L'assimilation de l'orientalisme

Une étude du Prof. Dr. Kudret Bulbul, doyen de la Faculté des Sciences politiques de l’université Yildirim Beyazit d’Ankara

L'assimilation de l'orientalisme

L'assimilation de l'orientalisme

Les chercheurs occidentaux appellent « Orientalisme » les travaux qu’ils effectuent sur les dimensions politiques, sociales, culturelles, religieuses, ethniques, anthropologiques ou autres sur les sociétés orientales associées d’une part à l’impérialisme et de l’autre, considérées exotiques.  La notion renferme une signification négative pour les approches qui ont un mépris vis-à-vis des sociétés orientales et qui les considèrent non pas comme un sujet actif mais un objet passif.

Les travaux orientalistes n’ont pas perdu de leur sens dans le monde d’aujourd’hui. Mais en très grande partie, ils ont changé d’aspect. Aujourd’hui, il n’y a plus besoin autant qu’avant des travaux qu’effectuaient les chercheurs occidentaux en se rendant eux-mêmes en Orient. Car les chercheurs de pays orientaux sont plus désireux de présenter eux-mêmes ces travaux en se rendant dans les pays occidentaux.

 

Notre triste histoire de 200 ans

Les pays comme la Turquie et le Japon qui n’ont pu résister suffisamment à la civilisation occidentale, envoient depuis environ deux siècles, des chercheurs, experts, étudiants, académiciens et fonctionnaires en Occident. Aujourd’hui, plusieurs pays d’Afrique, des Balkans, du Moyen-Orient, d’Asie orientale, d’Amérique latine ainsi que la Chine et l’Inde recourent à la même méthode. Ces pays envoient des employés d’universités et de quasiment tous les ministères et établissements publics en Occident pour la connaissance, la formation et la culture. Pour que ces personnes observent et transfèrent dans leurs pays les acquis, la science et la technologie en Occident, ces pays paient de fortes sommes en mobilisant leurs ressources restreintes et en renonçant à d’autres dépenses obligatoires. Mais est-ce qu’ils obtiennent ce qu’ils souhaitent ? Puisque des hommes sont envoyés en Occident depuis deux siècles, ce n’est pas tellement le cas. « Les Japonais sont rentrés dans leur pays en obtenant la science et la technologie des Occidentaux mais les nôtres sont revenus en tant que poètes » disait un de mes professeurs à l’université. La poésie « Masal » de Sezai Karakoc exprime parfaitement bien l’histoire triste d’une perte de deux siècles, en donnant l’exemple d’un père de sept enfants.

 

Partir en Occident pour travailler pour son pays

C’est une triste réalité de voir que les étudiants, académiciens, chercheurs et employés publics envoyés en Occident pour qu’ils prennent connaissance des acquis et procédés d’autres pays occidentaux, reviennent généralement sans avoir atteint cet objectif. Une simple étude des universités et établissements publics peut nettement exposer cette situation.

Les chercheurs, fonctionnaires et étudiants travaillent généralement sur des questions qui intéressent leur pays et non pas les pays dans lesquels ils se rendent. C’est le cas surtout dans les sciences sociales. J’observe ce triste tableau à chaque fois que je rencontre une personne partie en Occident à des fins académiques et revenue en Turquie.  

 

Etre expert de la Turquie pour l’Occident et pas un expert de l’Occident pour son pays

Les travaux réalisés par ceux qui se rendent en Occident pour des formations ou pour d’autres raisons, donnent des résultats très souvent contraires à ce qui est visé. Dans ce type de situation, les pays auront transmis en Occident leurs fonds et acquis. Ceux qui partent en Occident, reviennent en travaillent sur un sujet qui concerne leur pays et non pas l’Occident, ce qui fait qu’ils ne répondent pas à un besoin dans leur pays. Comme ils travaillent sur un sujet dont l’Occident a besoin, ils se spécialisent sur des questions dont l’Occident a besoin. Prenons l’exemple de la Turquie. Des hommes sont envoyés depuis deux siècles aux Etats-Unis, en Allemagne et en France mais les experts sur ces pays sont très rares. En revanche, il y a plusieurs experts de la Turquie qui ont été formés dans des pays occidentaux avec les fonds de la Turquie. Alors qu’il est difficile de trouver un expert sur les pays occidentaux, vous verrez que des experts sur des questions qui intéressent la Turquie, sont présents partout en Occident, dans les radios, les télés, les journaux et les sites internet.

Il n’y a plus besoin de nouveaux travaux orientalistes des Occidentaux étant donné que les personnes qui se rendent en Occident de sociétés extra-occidentales, travaillent déjà sur les violations des droits de l’homme, les problèmes ethniques, les questions de minorités, les sujets stratégiques ou encore les mouvements religieux dans leur pays. Car une étude que mènera un chercheur occidental en apprenant la langue d’un autre pays et en analysant les différences sociales avec une communauté qui n’est pas occidentale, prendra beaucoup plus de temps et d’argent. Alors qu’une étude d’un chercheur venu en Occident avec les fonds de son pays et observant les faits dans son pays selon les théories et méthodes occidentales sera beaucoup plus pratique, moins couteuse et plus rapide. C’est un effort très intelligent de transformer les hommes venant en Occident, en des experts sur des questions dont l’Occident a besoin. Ce n’est pas un travail indélicat qui soit visible au premier regard, c’est un travail subtil et sophistiqué. Le problème provient-il du pays dans lequel les gens se rendent ? Parlons la semaine prochaine des problèmes engendrés par les quêtes d’un avenir dans son pays par des travaux menés pour l’Occident, le détachement d’intellectuels et l’auto-orientalisation. Mais il faut préciser que le problème ne provient pas uniquement des pays où l’on se rend, voire même que les pays occidentaux ont en une petite part de responsabilité.

 



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