Covid-19 / Chronologie : contradictions, points d’interrogation, chaos et facteur américain

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui mène des études internationales sur la santé publique est la seule plateforme de santé internationale qui fait foi pour une population mondiale d'environ 7,7 milliards d’âmes.

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Covid-19 / Chronologie : contradictions, points d’interrogation, chaos et facteur américain

 

L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) qui mène des études internationales sur la santé publique est la seule plateforme de santé internationale qui fait foi pour une population mondiale d'environ 7,7 milliards d’âmes.

Toutefois, la pandémie de Covid-19, qui a provoqué la plus grande crise sanitaire que l'humanité ait connue depuis la Seconde Guerre mondiale, a soumis l'OMS à une rude épreuve de confiance et une cible de moult critiques, compte tenu du nombre élevé des victimes.

La crainte provoquée par la pandémie au niveau mondial, a naturellement entraîné la recherche d'un responsable et les regards se sont tournés vers l’OMS et la Chine, où le virus est apparu.

L'OMS est accusée d’avoir caché le rôle de la Chine dans l'épidémie, d’être sous son emprise, d’avoir tardé à déclarer un état d’urgence mondiale pour pandémie, d’avoir par conséquent une large part de responsabilité dans la propagation rapide de l'épidémie à l'échelle mondiale en appelant les pays à plusieurs reprises à "ne pas fermer leurs frontières avec la Chine ".

Le président américain, Donald Trump, pointe du doigt l'OMS ainsi que la Chine depuis plusieurs jours. Outre les accusations, Trump a aussi donné l'ordre de geler les fonds que son pays met à la disposition de l'Organisation.

« La Chine, au centre des critiques, est à la 49e place parmi les bailleurs, avec une participation de 43 millions de dollars qui représentent 0,21% du budget de l’organisation. Environ 38 millions de dollars de ce montant sont constitués de paiements obligatoires».

- Ghebreyesus a pris la direction de l’OMS il y a 4 ans

Fondée à Genève, en Suisse, le 7 avril 1948, l’OMS compte 150 bureaux et environ 7 000 employés dans le monde.

Le Directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, avait été élu le 23 mai 2017 pour cinq ans et a pris ses fonctions le 1er juillet.

Ghebreyesus avait remporté l’élection face à son rival britannique, David Nabarro, et la victoire avait été célébrée avec enthousiasme au bureau des Nations Unies à Genève.

Certains journalistes internationaux avaient qualifié le directeur général de l'OMS nouvellement élu de "l'homme de Bill Gates".
Ghebreyesus a été ministre de la Santé en Éthiopie en 2005-2012, puis ministre des Affaires étrangères en 2012-2016 avant d’entamer une carrière à l'OMS.

- Contribution américaine au budget de l’OMS


Les 194 États membres et organisations bénévoles de l'OMS fournissent le budget de l'organisation de deux manières : "contributions imposées" et "contributions volontaires".

Les États membres versent une cotisation annuelle à l’OMS en fonction de leurs populations et de leur poids économique. Ces apports représentent environ 17% du budget de l’organisation.

Dans le calendrier budgétaire biennal de l'organisation, le budget 2020-2021 a été établi à environ 4,5 milliards de dollars, avec une augmentation de 9% par rapport à la période précédente.

Les États-Unis assurent près de 14,67% du budget annuel de l'OMS et sa contribution annuelle s’élève à environ 412 millions de dollars.

Bien que la contribution obligatoire des États-Unis soit fixée à 118 millions de dollars par an, près de 300 millions de dollars sont versées à l’OMS sous forme de contributions volontaires.

- Bills Gates pourrait être le premier bailleur de l’OMS

Les États-Unis, plus important bailleur de fonds de l’organisation, ont versé plus de 800 millions de dollars à la fin de 2019 pour la période budgétaire 2018-2019. Les États-Unis sont suivis de la Fondation Bill et Melinda Gates, la Grande-Bretagne et l’Allemagne.

La Chine, qui fait l'objet de critiques, est au 49e rang en termes de cotisation, avec une contribution de 43 millions de dollars, correspondant à 0,21% du budget total. Environ 38 millions de dollars de ce montant sont constitués de paiements obligatoires.

Bill Gates deviendrait le premier bailleur de fonds de l'OMS si les États-Unis cessent de contribuer au financement de l’organisation.


- L'OMS accuse Trump de "politiser" l’épidémie du Covid-19

Ghebreyesus, directeur général de l'OMS, qui est devenu la cible de l'administration américaine, use d’un langage "modéré" et "prudent" contre les accusations "lourdes" et "sans fin" de Trump.

Ghebreyesus souligne que la pandémie ne doit pas être politisée, plutôt que de répondre concrètement aux allégations de Trump.


L’OMS, critiquée aux États-Unis et dans de nombreux pays à travers le monde, dont le Japon et Taïwan, a été accusée de prendre des décisions " tardives " et "contradictoires" concernant la crise.

Le processus de gestion de l’épidémie, qui a vu le jour en décembre 2019 à Wuhan, capitale de la province chinoise de Hubei, s'est déroulé comme suit :


14 janvier : Sur le compte Twitter de l'OMS, citant les autorités chinoises, il est affirmé qu'il n'y a aucune preuve concrète que le Covid-19 puisse être transmis entre humains.

20 janvier : L'organisation annonce que le virus est transmis d'animal à humain, et qu’il peut être transmis de personne à personne en contact étroit, mais en nombre restreint de cas.

21 janvier : le nombre de personnes qui ont perdu la vie en Chine s’élève à 6. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Ging Shuang, déclare que l'OMS et les pays voisins ont été informés de l'épidémie dès l'apparition du virus.

23 janvier : Le directeur général de l'OMS, Ghebreyesus, soutient qu'il est prématuré d’annoncer une "urgence internationale de santé publique" liée au virus qui se propage rapidement en Chine, et que les "preuves" sont insuffisantes.

24 janvier : Ghebreyesus dit apprécier les mesures prises par la Chine après avoir rencontré le ministre chinois des Affaires étrangères, Vang Yi, à Pékin : "L'OMS est prête à fournir à la Chine ce dont elle a besoin. L'OMS croit pleinement en la capacité du gouvernement chinois à lutter contre l'épidémie. ".

29 janvier : Immédiatement après sa visite en Chine, Ghebreyesus déclare que 6 065 cas ont été confirmés en Chine, 132 personnes sont décédées, avertissant que le potentiel de propagation de la pandémie est très élevé.

30 janvier : l'OMS déclare une "urgence internationale de santé publique" liée à l'épidémie de Covid-19. Ghebreyesus fait valoir qu'il n'y avait aucune raison de restreindre les activités commerciales et les voyages en Chine, en utilisant l'expression "la raison principale n'est pas ce qui se passe en Chine mais ce qui se passe dans d'autres pays". Ghebreyesus, qui fait l'éloge de la Chine, affirme que la déclaration d'urgence n'est pas un signe de méfiance envers la Chine et affirme que la lutte du pays contre le virus est au-dessus des attentes.

31 janvier : L’OMS appelle à « ne pas fermer les frontières avec la Chine », bien qu’elle ait déclaré une urgence mondiale. Le porte-parole de l’OMS, Christian Lindmeier, déclare qu’il y a « une excellente raison pour que d’autres États maintiennent les postes frontaliers ouverts avec la Chine ». « Il a été clairement indiqué et répété que l'OMS ne recommande pas de restrictions aux voyages et au commerce en Chine », ajoute Lindmeier.

3 février : Ghebreyesus réitère son opposition aux restrictions commerciales et de voyages vers la Chine.

11 février : L'OMS annonce que le nouveau type de coronavirus (2019-nCoV) en Chine est nommé "Covid-19".

22 février : Ghebreyesus demande à la communauté internationale une aide de 675 millions de dollars pour une lutte plus efficace contre l'épidémie de Covid-19.

26 février : Le Directeur général de l’OMS se dit « profondément préoccupé » par l’augmentation « soudaine » en Italie, en Iran et en Corée du Sud des cas de contamination mais souligne qu’il s’oppose à l’utilisation du mot « pandémie » pour le Covid-19.

27 février : Ghebreyesus déclare qu’avec l’émergence récente de cas de Covid-19 dans des pays autres que la Chine, le virus a atteint un "point important".

28 février : L'OMS passe le niveau de risque global pour le Covid-19 d’«élevé» à «très élevé».

2 mars : Ghebreyesus note que le Covid-19 se propage beaucoup plus rapidement dans les pays en dehors de la Chine, transformant le monde en "une zone inconnue".

6 mars : Ghebreyesus, précisant que le nombre total de cas a atteint 100 000, déclare : « Alors que les cas de Covid-19 augmentent, nous recommandons que tous les pays fassent de leurs « restrictions » leurs plus grandes priorités ».

9 mars : Ghebreyesus déclare que Covid-19 s'est propagé à de nombreux pays, "La menace de pandémie est devenue très réelle."

11 mars : L'OMS déclare une pandémie mondiale.

12 mars : Ghebreyesus affirme que le Covid-19 est une « pandémie contrôlable ».

13 mars : L'organisation rapporte que l'Europe est maintenant l'épicentre de la crise de Covid-19.

18 mars : Ghebreyesus affirme que des restrictions physiques, telles que l'annulation d'événements sportifs, de concerts et d'autres grands rassemblements peuvent ralentir la propagation de l'épidémie de Covid-19.

20 mars : Ghebreyesus annonce avoir contacté certaines entreprises chinoises qui ont accepté de fournir du matériel médical à l’OMS.

24 mars : La porte-parole de l’OMS, Margaret Harris, affirme que le nouveau centre de l’épidémie pourrait être les États-Unis.

27 mars : Le directeur général Ghebreyesus annonce qu'il faudra attendre un minimum de 12 à 18 mois pour avoir un vaccin contre le Covid-19.

31 mars : Le secrétaire général de l'ONU, Guterres, déclare que le monde est confronté à la plus importante crise depuis la Seconde Guerre mondiale en raison de l’épidémie de Covid-19.

1er avril : Ghebreyesus déclare que "le monde n'a jamais fait face à une telle pandémie. C’est un virus inconnu et dangereux. Je suis profondément préoccupé par l’augmentation rapide de cas de contamination et de la propagation à l’échelle mondiale."


8 avril : Ghebreyesus s’explique face aux déclarations de Trump accusant l’OMS de ne pas avoir combattu l’épidémie de Covid-19 : "Ne politisez pas ce virus. Si vous voulez voir plus de sacs mortuaires, vous pouvez continuer." Ghebreyesus, qui cible Trump sans le nommer, déclare qu'il existe de nombreux autres problèmes dans lesquels les dirigeants peuvent faire leurs preuves au lieu de politiser le Covid-19.

13 avril : Ghebreyesus concernant l'annonce de Trump de suspendre les fonds destinés à l'OMS, qu'il a accusé d'avoir "agi en faveur des Chinois", déclare : "Ce que je sais, c'est qu'il est favorable. J'espère que les fonds (fournis) continueront". Notre relation est très bonne et nous espérons qu'elle se poursuivra".

15 avril : Les États-Unis sont un ami généreux et à long terme de l’OMS, déclare Ghebreyesus, ajoutant que son organisation regrette la récente décision du président américain, Donald Trump, de suspendre la cotisation américaine à l’OMS.

17 avril : Margaret Harris, porte-parole de l’OMS, s’abstient de répondre aux accusations de Trump contre l’organisation, déclarant : « Les États-Unis ont toujours été un partenaire fantastique pour nous. »

D’intenses critiques et accusations contre l’OMS se fondent sur l’ensemble de ces déclarations.

Les experts internationaux en matière de pandémie affirment que, lorsque "l'urgence mondiale a été déclarée" le 30 janvier, si l'OMS avait appelé la Chine à "fermer ses frontières avec le monde extérieur", "le monde n’aurait pas été sous l'emprise d'une épidémie mondiale".

Pour qu’elle regagne la confiance du monde entier, il semble inévitable que lors des prochaines phases de la pandémie, l’organisation fasse ses preuves, intensifie le travail concernant le vaccin et entre dans un nouveau processus de réforme lorsque le monde reviendra à la normale.

 

AA



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