TurkStream

Étude de Can Acun, écrivain-chercheur à la Fondation des études politiques, économiques et sociales (SETA)

TurkStream

Le tronçon maritime du gazoduc TurkStream a été achevé, il y a quelques jours, avec la participation du chef d’Etat russe Vladimir Poutine et du président turc Recep Tayyip Erdogan. Dans les discours qu’ils ont tenus lors de la cérémonie tenue à cette occasion à Istanbul, les deux dirigeants ont mis l’accent sur la coopération qui se développe entre les deux pays. Le projet TurkStream est considéré comme un pas important vers les plans de la Turquie pour devenir un centre énergétique. En effet, la Turquie renforce sa position avec les démarches entreprises dans le sens des politiques énergétiques et diversifie son approvisionnement énergétique, avec le projet TANAP prévoyant de transporter le gaz azerbaïdjanais en Turquie et, plus tard, en Europe, et le pipeline de Ceyhan transportant le pétrole irakien aux marchés mondiaux.


Le projet TurkStream recommandé par le chef d’Etat russe Vladimir Poutine en décembre 2014, s’étend d’Anapa en Russie à Kiyikoy, à l’ouest d’Istanbul après une traversée de la mer Noire de 930 km. TurkStream, baptisé ainsi par le président Recep Tayyip Erdogan, atteint une longueur totale de 1100 km. TurkStream est constitué de deux réseaux parallèles. Le premier réseau devrait répondre aux besoins énergétiques de la Turquie avec une capacité de gaz naturel de 15,75 milliards de mètres cubes par année. Le deuxième réseau devrait s’étendre dans un deuxième temps à l’Europe. TurkStream devrait donc acheminer au total 31,5 milliards de mètres cubes de gaz naturel.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov a déclaré que certains pays songeaient à rejoindre le réseau TurkStream, le gazoduc pourrait ainsi atteindre cinq pays européens par cinq embranchements. Le ministre serbe de l’Energie, Aleksandar Antic, a déclaré, par exemple, que si TurkStream s’étendait jusqu’en Serbie, il garantirait la sécurité énergétique de l’Europe. «La possibilité de faire passer 10 à 15 milliards de mètres cubes de gaz russe à la Bulgarie, la Serbie, la Hongrie et l’Autriche, via la Turquie, sera une belle opportunité pour promouvoir la sécurité énergétique. Le projet permettra également de développer le commerce gazier et l’économie basée sur le gaz naturel. Les pays en question pourront également obtenir un bénéfice conséquent du transit gazier en rejoignant le projet TurkStream » a déclaré Antic.

Par ailleurs, on ne sait pas encore par quel itinéraire le projet TurkStream se poursuivra après la Turquie. Il est question d’une concurrence, notamment entre la Grèce et la Bulgarie. Le Premier ministre grec, Alexis Tsipras, avait déclaré qu’il souhaitait que TurkStream passe par le territoire grec.

TurkStream permet, d’une part, à la Turquie de progresser en vue de devenir un centre énergétique et de l’autre, à la Russie d’exporter directement son gaz aux pays des Balkans. Dans la période écoulée, les liens entre les deux pays se sont fortement développés. Le président Recep Tayyip Erdogan a attiré l’attention sur la coopération économique croissante et précisé qu’ils visaient à atteindre un volume d’échanges commerciaux de 100 milliards de dollars entre les deux pays. D’ailleurs, la presse russe met en évidence les multiples entretiens entre Poutine et Erdogan et le renforcement des liens turco-russes.

Les relations entre la Turquie et la Russie se renforcent particulièrement dans le domaine de la politique énergétique, néanmoins des problèmes majeurs persistent. L’annexion de la Crimée par la Russie, la guerre en Ukraine, les pratiques de la Russie envers les Tatars de Crimée et les différentes positions en Russie des deux pays sont les principaux dossiers devant être résolus dans les relations bilatérales. Même si les deux pays tentent d’agir de manière coordonnée notamment en Syrie avec le processus d’Astana et le consensus de Sotchi, les divergences de base peuvent provoquer des problèmes.



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