Madagascar : la malédiction de l'"or noir"

Vols, récoltes hâtives, cyclone... la filière de la vanille de Madagascar va mal ces dernières années

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Madagascar : la malédiction de l'"or noir"

Cette année encore, la vanille de Madagascar, célèbre à travers le monde, est au centre de toutes les attentions. Alors que sa cueillette ne devrait officiellement démarrer que d’ici la fin du mois de juin dans la Grande Ile, de nombreux cultivateurs ont déjà commencé à ramasser depuis quelques semaines, la célèbre gousse, avant même qu’elle ne soit mûre.

Une manière de contrer un nouveau fléau qui menace la filière, à savoir les vols de gousses sur pieds, confient les agriculteurs interrogés par Anadolu.

En effet, ces deux dernières années, des réseaux organisés de voleurs font main basse sur les gousses de vanille verte influant sur la qualité de la production et le cours du marché.

Au début du mois de juin, quatre-vingt-sept kilos de vanille dont dix-sept kilos encore vertes ont d’ailleurs été saisis par la gendarmerie à Befandriana nord, dans le nord de l’Ile, d’après la presse malgache.

Face à ce phénomène grandissant les régions productrices de vanille ; la région SAVA (Sambava, Antalaha, Vohémar et Andapa), et la région DIANA (Diego, Ambilobe, Nosy – be, et Ambanja), situées dans le Nord de la Grand Ile, s’organisent.

Mevazara Youssouf, Président d’honneur des deux syndicats des planteurs de vanille (Sempala et fimpala) dans le Nord de Madagascar, confirme ces vols fréquents de vanille.

Temporisant toutefois le phénomène, Youssouf, rencontré par Anadolu, assure que celui-ci n’a pas l’ampleur qu’on lui prête. « Les vols en question se limitent aux vols à la tire des gousses de vanille sur pied et relèvent de simples faits divers », affirme-t-il.

En guise d’argument, Youssouf avance que « la quantité de vanille volée au cours de l’année 2016 est de 9000 kilos, dont 2100 kilos récupérés. Ce volume de vanille récupéré a été remis aux propriétaires car il était en bonne état tandis que le reste a été brûlé car il n’était pas mûr».

« La quantité de vanille exportée à cette époque – c'est-à-dire la vanille noire préparée – était de 2 000 tonnes (équivalant à 10 000 tonnes de vanille verte, soit 10 millions de kilos). Par rapport à cette quantité de vanille exportée, celle volée est donc quasiment infime », assure l’opérateur de la filière vanille.

« En réalité, c’est surtout un phénomène de délinquance qui a tout de même besoin d’être jugulé », ajoute-t-il.

Mais « même si ces vols de vanille n’ont pas un grand impact sur la production, néanmoins les planteurs restent vigilants. Pour éradiquer les vols de vanille, nous avons adopté le « dinam – paritra » (pacte villageois) qui est opérationnel ici depuis cette année », annonce l’opérateur.

« Pour protéger leurs plantations, les propriétaires de vanille, vont donc dormir dans les champs. Tous les membres d’une communauté ou d’un village s’organisent pour former ce système d’autodéfense villageoise, et appliquent ce qu’on appelle le « dina » en malgache. Il s’agit d’un pacte qui prévoit des sanctions contre les bandits pris sur le fait et qui s’applique dans la Grande île depuis plus d’une dizaine d’années » renseigne Youssouf.

En 2016, les villageois de la région SAVA ont réussi à attraper 504 voleurs de vanille qui ont été remis entre les mains de la Gendarmerie, ajoute l’opérateur.

Une initiative d’ailleurs encouragée par le Gouvernement qui préconise l’appui aux actions des éléments des forces de l’ordre pour protéger les récoltes de vanille.

Reconnaissant « cette situation d’insécurité dans la filière vanille », le Gouvernement a annoncé que "des décisions seraient prises".

Le Premier Ministre malgache, Mahafaly Olivier Solonandrasana a tenu une réunion en ce sens, le 15 mai dernier, lors du Conseil des ministres. S’exprimant face à la presse à l’issue de la réunion, il a pointé du doigt l’implication de certains responsables locaux dans ces vols. «De lourdes sanctions seront prises contre ceux dont l’implication ou la complicité sera prouvé », a-t-il d’ailleurs annoncé.

Trois jours plus tard, une forte délégation conduite par le Président de la République Hery Rajaonarimampianina, s’est rendue, dans la Région SAVA pour s’enquérir de l’ampleur du problème. 

Madagascar assure environ 60% de la production de vanille mondiale aux côtés de l’Inde et de l’Indonésie. 70% de cette production s’exporte vers le marché des Etats-Unis tandis que les 30% restant sont partagée en Europe et dans les autres pays du monde, d’après les statistiques avancés par le syndicat des planteurs de Madagascar.

Mais depuis quelques années, en raison des vols et de la spéculation, le prix du kilo de la vanille noire de Madagascar s’est envolé, passant de 60 dollars en 2014, à environ 135 dollars en 2015 et a même atteint le record de 400 dollars le kilo en 2016, d’après des données récentes.

Tandis que la qualité s’est dégradée (de nombreuses gousses récoltées n’arrivant pas à maturité), le passage en mars dernier, du cyclone Enawao, ne risque pas d’arranger les choses.

Le cyclone de classe 4 (sur une échelle de 5), qui a provoqué, la mort de 81 personnes, selon un bilan officiel, a en effet largement endommagé 30 % des cultures de vanille. 

Prix élevés, vanille volée ou de mauvaise qualité, cyclone…cette saison risque de s’annoncer morose pour les cultivateurs. 

AA



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