Nouvelle étape du gazoduc TurkStream

Étude du Dr. Cemil Dogac Ipek, membre du corps académique du département des Relations internationales à l’université Karatekin

Nouvelle étape du gazoduc TurkStream

            Les jours que nous traversons témoignent de trois événements qui marquent les nouvelles orientations de la politique extérieure turque. Le premier est la cérémonie organisée récemment à Istanbul à l’occasion de l’achèvement du tronçon maritime de Turk Stream qui est un gazoduc turco-russe. Le deuxième est l’entretien d’envergure qu’a eu le ministre turc des Affaires étrangères Mevlut Cavusoglu avec son homologue américain Mike Pompeo. Le troisième est la visite en Turquie des responsables de l’Union européenne et leurs entretiens avec les responsables turcs. Ces trois événements qui sont intervenus à quelques jours d’intervalle exposent le caractère « multipartite » de la politique extérieure turque. La tendance actuelle de la politique extérieure turque consiste à « développer » les relations avec la Russie, « normaliser » les relations avec l’UE et à « réparer » celles avec les Etats-Unis.  

            Il y a peu, la partie maritime du projet Turk Stream a été achevée. Le dernier tronçon maritime du projet Turk Stream a été descendu sous la mer en présence du président Recep Tayyip Erdogan et son homologue russe Vladimir Poutine. Le gazoduc de Turk Stream est l’exploit de la nouvelle politique internationale de la Turquie et l’annonciateur de nouveaux progrès.

            La partie maritime du projet commence sur les terres russes à Anapa et continue jusqu’à Kiyikoy, en Thrace sur les terres turques. Le projet TurkStream permettra à la Turquie d’avoir accès à un gaz naturel moins cher. Car le gaz naturel sera acheminé directement en Turquie sans transiter par d’autres pays. La Turquie achète, à l’heure actuelle, 14 milliards de m3 de gaz naturel via la ligne Ukraine, Moldavie, Roumanie, Bulgarie. Ce gazoduc permettra à la Turquie d’obtenir du gaz naturel à meilleur prix sans payer de frais de transit. La Turquie ne sera également pas touchée des crises qui risquent éventuellement de se produire prochainement entre la Russie et l’Ukraine ou entre la Russie, la Roumanie et la Bulgarie. La capacité d’acheminement de Turk Stream est approximativement de 63 milliards de m3 par an. La Turquie devrait acheter 14 milliards de m3 et transférer les 49 milliards de m3 restants en Europe.  

            Les politiques de deux poids et deux mesures de l’Occident conduisent la Turquie et la Russie à coopérer. La conjoncture internationale et régionale offre une atmosphère politique convenable pour le projet Turk Stream. Ce projet assurera la sécurité de l’offre de gaz naturel pour la Turquie mais il ne contribue que peu à la diversification de l’offre énergétique. La dépendance de la Turquie à l’importation dans l’énergie est de l’ordre de 72%. La dépendance de la Turquie à la Russie dans le gaz naturel est de 42%, y compris le secteur privé, et de 29% sans ce dernier.

            Le projet de Turk Stream va aider la Turquie à atteindre son objectif de devenir un centre d’énergie et de transit dans la sécurité de l’offre énergétique à l’échelle globale. Par le projet de Turk Stream, la Turquie ne va pas acheter plus de gaz naturel à la Russie. Elle change seulement de ligne d’approvisionnement. Le transfert en Europe du gaz naturel russe en transitant par la Turquie, contribuera à la stratégie de cette dernière de devenir un centre d’énergie.   L’acheminement du gaz naturel russe en Europe par le projet Turk Stream, rendra les relations turco-russes encore plus stables. De plus, on pourrait s’attendre à une nouvelle période dans les relations Turquie-UE via l’énergie.

            Le projet Turk Stream est le résultat de la confiance qu’éprouve la Russie à la Turquie. Le projet Turk Stream est aussi important du fait qu’il propose une nouvelle trajectoire de transfert d’énergie et de ses contributions positives aux relations entre les deux pays. Le fait aussi que la Centrale nucléaire d’Akkuyu soit construite par une entreprise russe, apporte une nouvelle dimension aux relations bilatérales.

            La Turquie qui prend place dans d’importants projets d’énergie d’ordre globale, franchit une étape importante dans son objectif de devenir un centre d’énergie par le projet Turk Stream. Les projets Turk Stream, TANAP (Projet de gazoduc transanatolien) et TAP (Projet de gazoduc Trans-adriatique) attribuent un rôle d’intermédiaire à la Turquie dans la distribution d’énergie. Elle occupera ainsi un point stratégique sur la carte d’énergie mondiale. Nous savons tous l’importance de l’énergie dans la politique globale et les marchés économiques mondiaux. Ces démarches de la Turquie pour devenir un centre d’énergie, peuvent jouer un rôle clé dans le processus de transformation de la Turquie en acteur global.

Nous ne pouvons pas évaluer les efforts de la Turquie de devenir un acteur global, uniquement par les progrès économiques. Cela signifie également le renforcement politique de la Turquie. Ce n’est évidemment pas suffisant. Du point de vue de la position et la capacité, la Turquie est le pays le plus avantageux. Mais l’objectif de devenir un centre énergétique qui est le point culminant de la vision énergétique de la Turquie, nécessite une diversification de l’offre et de l’approvisionnement, en plus de ses besoins.

            La Turquie s’approvisionne actuellement en gaz naturel russe par le Courant Bleu et le gazoduc Trans-balkanique. Elle ne diversifie pas ses sources d’approvisionnement mais ses trajectoires. La Turquie doit suivre des politiques plus actives à l’avenir sur les trajectoires des lignes d’énergie. Dans ce contexte, elle ne doit pas seulement servir de pont. Par conséquent, le projet Turk Stream sera l’une des principales initiatives afin de renforcer la stratégie nationale d’énergie de la Turquie. 

                       



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