L’année 2019 n’était décidément pas la meilleure année pour la France ! Alors que la dette publique de la France a dépassé le seuil des 100% du PIB fin septembre, le mouvement contestataire des Gilets Jaunes se poursuit dans le pays depuis le samedi 17 novembre 2018.

Si les Gilets Jaunes continuent de descendre dans la rue avec le sentiment d’injustices et inégalités économiques, le gouvernement français ne cesse de raviver le mécontentement social avec de nouvelles propositions dont la récente « réforme des retraites » inscrite dans le programme électoral de 2017 du président de la République française Emmanuel Macron.

Nommé en septembre 2017 comme haut-commissaire à la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye a préparé un rapport sur le nouveau système des retraites, censé inspirer un projet de loi qui sera soumis en Conseil des ministres le 22 janvier et au Parlement fin février.

Avec une telle réforme, ce qui se joue n’est pas seulement l’avenir des millions de Français mais aussi le quinquennat de Macron puisque s'il ne parvient pas à convaincre le public français du bien-fondé de son projet, c'est sa crédibilité qui sera mise en jeu auprès de son électorat.

Néanmoins la proposition d’une telle réforme n’est pas bien accueillie par la majorité du public français représenté par différents syndicats qui ont lancé une forte mobilisation de contestation à travers tout le pays. Les grèves qui se poursuivent bloquent la vie en France et le bout du tunnel ne semble pas proche.

Proposition d’un système « universel » à points

Avec un peu moins de 14% de la production économique, les dépenses françaises en matière de retraites publiques sont parmi les plus élevées du monde. Dans un contexte mondial où l’avenir économique de la France est incertain il serait donc judicieux pour le gouvernement d’adapter le système de retraites aux prévisions économiques du pays en faisant des « économies ».

Or au lieu d’expliquer clairement les véritables objectifs d’une telle réforme, le gouvernement avance l’idée selon laquelle le système actuel avec 42 régimes différents est opaque et injuste et propose d’introduire  un système « universel » à points où la pension de chacun est calculée de la même manière. Cela traduit donc la fin des régimes spéciaux, mais aussi celle des multiples régimes organisés par profession.

Principaux points de désaccord

La proposition du gouvernement rencontre une forte opposition de la part des syndicats qui affirment que la réforme obligera les personnes des secteurs public et privé à travailler plus longtemps pour un versement de retraite plus faible.

Les principaux points de contestation concernent le système à points considéré comme « injuste », le report de l'âge de la retraite à taux plein de 62 à 64 ans ainsi que la remise en cause des conditions de calcul des droits de retraite des bénéficiaires des régimes spéciaux (RATP, SNCF…) et des fonctionnaires, en particulier des enseignants et des infirmiers.

Pour la grande majorité des Français, une retraite calculée sur toute une carrière sera forcément plus basse que celle calculée sur les 25 meilleures années, comme c'est le cas aujourd'hui.

Une forte mobilisation à travers tout le pays

Le mouvement social contre la réforme des retraites est lancé le 5 décembre par une intersyndicale regroupant la CGT, FO, la FSU et Solidaires, ainsi que quatre organisations étudiantes et lycéennes (UNEF, FIDL, MNL et UNL). Un grand nombre de Gilets Jaunes se joignent également au mouvement.

Il existe de nombreux syndicats différents représentant différents types de travailleurs, mais ceux qui ont le plus d'impact sur la vie quotidienne en France sont les travailleurs des transports. Les départs massifs des travailleurs de la SNCF ont entraîné l'annulation d'environ 85% des trains, tandis que les services de transports en commun à Paris et dans d'autres villes ont été gravement perturbés pendant les grèves. Mais d'autres salariés se mobilisent également, notamment les enseignants, les salariés d'EDF, les postiers, les notaires, les fonctionnaires et les transporteurs.

Pendant la grève du 5 décembre, plus de 800 000 manifestants sont descendus dans la rue dans toute la France. Le 17 décembre, le ministère de l’Intérieur a comptabilisé 615 000 manifestants partout en France, dont 76 000 à Paris. La contestation est telle que l’exécutif ne parvient même pas à imposer une trêve de Noël.

Même si la grève perturbe fortement la vie des Français, selon un sondage IFOP publié le 22 décembre par Le JDD, 51 % des Français soutiennent la grève – ils étaient 46 % le 1er décembre, avant le début du mouvement, et 53 % après la première mobilisation du 5 décembre.

Pour l'instant un compromis n’a pas pu être assuré entre le gouvernement et les syndicats. Lundi 23 décembre, le gouvernement a dévoilé le calendrier des concertations prévues dans le cadre du projet de réforme des retraites. Les partenaires sociaux seront reçus le 7 janvier par plusieurs membres du gouvernement sur les questions de pénibilité et de gestion de fin de carrière.

Malgré la forte opposition au projet de réforme des retraites, pour le Premier ministre Edouard Philippe, « Si nous n'effectuons pas aujourd'hui une réforme de grande envergure, sérieuse et progressive, quelqu'un d'autre en fera une très brutale demain ». Actuellement, personne ne sait encore jusqu’à quand vont durer les grèves et si le gouvernement qui se dit « ferme mais pas fermé » renoncera ou non à son projet. Mais une chose est sûre lorsqu’on analyse le schéma général des grèves de longue durée en France au fil des ans : elles deviennent moins perturbatrices au fil du temps puisque les travailleurs français perdent environ un jour de salaire pour chaque jour de grève, de sorte que de nombreux travailleurs qui ressentent les conséquences financières retournent au travail après quelques jours.  

Nous pouvons en conclure que le gouvernement ne cèdera pas aux pressions et ne va pas reculer. La France entrera ainsi dans une nouvelle ère où l’exécutif continuera à chercher des solutions pour faire des économies alors que le peuple continuera à défendre coûte que coûte ses droits sociaux.



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