Le Coronavirus et l'avenir du système international

Une analyse du directeur des recherches sur la sécurité de SETA, le professeur agrégé Murat Yesiltas

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Le Coronavirus et l'avenir du système international

 

 

L’épidémie du nouveau type de Coronavirus (Covid-19) qui est apparue dans la province de Wuhan en Chine et qui s’est propagée dans le monde entier en l’espace de trois mois seulement, parait avoir causé un résultat secouant profondément le système mondial. La politique mondiale avait été la scène des développements à dimension mondiale ces 10 dernières années. Le système mondial avait été contraint de se confronter à une crise de sécurité à la suite du 11 septembre puis la crise de sécurité s’est approfondie et est devenue mondiale avec l’apparition et l’expansion de Daesh. En 2008, le monde a été confronté à une crise financière globale. Malgré les dix années qui se sont écoulées, une détérioration a été vécue dans le système mondial au lieu d’une amélioration ; les indicateurs économiques se sont de nouveau inversés. Par conséquent, tandis que les guerres commerciales vécues ces dernières années entre les États-Unis et la Chine menaçaient l’ordre économique mondial, les prévisions d’une nouvelle crise mondiale se renforçaient de plus en plus. Les crises à dimension mondiale, la montée de l’extrême droite, le fait que les institutions internationales ne soient plus opérationnelles et les grands problèmes tels que la crise syrienne ont engendré des points d’interrogation quant à l’avenir du système mondial. Néanmoins personne n’avait affirmé qu’un avenir pessimiste et sombre attendait le système international à cause de ces problèmes. Toutefois, l’épidémie du Corona signale une crise beaucoup plus profonde qu’attendue et l’avenir du système international devient de plus en plus incertain.


 

Le Corona est avant tout un problème de santé international qui concerne directement la sécurité humaine. La sécurité humaine est considérée comme un des sujets au cœur de la politique mondiale et de la sécurité mondiale depuis les années 1980.  L’épidémie du Corona a commencé à faire apparaitre des effets au-delà de la sécurité humaine et de la santé publique internationale. Le premier et plus important effet est sans aucun doute ressenti sur l’économie internationale. Les incertitudes concernant toutes les interrogations à savoir jusqu’où ira cette maladie, quand est-ce qu’elle pourra être prise sous contrôle, quelles seront les dégâts qu’elle causera du point de vue de la santé humaine et à savoir si elle va se répéter, paraissent d’ores-et-déjà avoir secoué profondément l’économie mondiale.

 

Le fait que les chiffres relatifs à la croissance de la Chine se soient inversés, que la production chinoise soit arrivée au point d’arrêt, que les économies locomotives de l’Europe telles que l’Italie, la France, l’Allemagne et l’Espagne soient au point d’arrêt, a poussé les acteurs tels que les États-Unis à agir. Les marchés n’ont pas répondu affirmativement bien que la banque centrale américaine, FED, ait fait une intervention géante de 700 milliards de dollars. Kennet Rogoff, une des importantes personnalités qui a occupé le poste de conseiller en chef dans des institutions économiques mondiales telles que le FMI, a prétendu que l’économie mondiale régresserait crescendo et entrera dans une récession. De son côté, l’Institut de recherche Oxford a déclaré que les pays en voie de développement qui ont des dettes extérieures, auront des problèmes dans le remboursement de leurs dettes.

 

D’autre part, la banque centrale américaine va appliquer une politique d’assouplissement quantitatif, une méthode qu’elle n’utilise pas souvent. Quant à la France, elle a annoncé qu’elle comptait allouer un budget gigantesque de 500 milliards d’euros en vue de lutter contre le Corona. Les mesures qui ont été prises ralentissent la récession économique par conséquent les marchés réels sont sur le point de s’arrêter. Si cela continue ainsi, il ne parait pas possible que l’économie mondiale se redresse ces deux prochaines années. Cette situation peut se solder par une crise économique mondiale et la faillite des pays qui ont une économie fragile. Par conséquent, au-delà d’une crise économique mondiale, l’épidémie du Corona peut causer la formation d’une situation structurelle dans l’économie mondiale en la mettant face à une crise historique.

 

La deuxième dimension de l’épidémie du Corona au sujet de l’avenir du système mondial, concerne directement la sécurité mondiale. Comme l’a affirmé le gouvernement de la République de Turquie : « le problème est mondial mais la lutte est nationale ». Cela pousse tous les pays à adopter une méthode de lutte qui consiste à se préoccuper prioritairement de soi-même. Chaque pays agit en vue de se protéger et sauver ces citoyens. La Chine, l’Italie, la France, les États-Unis, l’Espagne et plusieurs pays européens ont commencé à prendre des mesures extrêmement dures. La Turquie aussi figure parmi les pays qui ont pris les plus sévères mesures depuis le début. Tous les pays sont sur le point de fermer leurs voies aériennes les uns les autres. La France a annoncé avoir fermé toutes ses frontières terrestres. Quant à la Grande Bretagne, elle suit une stratégie préventive différente de l’Europe et du reste du monde. Mais selon les informations qui circulent, la panique se propage chaque jour un peu plus au sein de la population britannique. D’autre part, le second tour des municipales a été reporté en France. L’Espagne a fait savoir que les hôpitaux privés du pays seront désormais gérés par l’État. Aux Pays-Bas, un Premier ministre a fait une allocution à la Nation pour la première fois depuis la crise du pétrole en 1973. La population a commencé à se procurer une arme dans les régions sérieusement touchées par le virus aux États-Unis. Si cela continue ainsi, l’atmosphère de panique causera d’abord de problèmes majeurs de sécurité nationale puis des résultats au niveau national et international entre les pays.

 

L’épidémie du Corona a profondément secoué les deux principaux piliers systémiques tels que l’économie mondiale et la sécurité internationale. Ces deux piliers peuvent affecter directement la forme que prendra l’avenir du système international. Il semble que ce qui se passera à partir de maintenant, se transformera en un processus d’endurance pour tous les acteurs. Le premier test d’endurance aura lieu sur l’économie nationale de chaque pays. Les pays qui ont une économie puissante n’auront pas de souci monétaire au sujet des mesures à prendre contre l’épidémie, mais les fluctuations qui apparaitront dans l’économie mondiale, affecteront en fin de compte bien plus les grandes puissances économiques. Quant aux pays qui ont une économie faible, ils n’auront plus grand-chose à perdre. Le deuxième test d’endurance aura lieu sur les psychologies individuelles et de masse. Plus il y aura de personnes qui paniquent et plus la psychologie collective sera influencée et prise de panique, ce qui engendrera des résultats qui pourraient causer un chaos politique. C’est pourquoi, les communautés qui ont une endurance collective plus forte seront moins affectées par cette situation. Quant au troisième test, il repose sur l’endurance de l’État. Les États qui ont un mécanisme institutionnel, des procédures régulières et un mécanisme exécutif puissants, surmonteront cette période avec moins de pertes. Quant aux pays faibles, ils s’affaibliront davantage ; peut-être qu’ils deviendront des pays impuissants.

 

Lorsque l’épidémie prendra fin, il est fort probable que nous nous retrouvions face à face avec une ruine mondiale. Nous allons attendre et voir quel genre de terrain préparera cette ruine pour la formation d’un nouvel ordre mondial.



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