La base d'Al-Wattia : Le site stratégique que l'Armée libyenne a repris aux milices de Haftar

Ossama Djouwaïli, le commandant des opérations occidentales de l'Armée libyenne, et qui a dirigé l'opération contre la base d'Al-Wattia, a affirmé que ses forces ont rapidement repris le contrôle de la base aérienne située dans le sud-ouest de la capitale

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La base d'Al-Wattia : Le site stratégique que l'Armée libyenne a repris aux milices de Haftar

 

Ossama Djouwaïli, le commandant des opérations occidentales de l'Armée libyenne, et qui a dirigé l'opération contre la base d'Al-Wattia, a affirmé, lundi, dans un entretien accordé à une télévision locale, que ses forces ont rapidement repris le contrôle de la base aérienne située dans le sud-ouest de la capitale Tripoli, sans aucune perte à déplorer dans ses rangs.

Indiquant la saisie d'un système de défense aérienne, Pantsir, de fabrication russe, fourni par les Émirats arabes unis (EAU) aux milices de Haftar, Djouwaïli a assuré que la base entrerait au service de l'armée libyenne une fois que la sécurité de la zone sera assurée.

Par ailleurs, des images partagées sur les réseaux sociaux depuis la base aérienne, montrent des avions de chasse endommagés parqués dans les hangars, des roquettes, des véhicules armés et de nombreuses munitions, abandonnés par les milices en fuite.

Le chef d'état-major de l'Armée libyenne, le Général Mohammed Al-Charif, a annoncé dans une déclaration à la presse locale que le prochain objectif est de libérer la ville de Tarhouna, située au sud de Tripoli.

 

- Capacité d'accueillir 10 000 soldats

 

Construite à 140 kilomètres au sud-ouest de la capitale, Tripoli, d'une superficie de 50 kilomètres carrés, Al-Wattia est d'une importance hautement stratégique avec ses pistes adaptées aux avions de guerre, ses hangars, ses réservoirs de carburant, ainsi que sa capacité à accueillir 10 000 soldats sans aucun soutien extérieur.

Les drones de l'Armée libyenne ont effectué plus de 100 opérations contre les positions des milices autour de la base, les dépôts d'armes, les véhicules armés, et les camions de munitions.

Notamment au cours des 48 heures passées, après l'envoi de drones de l'Armée libyenne sur la base, deux des systèmes de défense aérienne Pantsir, de fabrication russe, fournis par les Émirats arabes unis aux milices de Haftar, ont été ciblés, dans deux opérations aériennes distinctes menées contre la base militaire d'Al-Wattia, et une dans le sud de la ville de Syrte.

En outre, il a été signalé que des véhicules armés et des camions chargés de munitions, localisés dans la base et appartenant aux milices de Haftar, avaient été détruits par les drones.

L'Armée libyenne a également annoncé hier, avoir détruit un drone Wing Loong II, de fabrication chinoise, fourni par les Émirats arabes unis aux milices de Haftar.

L'Armée légitime libyenne, qui œuvrait à libérer la base stratégique d'Al-Wattia de l'occupation des milices de Haftar, avait précédemment lancé, à deux reprises, une opération à cette fin, mais avait annoncé plus tard la suspension de l'opération.

L'Armée libyenne a d'abord réussi à pénétrer dans la base avec les troupes sous le commandement d'Oussama Djouwaïli, lors de l'opération Tempête de la Paix, lancée le 25 mars sous le slogan "protéger les civils", mais l'armée a dû ensuite, battre en retraite.

L'Armée libyenne, qui n'a pas laissé de répit aux milices de Haftar, a systématiquement resserré l'étau autour de la base, puis lancé une opération sur la base le 5 mai, et ensuite annoncé que la base resterait assiégée.

 

- La perte d'Al-Wattia peut être un tournant pour Haftar

 

La base militaire stratégique d'Al-Wattia faisait parties des pertes du gouvernement légitime libyen, dans l'ouest du pays, après que Khalifa Haftar ait ordonné aux milices sous son commandement, en avril 2019, de lancer leur offensive contre Tripoli.

L'Armée libyenne a, par la suite, inversé l'équilibre des forces par le biais de l'opération militaire, Tempête de la Paix, en libérant du joug des milices du général putschiste, une zone de 3 000 kilomètres carrés s’étendant de la capitale du pays, Tripoli, jusqu'à la frontière tunisienne.

Haftar a appelé ses partisans dans les zones sous son contrôle à manifester dans les rues, afin de maquiller ses pertes. Il s’est ensuite autoproclamé "seul dirigeant du pays".

Par cette étape, Haftar a tenté de pallier à ses pertes militaires par une tentative de coup de force contre ses propres alliés, dans l'Est du pays.

Après la perte de la base d'Al-Wattia, les milices de Haftar, basées dans la ville de Tarhouna, assiégée par l'Armée libyenne, se préparent à une offensive imminente, dans une situation devenant de plus en plus difficile, alors que les drones de l'Armée libyenne coupent leurs lignes d'approvisionnement.

Les experts qui suivent l’évolution de la situation en Libye considèrent que Haftar "aura de plus en plus de mal à persuader ses alliés à l'intérieur et à l'extérieur de le soutenir, car (les forces de) Haftar, qui promet des victoires en série commencent à décliner".

 

- L'importance de la base d'Al-Wattia pour l'ouest de la Libye

 

Après que Haftar ait ordonné une offensive contre la capitale Tripoli, en avril 2019, les milices du général putschiste, avaient utilisé la base d'Al-Wattia, afin de frapper les environs de la capitale avec des avions de guerre.

Avec l'opération Tempête de la Paix, lancée le 25 mars, l'Armée libyenne a éliminé l'avantage fourni aux milices de Haftar par l'utilisation de la base d'Al-Wattia. Cependant, celle-ci étant une grande zone militaire localisée dans le désert, elle a continué à maintenir son importance stratégique.

Baptisée Okba ibn Nafaa pendant la Seconde Guerre mondiale, lors de son ouverture en 1942, Al-Wattia est considérée comme la base aérienne la plus importante du pays après l'aéroport de Mitiga. Al-Wattia est également connue comme la seule base en Libye où aucun vol civil n'est effectué.

Depuis août 2014, les milices de Haftar utilisaient la base comme «centre de commandement des opérations occidentales ».

Les drones de l'Armée libyenne, soutenue par la Turquie, avaient détruit, le 3 avril, des armes et des installations lourdes, ainsi que de nombreux véhicules, notamment 3 avions de combat Su-22, appartenant aux milices de Haftar, stationnées dans la base militaire d'Al-Wattia.

L'opération en question a joué un rôle important dans le changement de la supériorité aérienne au profit du gouvernement libyen, dans les régions à l'ouest de Tripoli, en plus des grandes pertes essuyées par les forces de Haftar.

 

- Éléments qui renforcent l'importance stratégique de la base

 

La base aérienne, qui peut contrôler toutes les régions occidentales de la Libye, permet aux avions de chasse qui en décollent d'opérer en Tunisie et en Algérie sans ravitaillement de carburant, lorsque cela est nécessaire.

La base, construite par les Américains en 1942, dispose d'une infrastructure capable d'accueillir de 7 000 à 10 000 soldats.

Alors que d'autres bases militaires en Libye tirent leur importance des villes dans lesquelles elles se trouvent, Al-Wattia se distingue par sa localisation géographique dans le désert.

Pendant le règne de l’ancien dirigeant de la Libye, Mouammar Kadhafi, la flotte d'avions de combat polyvalents Dassault Mirage 2000 de fabrication française, décollaient de la base d'Al-Wattia.

Durant l'intervention de l'Organisation du Traité Atlantique Nord (OTAN), en 2011, lors du « printemps arabe », les avions, les munitions militaires, les systèmes de défense aérienne, et les radars d'Al-Wattia avaient été détruits, mais l'infrastructure n'avait pas été endommagée.

La base aérienne d'Al-Wattia, dispose d'un système lui permettant de stocker suffisamment de vivres et de munitions lui garantissant une autonomie de longue durée. Ainsi, le ravitaillement en carburant, en fourniture d'armes et de munitions, n'est pas nécessaire dans les situations de combats, et notamment de défense face à un siège.

En plus de disposer d'une base sûre pour l'Armée libyenne, la prise d'Al-Wattia ouvre la voie pour des vols civils à l'aéroport de Zouara, qui est situé à l'ouest de la capitale, comme alternative à l'aéroport de Mitiga.

Les experts régionaux qui suivent la situation en Libye, estiment qu'il est vital de conserver le contrôle d'Al-Wattia, afin que le gouvernement puisse consolider ses acquis et son contrôle dans la partie ouest du pays. Dans le cas contraire, la base pourrait être reprise par les milices de Haftar, représentant une menace majeure contre l'Armée libyenne et les zones qu’elle contrôle dans cette région.

 

 

 

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