L’hystérie collective anti-Islam secoue la France (étude)

L’attaque d’une mosquée à Bayonne que les responsables politiques ont refusé de qualifier d’« attentat » n’est que la conséquence directe des discours et actes anti-Islam dans un pays en plein recul dans le domaine des droits de l’homme.

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L’hystérie collective anti-Islam secoue la France (étude)

 

par Öznur Küçüker Sirene, 30/10/2019

 

L’ensemble des Musulmans de France sont émus après l’attaque d’une mosquée lundi 28 octobre, faisant deux blessés à Bayonne. Ce qui les émeut et indigne d’autant plus est de constater que ce sont directement les discours politiques et médiatiques qui ont préparé le terrain propice à une telle attaque.

En effet les débats autour du port du voile et la place des Musulmans pratiquants dans la république ne cessent de diviser la société et enflammer l'islamophobie en créant une atmosphère hostile et dangereuse pour les Musulmans du pays.

Si lors du dîner du Conseil représentatif des institutions juives de France en février, Emmanuel Macron avait annoncé que la définition de l'antisémitisme intégrerait la notion d'« antisionisme » -ce qui a suscité de vives polémiques dans le pays de la part de ceux qui estiment que l’antisionisme est une pensée légitime-, le président de la République française n'affiche pas pour l'instant la même sensibilité envers la multiplication d'actes anti-Islam sur le territoire français. Il s'est juste contenté d'affirmer lors d'un entretien que la question du port du voile dans l'espace public « n'est pas [son] affaire ».

En dehors de la prise de position peu convaincante de Macron sur le sujet, les nombreuses déclarations des responsables politiques, intellectuels et médias sont également de nature à rendre l’avenir des Musulmans plus incertain que jamais dans un pays qui se veut être un modèle de la démocratie et des droits de l’homme dans le monde.

Banalisation des actes et propos haineux contre les Musulmans

Tout d'abord rappelons les nombreuses déclarations du polémiste Eric Zemmour dans la nouvelle émission en direct « Face à l'info » sur CNews, qui ont suscité un tollé : « Quand le général Bugeaud arrive en Algérie, il commence à massacrer les musulmans et même certains juifs. Eh bien moi, je suis aujourd'hui du côté du général Bugeaud. C'est ça être Français ». Si ce discours lui a valu d’être poursuivi pour « injures publiques » et « provocation publique à la discrimination, la haine ou la violence », il a également prouvé à quel point la parole haineuse contre les Musulmans s'est libérée en France.

Mais ce n'est pas tout. Comme Zemmour, le présentateur Olivier Galzi est allé jusqu'à dresser un parallèle entre le voile islamique et l'uniforme SS dans son émission sur LCI : « Ce n'est pas un signe religieux qu'on veut interdire, c'est un signal politique ! Comme on interdit un uniforme SS, tout simplement ! », a-t-il déclaré, ce qui a par la suite fait beaucoup réagir sur les réseaux sociaux.

Si on peut avancer que les propos de ces personnes n’engagent qu’elles-mêmes, la situation n’est pas différente chez les élus et responsables politiques censés représenter le peuple. C’est ainsi que le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a pu prononcer ces mots au conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté sans en penser aux conséquences : « Le voile en soi n'est pas souhaitable dans notre société tout simplement. Ce n'est pas quelque chose d'interdit, mais ce n'est pas non plus à encourager. Ce que ça dit sur la condition féminine n'est pas conforme à nos valeurs ».

L'interdiction du port du voile pour les accompagnatrices scolaires

Tout a commencé lorsqu'un élu du Rassemblement national (RN), Julien Odoul, s'en est pris verbalement à une femme voilée présente en tant que mère accompagnatrice aux débats de l’assemblée plénière au conseil régional de Bourgogne Franche-Comté, lui demandant de retirer son voile.

Si Marie-Guite Dufay, l'élue socialiste qui préside la région, a été choquée de la radicalité de cette action et rien n'interdit, dans la loi, le port du voile dans un tel endroit, le sujet de l'interdiction du port du voile pour les accompagnatrices scolaires est vite devenu un débat national.

Alors que la photo de cette mère humiliée et agressée en public réconfortant son fils en larmes est vite devenue virale, indignant des millions de Musulmans à travers le monde, la France s'est encore plus enfoncée dans les ténèbres lorsque le Sénat à majorité de droite a voté ce mardi une proposition de loi Les Républicains visant à interdire le port de signes religieux aux parents accompagnant des sorties scolaires.

Médias : sources et vecteurs de l’islamophobie en France

Ce n’est plus un secret pour personne. De nombreux médias français sont aujourd’hui des outils de propagande dangereuse. Pour en donner quelques exemples concrets parmi tant d’autres, on peut citer des titres tels que « Faut-il interdire le voile dans l'espace public » (CNEWS), « Voile : acte de foi ou acte politique » (LCI), « Réformer l'Islam ou le combattre » (CNEWS), « Doit-ont interdire le voile en sortie scolaire » (BFMTV), « Voile : contraindre ou convaincre » (BFMTV), « Voile : le gouvernement est-il ambigu » (LCI).

L’islamophobie montante en France inquiète aujourd’hui les millions de Musulmans en France mais aussi dans les autres pays européens qui peuvent s’inspirer du modèle français. Jusqu’où ira la haine de l’Islam en France ? Les responsables politiques attendent-ils un attentat similaire à celui de Christchurch en Nouvelle-Zélande avant de passer à l’action ?

Aujourd’hui une chose est sûre : si les Musulmans du pays ne s’unissent pas rapidement pour prendre leur destin en main, un avenir sombre se prépare pour eux et leurs enfants.



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