Un «nouvel ordre mondial» est possible après l’espionnage satellitaire de l’Afrique

L’Afrique a fait l’objet d’une large campagne d’espionnage entre 2009 et 2010 d’après les informations provenant des documents de Snowden.Parmi les 20 pays placés sous surveillance figurent plusieurs Etats francophones, selon le quotidien "le Monde".

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Un «nouvel ordre mondial» est possible après l’espionnage satellitaire de l’Afrique

Un pavé dans la mare ou une démystification de l’ordre établi ? Peut-on admettre qu’un nouvel échiquier international se profile à l’horizon, après le scandale provoqué par l’espionnage satellitaire de près de 20 pays africains par les services de renseignement britanniques et américains?

Ces questions se sont posées avec acuité après ce qu’a récemment révélé le quotidien français "Le Monde" : près d’une centaine de relevés satellitaires d’interceptions du GCHQ britannique montrent que le continent africain était largement visé par des interceptions satellitaires entre 2009 et 2010. Le média français s’est référé aux archives de l’ex-consultant de l’Agence nationale de sécurité (NSA) américaine, Edward Snowden.

• Méfiance et basculement d’un axe vers un autre

Ce grand scandale des temps modernes semble capable de bouleverser l’ordre établi, de l’avis du géopoliticien Samuel Nguembock. Interrogé par Anadolu. L’universitaire et chercheur à l’Institut des Relations internationales et stratégiques de Paris (IRIS) soutient que ces révélations pourraient porter préjudice à la présence des deux grandes puissances dans le reste des pays africains.

«Après ces révélations portées au grand jour par le média français, je pense qu’il y aura, dans un premier temps, des excuses et des concessions entre les parties concernées. Il n’en demeure pas moins que la méfiance sera désormais de la partie», fait observer le géopoliticien.

Une méfiance qui, ajoutée à la capacité très limitée de contre-espionnage des Etats africains ciblés, débouchera sur « le basculement, en termes de coopération dans le secteur du renseignement, de l’axe Afrique-USA-Grande Bretagne vers un nouvel axe Afrique-Chine-Russie », précise Nguembock.

Dans la même perspective, il n’exclut pas un rapprochement avec Israël pour plus de coopération en matière de renseignement.

Se montrant peu surpris par les révélations de Snowden, le géopoliticien camerounais note que les grandes puissances se sont de tout temps servies de leur suprématie en matière de technologies de l’information pour surveiller le monde et ses richesses naturelles, prospecter de nouveaux marchés et barrer la route à leurs principaux concurrents.

Pour l'enseignant-chercheur en droit international et sciences politiques à l'université d'Emi-Koussi au Tchad, Tchang Mbairo, l’espionnage satellitaire des institutions africaines par les services de renseignement britanniques et américains, sonne comme une "trahison diplomatique et un abus de confiance", pour les gouvernements africains.

« Ce scandale diplomatique et géopolitique jamais enregistré entre les Etats africains et ces deux pays occidentaux, confirme la fragilité des systèmes informatiques et techniques, et par conséquent, sécuritaires, des Etats africains, dont des institutions politiques, militaires, économiques et diplomatiques ont été ciblées », analyse Mbairo.

* Contre l’avancée chinoise

Se focalisant sur le facteur économique, l’universitaire tchadien Moustapha Hassan, souligne que les pays occidentaux n’ont qu’un seul souci : contrôler l'exploitation des sous-sols et les flux financiers des pays africains.

«Avec l’avènement de la monté en puissance de la Chine en Afrique, notamment, en matière d’investissements et d’exploitation des richesses minières, les puissances occidentales, à travers cet espionnage, suivent de près l'évolution des exploitations minières et pétrolières sur le continent. Elles s’emploient, de là, à empêcher tout accès aux grands bassins et gisements miniers et pétroliers par leur ennemi juré », détaille l’économiste.

Abondant dans ce sens, Israel Komréa, ingénieur des technologies de la télécommunication à l'institut supérieur de N’Djamena, affirme que les deux grandes puissances qui ont espionné les 20 pays africains convoitent, entre autres, un marché de près de « 456 millions de clients » pour un chiffre d’affaires global de « 48,5 milliards d’euros » dans le secteur de la téléphonie mobile, soit « 6% » du marché mondial.

Alors que les gouvernements africains semblent avoir privilégié la loi du silence, évitant tout commentaire sur ces écoutes à grande échelle, les réponses des services de renseignement américain (NSA) et britannique (GCHQ) aux révélations du média français n'ont pas tardé. Ils ont affirmé être dans leur droit d'interception satellitaire, au profit des services compétents de leurs pays respectifs. 

L’Afrique a fait l’objet d’une large campagne d’espionnage entre 2009 et 2010 d’après les informations provenant des documents de Snowden. Parmi les 20 pays placés sous surveillance figurent, par ailleurs, plusieurs Etats francophones, en particulier, la République démocratique du Congo (RDC).

Les services de renseignements britanniques ont minutieusement suivi les discussions du président Joseph Kabila et de ses proches conseillers, tout autant qu’ils ont surveillé les communications des principaux chefs rebelles en 2009. Le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), ex-rébellion congolaise, devait, alors, devenir un parti politique et ses soldats devaient être intégrés dans l’armée congolaise, selon les archives de Snowden. 

AA



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