En France «un bon musulman est un musulman qui n'est plus musulman» (François Burgat)

Dans un entretien à Anadolu, l'islamologue et politologue français François Burgat explique ne pas avoir été « surpris » par « le chapelet de déclarations toutes plus atterrantes les unes que les autres, faites par les membres du Gouvernement »

1290410
En France «un bon musulman est un musulman qui n'est plus musulman» (François Burgat)

Les polémiques s'enchaînent et se ressemblent inlassablement lorsqu'il s'agit du traitement politico-médiatique des communautés musulmanes.

Depuis l'attaque perpétrée le 3 octobre par Mickaël Harpon, un agent administratif converti à l'Islam, dans les locaux de la préfecture de police de Paris et qui a coûté la vie à quatre fonctionnaires, l'islamophobie semble complètement débridée.

Dans son discours d'hommage national aux victimes, le président Emmanuel Macron a appelé à « une société de vigilance » pour déceler les signes de radicalisation dans l'entourage même de chaque citoyen français. Très vite, cette consigne a été reprise par son ministre de l'Intérieur Christophe Castaner qui a cru bon d'inventer la notion de « signal faible de radicalisation ».

Pour expliciter ce qui peut constituer ces "signaux faibles", le locataire de Beauvau a tout bonnement énuméré un certain nombre de marqueurs simples de pratique de la religion musulmane.

Parmi ces signes, Castaner a énuméré « le port de la barbe », « la conversion » ou encore « le fait de ne plus faire la bise », provoquant un véritable tollé dans les rangs des communautés musulmanes qui ont réagi par un hashtag #SignaleUnMusulman sur le réseau social Twitter pour tourner en dérision les préconisations du ministre.

Dans la foulée de cet emballement irrationnel, l'université de Cergy-Pontoise (région parisienne) a pris l'initiative de diffuser en interne, un questionnaire servant à signaler les pratiques religieuses des étudiants de confession musulmane.

Il était demandé au personnel de l'établissement de vérifier si les élèves s'absentaient pendant la prière du vendredi, abandonnaient la consommation d'alcool, ou adoptaient un régime alimentaire à base de nourriture "Halal". Face au scandale provoqué, l'université s'est excusée avant de retirer son questionnaire de la circulation.

A cette hystérie collective, s'ajoute l'agression d'une femme voilée, vendredi dernier, dans l'enceinte du Conseil régional de Bourgogne-Franche-Comté. L'élu d'extrême droite Julien Odoul a exigé qu'une maman voilée qui accompagnait une classe en visite dans l'hémicycle, retire son foulard, sans quoi, les élus de son groupe ne participeraient pas au conseil en cours.

Face à ce déferlement de positions politiques, où les déclarations outrancières se multiplient jusqu'au ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, qui juge que « le voile n'est pas souhaitable », certaines voix et personnalités publiques se sont élevées.

Dans un entretien à Anadolu, l'islamologue et politologue français François Burgat explique ne pas avoir été « surpris » par « le chapelet de déclarations toutes plus atterrantes les unes que les autres, faites par les membres du Gouvernement » et qui explicitent « les critères faibles ou forts de ce qu'ils considèrent comme des signes avant-coureurs du terrorisme ».

Pour lui, « Castaner, Blanquer et d'autres ont donc seulement officialisé cette dérive, franchissant un pas supplémentaire en l'explicitant ». Et François Burgat, également auteur d'ouvrages sur l'islam politique, d'ajouter : « pour le politiquement correct français, un bon musulman est un musulman qui n'est plus musulman ».

« Ce qui est grave c'est que dans la terrible tradition des pompiers pyromanes, les membres de ce gouvernement (…) aggravent le mal qu'ils prétendent combattre », prévient-il avant de préciser que « n'importe quel analyste informé sait que la matrice des quelques dérives radicales n'est autre que cette stigmatisation que la société française inflige de multiples manières au segment musulman du tissu national ».

Il dénonce, par ailleurs, cette « stratégie criminalisante » opérée par les autorités et qui va « nous conduire inexorablement à croiser la route d'autres terroristes fabriqués par nos soins sur le modèle de Mickaël Harpon ».

En réaction supplémentaire à cette dérive clairement islamophobe, 90 personnalités ont interpellé Emmanuel Macron dans une tribune publiée dans le journal "Le Monde" et reprise sous forme de pétition.

L'acteur Omar Sy, la journaliste Rokhaya Diallo, l'actrice Géraldine Nakache ou la présentatrice Aïda Touhiri, pour ne citer que les plus connus, exhortent le chef de l'Etat à mettre fin « à la haine contre les musulmans en France ».

Dans leur écrit, ils souhaitent qu'Emmanuel Macron affirme « avec force que les femmes musulmanes portant le foulard ou non, et les musulmans en général, ont toute leur place », au sein de la société française.

Pour autant, au sein de la majorité et malgré les déclaration successives de Castaner et Blanquer, certaines voix, dont celle du député Aurélien Taché, se sont manifestées.

Il estime notamment que « les propos de Jean-Michel Blanquer peuvent être utilisés et repris » par l'extrême droite et considère qu'un « responsable politique » ne peut pas contester une loi, en expliquant vouloir « que ce soit autrement ».

Si l'Elysée, cité par les médias français, a fait savoir que le président français jugeait « irresponsable de faire des amalgames et stigmatiser une partie de la communauté nationale », il ne s'est pas exprimé publiquement pour mettre définitivement fin à ce brouhaha.AA



SUR LE MEME SUJET