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Des signes d'amélioration dans les relations turco-allemandes

Etude du Dr. Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Karatekin

Des signes d'amélioration dans les relations turco-allemandes

          Bien que les relations bilatérales entre la Turquie et l’Allemagne se soient de plus en plus tendues ces dernières années, il y a ces derniers temps des signaux d’amélioration dans les relations entre les deux pays.

          Du point de vue de la Turquie, les relations avec l’Allemagne se sont, ces dernières années, dégradées à un niveau jamais vu dans l’histoire proche. Bien que les fortes tensions entre les deux pays se soient faites sentir jusqu’à présent, elles n’ont jamais été aussi systématiques et de longues haleines que ces trois dernières années.

          Les relations s’étaient déjà détériorées depuis que le magazine allemand Der Spiegel ait dévoilé que la BND, services de renseignement allemands, écoute les hauts responsables turcs depuis 2009. Et juste après, le fait que les responsables allemands aient pris, sous prétexte de liberté d’expression, la défense du comédien allemand Jan Bohmermann qui a écrit un poème injurieux contre le président de la République turque Recep Tayyip Erdogan, au lieu de lancer une enquête contre ce dernier, a été le premier signal d’une crise apparente. Les mois qui ont suivi, l’Assemblée fédérale allemande a adopté un projet de loi reconnaissant le soi-disant génocide arménien, ce qui a ouvert une nouvelle grande plaie dans les relations diplomatiques entre les deux pays. En réponse, Ankara a refusé au ministre allemand de la Défense la visite de la base aérienne d’Incirlik, cela a fait écho dans la presse internationale. Bien que le gouvernement allemand ait affirmé que la décision de l’Assemblée fédérale n’était pas contraignante, la crise n’a cessé de gagner de l’ampleur.

          L’Allemagne a incompréhensiblement lancé toutes les démarches possibles contre d’Ankara dans la lutte de la Turquie contre les organisations terroristes PKK et Feto. Elle a accueilli sur son sol les membres de ces organisations terroristes en question, et rejeté les demandes d’extradition et de jugement de ces derniers. Il est de notoriété publique que Berlin adopte une approche négatif contre la Turquie dans sa lutte contre les organisations terroristes. Le fait que Berlin ne sente désormais plus le besoin de cacher ses activités contre la Turquie, retient l’attention.

          Durant cette période, Berlin s’est comporté avec assez de réticence dans la condamnation de la tentative de coup d’Etat avortée du 15 juillet 2016. Berlin a refusé sans raison d’extrader les auteurs de la tentative de coup d’Etat et les a hébergé sur son sol. Cette situation a fait naitre le sentiment que l’approche anti-AK Parti du gouvernement de Berlin s’est transformée en lutte mal intentionné quoi qu’il en soit. Car, bien que plus de 900 anciens membres du ministère turc des Affaires étrangères et de l’Armée turque se soient refugiés et aient reçu le droit de séjour en Allemagne tout de suite après la tentative, ils n’ont pas été renvoyés selon les registres. Face à la demande d’extradition des terroristes qui est une question critique de sécurité pour la Turquie, les autorités juridiques allemandes, ont préféré favoriser le choix politique, tenté de faire pression et d’intimider l’opposition turque, et prétendu que l’Interpol était utilisé dans ce but avec une mauvaise intention.

          En juillet 2016, cette fois-ci, l’Allemagne a refusé au président de la République turque Recep Tayyip Erdogan en campagne électorale à cette époque, le droit de s’adresser par vidéo-conférence aux Turcs qui vivent en Allemagne. Ce refus a une nouvelle fois montré le problème qu’il y a dans les relations bilatérales entre les deux pays.

          Les autorités allemandes avancent qu’il y a une restriction des droits de l’Homme dans la lutte antiterroriste de la Turquie et que la Turquie n’accorde pas suffisamment d’importance aux principes démocratiques. Face à ces allégations, le fait que l’Etat allemand ne prenne pas de mesures contre les applications racistes et ségrégationnistes contre les Turcs qui vivent en Allemagne, et que les enquêtes soient étouffées par les autorités sécuritaires et juridiques allemandes, ne sont pas considérés comme ‘anti-démocratique’ ni par la presse allemande ni par les médias internationaux !

          Le procès NSU lancé au sujet de l’assassinat des citoyens turcs qui s’est conclu il y a quelques jours, a été quant à lui, la scène de décision juridique étrange du début jusqu’à la fin. Personne d’autres, en dehors de quelques petits fonctionnaires, n’a reçu de peine, et la structure de l’organisation raciste NSU n’a pas été mise en évidence durant le processus lors duquel il est devenu quasi certain que les massacres auxquels ont été victimes des dizaines de Turcs, ont été soutenus par les groupes pronazis qui se trouvent au sein de l’Etat allemand.

          Les problèmes vécus par les deux pays avec les Etats-Unis, ont été le développement qui a gelé toute cette politique de tensions. Les approches dérangeantes reposant sur des fondements économiques et de sécurité du président américain Trump contre l’Allemagne et la Turquie, a engendré le rapprochement entre Ankara et Berlin. La probabilité que les hausses et chutes économiques basées sur le cours des devises, qui ont commencé en particulier en Turquie, aient un effet domino et affectent le secteur bancaire en Europe, a poussé l’Allemagne à se positionner aux côtés de la Turquie. Ces développements ont exposé le besoin de ces deux pays membres de l’Otan de se retrouver sur une base plus proche dans une période où les anciens engagements de l’Alliance sont remis en question par les Etats-Unis.

          Le dernier exemple en date, a été vécu lors de la visite effectuée cette semaine en Turquie par le ministre allemand des Finances Olaf Scholz et de son homologue français. Le développement des relations commerciales entre les pays et l’approche exposée par l’Allemagne en faveur du maintien de la stabilité économique de la Turquie lors des fluctuations causées par le cours des devises, ont été réitérés. Un développement similaire s’est produit la semaine précédente, lors d’une réunion qui a eu lieu à Istanbul sur l’avenir d’Idlib et à laquelle ont pris par les représentants allemands, français et russes sous les hospices du porte-parole de la présidence turque Ibrahim Kalin. La probabilité d’un flux migratoire à la suite d’une éventuelle opération contre Idlib, fait partie des principaux sujets de la politique extérieure qui inquiètent l’Allemagne.

          La Turquie possède une relation multilatérale, politique, économique, militaire et humanitaire enracinée avec l’Allemagne qui est un de ses plus anciens alliés en Europe. Ses relations avec ce pays sont plus étroites qu’avec certains pays voisins. Des visites réciproques de hauts rangs ainsi que des prises de contacts ont lieu régulièrement et traditionnellement entre les deux pays. Le fait que les relations bilatérales soient aussi étroites et multidimensionnelles, apporte également certains tests difficiles. Il faut accorder de l’importance à maintenir ouvert les voix du dialogue pour surmonter les problèmes et normaliser les relations. Le vent positif qui souffle ces derniers jours sur les relations entre les deux pays qui ont saisi le risque en commun, a engendré que la Turquie redonne des messages chaleureux au sujet du processus d’adhésion à l’Union européenne. Les risques politiques en hausse crescendo, nécessitent que Berlin suive une politique envers la Turquie avec plus d’attention.



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