Turquie/France: nécessité de boycotter la journée de commémoration du soi-disant "génocide arménien"

Le 24 avril est la date d’une tragédie turco-arménienne, désormais exploitée par des responsables politiques français afin de gagner la sympathie de leurs électeurs. Voici pourquoi il est nécessaire de boycotter cette démarche contre-productive.

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Turquie/France: nécessité de boycotter la journée de commémoration du soi-disant "génocide arménien"

Le 24 avril est la date d’une tragédie turco-arménienne, désormais exploitée par des responsables politiques français afin de gagner la sympathie de leurs électeurs. Voici pourquoi il est nécessaire de boycotter cette démarche contre-productive.

par Öznur Küçüker Sirene, 22/04/2019

La France se prépare à commémorer le soi-disant « génocide arménien » après la publication d'un décret confirmant cette promesse de campagne du chef de l'Etat français, Emmanuel Macron.

Cette envie de commémorer une tragédie turco-arménienne ayant eu lieu il y a plus d’un siècle -qui ne concerne donc pas directement la France - n’est certainement pas innocente : la décision à visée clairement électoraliste ayant suscité l’indignation des responsables politiques turcs peut nuire gravement aux relations franco-turques mais aussi turco-arménienne, provoquant un effet contre-productif. « L'attitude de la France, qui est loin d'être amicale, aura inévitablement un impact négatif sur ses relations avec la Turquie », a d’ailleurs réagi le ministère turc des Affaires étrangères dans un communiqué.

Alors que la France traverse actuellement une importante une crise économique et politique liée au mouvement des « gilets jaunes », cette démarche du président français afin de redorer son image et augmenter sa cote de popularité en particulier auprès des électeurs français d’origine arménienne influents et des turcophobes / islamophobes notables de son pays n’est certainement pas anodine.

Voici pourquoi et comment il faut boycotter cette journée de commémoration qui risque de prendre une toute autre ampleur si la Turquie, les Turcs de France et toute personne attachée à la justice ne réagissent pas à temps.

« Laisser l’histoire aux historiens »

La Turquie reconnaît qu’il y a eu des pertes de part et d’autre durant la Première Guerre mondiale -en raison de mauvaises conditions climatiques, maladies et attaques d’unités irrégulières-, qualifiant cet événement de « tragédie » pour les deux camps.

Les efforts de lobbying de la diaspora arménienne, dont le nombre est élevé, notamment en France et aux États-Unis, ont permis de faire pression aux gouvernements de nombreux pays dans le monde sur la question. La France a été l’un des premiers États européens à l’avoir reconnu et plus de 20 autres pays l’ont suivi.

Or, le Conseil constitutionnel français a retoqué en 2017 une loi condamnant la négation du génocide de 1915 par les Turcs en défendant la thèse selon laquelle « le génocide arménien n'a pas été qualifié par une juridiction internationale, comme ce fut le cas pour la Shoah et Nuremberg » et « il n'appartient pas aux parlementaires de qualifier l'Histoire ».

En effet, la meilleure solution pour trancher sur une question aussi délicate serait sans aucun doute la création d'une commission mixte, composée d'historiens arméniens et turcs en plus d’experts internationaux, chargés d'établir la vérité avec l'ouverture des archives des deux pays sans aucune restriction, comme ce fut proposé le 13 avril 2005 par le Premier ministre turc de l'époque, Recep Tayyip Erdoğan.

La France mal placée pour donner des leçons à la Turquie

Il est évident que la menace de sanctions morales et juridiques qui promettent des réparations positives créent davantage d'effets pervers pour la résolution de différends historiques donc la volonté des responsables politiques français de « punir » la Turquie pour son passé devrait être fermement condamné.

Par ailleurs, il convient de préciser que la France est mal placée pour donner des leçons à la Turquie avec son passé colonial sanglant rempli de violences, tortures et violations de droits de l’homme : la France a directement massacré -ou indirectement contribué aux massacres et génocides- des peuples dans différents pays du monde, tels que l’Algérie, le Rwanda, le Bénin, le Gabon, la Guinée, le Tchad, la République centrafricaine, la Tunisie, le Sénégal, le Niger, la Mauritanie, le Cameroun ou encore le Burkina Faso.

Le silence de la France d’aujourd’hui devant les massacres et graves violations des droits de l’homme des pays comme l’Egypte et l’Arabie saoudite avec lesquels elle entretient d’importants intérêts économiques en dit également long sur sa politique de « deux poids, deux mesures » au sujet des tragédies mondiales.

Comment donc un tel pays connu pour ses massacres et complètement inactif devant d’autres drames humanitaires dans le monde peut-elle se permettre de s’immiscer dans les affaires intérieures de la Turquie ?

Ne pas permettre aux politiques d’exploiter une tragédie pour obtenir des votes

Si les intentions du président français Macron sont claires dans l’exploitation de la tragédie turco-arménienne, d’autres responsables français aussi suivent son exemple dans le seul but de se faire connaître et créer du buzz autour d’un tel drame historique.

Le récent incident diplomatique entre la députée française d’origine tunisienne Sonia Krimi et le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Çavuşoğlu en est la meilleure preuve.

Alors que la responsable politique française était en déplacement à Antalya pour participer à l’Assemblée parlementaire de l’OTAN afin d’y aborder des sujets liés à la sécurité et à la défense, elle a préféré provoquer ses interlocuteurs turcs en défendant la thèse d’un soi-disant « génocide arménien ».

Or, dans ses différents discours et prises de position, on pouvait clairement observer qu’elle n’avait aucune maîtrise du sujet jusqu’à en confondre la date -elle évoquait des événements ayant eu lieu en 2015 au lieu de 1915-.

Ces récupérations politiques sont clairement un terrible manque de respect envers la mémoire de toutes les victimes de la tragédie turco-arménienne et sapent toute éventuelle tentative de rapprochement entre la Turquie et l’Arménie.  

Une nécessaire sensibilisation du peuple français au sujet de la tragédie turco-arménienne

Que faire alors pour boycotter de telles actions à visée électoraliste, susceptibles de dégrader les relations diplomatiques entre les pays et de manipuler l’opinion publique française et internationale ?

Premièrement une bonne documentation argumentée ; que ce soit par la publication d’ouvrages objectifs traduits en français que par la rédaction d’articles explicatifs dans les médias, est nécessaire afin d’informer le public sur le déroulement et le contexte précis des événements de 1915.

Des intervenants turcs dans les débats télévisés afin d’expliquer la position turque sur la question arménienne est également d’une grande importance. De la même manière, la diffusion de vidéos, tracts, affiches et images synthétiques sur la tragédie turco-arménienne créerait un grand impact dans cette démarche de sensibilisation.

Enfin, il serait judicieux que les Turcs de France se mobilisent à travers des rassemblements et manifestations dans des villes françaises stratégiques afin de rencontrer directement le public français et lui expliquer en quoi imposer « une vérité historique » de manière partielle et subjective peut créer des effets pervers à long terme. Il est important que ces rassemblements se déroulent dans une atmosphère pacifique, diffusant des messages de paix, fraternité et solidarité tant entre les peuples turc, arménien et français que dans le monde entier.

En conclusion, même si à première vue une journée dédiée à la commémoration d’une tragédie historique peut paraître séduisante, lorsque cette journée est organisée dans le seul objectif de gagner la sympathie des électeurs, la démarche devient vite perverse et contre-productive. La France devrait ainsi renoncer à son attitude de « donneuse de leçon » qui la discrédite de plus en plus sur la scène internationale au vu de tous les problèmes vécus sur son propre sol et devrait concentrer ses efforts politiques et diplomatiques pour établir de véritables ponts de paix et de de dialogue entre les différents peuples du monde.



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