États-Unis : "Juneteenth" une nouvelle fête nationale pour célébrer la fin de l'esclavage

Le 19 juin 1865 correspond au jour où les esclaves américains de l'extrême Sud ont été informés qu'ils étaient libres

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États-Unis : "Juneteenth" une nouvelle fête nationale pour célébrer la fin de l'esclavage

 

Samedi, à Milwaukee, dans le Wisconsin, la météo semblait convenir à la plus ancienne parade annuelle du 19 juin : des nuages et de la pluie au début, puis un ciel ensoleillé.

Le 19 juin 1865 correspond au jour où les esclaves américains de l'extrême Sud ont été informés qu'ils étaient libres, même si la Proclamation d'émancipation, un décret signé par le président Abraham Lincoln, les avait techniquement libérés deux ans auparavant.

Pendant des années, cette date a été célébrée dans les communautés afro-américaines, mais largement ignorée ou méconnue partout ailleurs.

Cela a changé cette semaine lorsque le président Joe Biden a signé la loi sur le jour de l'indépendance nationale du 19 juin (Juneteenth National Independence Day Act), faisant de cette date un jour férié au niveau fédéral.

Cette date a suscité l'intérêt de la nation l'année dernière lorsque le président de l'époque, Donald Trump, a annoncé qu'il tiendrait un meeting de campagne le 19 juin à Tulsa, en Oklahoma. Après un violent tollé, il a changé la date, puis a essayé de s'attribuer le mérite d'avoir fait connaître le 19 juin à la nation.

Aux États-Unis, en particulier dans les grandes villes, le 19 juin a été célébré partout ce samedi, dans les rues avec des défilés, des concerts et des fêtes gastronomiques, ainsi que dans les parcs avec des repas en famille.

Et sa désignation en tant que nouveau jour férié fédéral a rendu l'ambiance encore plus joyeuse.

"C'est une longue lutte", a déclaré le shérif du comté de Milwaukee, Earnell Lucas, à une équipe de télévision alors qu'il participait au défilé. Et d’ajouter : "c'est un hommage à tous nos ancêtres que de faire de ce jour un jour férié".

À Tulsa, le révérend Robert Turner a déclaré à l'Agence Anadolu : "Je suis tellement reconnaissant pour ce qui se passe aujourd'hui."

Turner est responsable de l'église Vernon AME, qui a échappé de justesse au massacre racial de Tulsa il y a 100 ans, un autre événement marquant de l'histoire afro-américaine dont on ne prend conscience que maintenant.

"Je n'aime pas donner une impression négative... mais nous ne sommes pas encore totalement libres", a-t-il déclaré. "Dans quel but les esclaves ont-ils été libérés ?" a-t-il demandé de façon rhétorique. "Libres de continuer à travailler comme métayers dans les plantations ? Libres d'être lynchés ? Libres de fréquenter des écoles à part ? Mais jamais libres comme des citoyens américains."

Turner a affirmé que les députés républicains du pays ne soutiennent pas l'enseignement de la "Théorie critique de la race" (critical race theory) dans les écoles, ce qui, selon lui, expliquerait aux enfants les origines mêmes du 19 juin et du massacre racial de Tulsa.

Cette théorie est une discipline académique élaborée par les défenseurs des droits civiques, qui analyse l'interaction entre le système juridique et les questions raciales et remet en question les approches libérales de la justice raciale.

Les célébrations à l'échelle nationale ont été, pour l'instant, essentiellement joyeuses. À Milwaukee, où le défilé annuel a lieu depuis 1971, des cheerleaders, des danseurs, des politiciens, un club de motards noirs et des confréries afro-américaines figuraient au nombre des participants à la Martin Luther King Jr. Drive. L'État du Wisconsin a hissé un drapeau du 19 juin au-dessus de son Capitole pour la deuxième fois de son histoire.

Une fois l'objectif de la création d'un jour férié fédéral atteint, Turner a déclaré que parmi les prochains objectifs de la communauté afro-américaine, il y en a un qu'il appelle "le summum" : les dédommagements pour les descendants des esclaves et ceux qui ont été lésés par des décennies de discrimination en matière de logement et de commerce, connue sous le nom de "red-lining".

"Nous ne pouvons pas avoir de réconciliation raciale complète sans indemnisation", a-t-il déclaré. Et de conclure : "Je me battrai comme un fou pour que cela soit possible".

 

 

 

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