Manbij : Prochain objectif après Afrine dans la lutte antiterroriste

Etude du Dr. Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

Manbij : Prochain objectif après Afrine dans la lutte antiterroriste

          La République de Turquie a tourné son attention d’Afrine à Manbij dans la lutte contre le terrorisme. Un consensus a été établi entre la Turquie et les Etats-Unis concernant Manbij. Nous allons analyser lors de notre émission de cette semaine, le dossier de Manbij à la lumière de ces développements.

          Manbij est un district rattaché à Alep, situé à l’est de la ville, à 35 km. de l’Euphrate et à 40 km de la frontière turque. Manbij est la principale zone d’habitation d’Alep Est. C’est un grand district autant sur le plan de la population que de l’espace, doté d’une importance économique grâce à ses ressources naturelles, à ses sites de production et de stockage et en tant que centre commercial dans la région s’étendant de Raqqa à Alep. Les ressources de Manbij répondent aux besoins en eau et en électricité de la région. Le contrôle de Manbij permet d’assurer le contrôle économique, commercial et des ressources naturelles de la région située entre Alep et Raqqa.

          Manbij a soutenu dès le départ le soulèvement populaire amorcé en 2011 en Syrie. Les opposants ont pris le contrôle du district le 17 juillet 2012. Daesh a commencé à entrer dans la ville en avril 2013. Des conflits mineurs ont commencé à se produire entre les opposants et Daesh à Manbij durant cette période. En raison de la réaction de plus en plus vive de la population à l’égard de Daesh, les groupes à Manbij se sont entendus pour repousser Daesh du district, chose faite en janvier 2014. La ville est restée pendant quinze jours sous le contrôle des opposants. Par la suite, Daesh a lancé une offensive bien plus forte à Manbij et s’est emparé de la ville le 21 janvier 2014. Les forces YPG/SDG soutenues par les Etats-Unis ont ensuite régné sur la ville, la reprenant des mains de Daesh.

          La structure démographique historique de Manbij est de nature hétérogène. Mais en raison du changement de la structure démographique qui s’est produit au cours des 50 dernières années, Manbij est devenue une ville à majorité sunnite arabe. Fin 2017, la population du district atteignait les 600.000 habitants, selon les estimations.

          La répartition des groupes ethniques à Manbij est la suivante, selon les chiffres de sources qui vivent à Manbij ou qui en sont originaires mais vivent dans d’autres régions : 90% d’Arabes, 5% de Kurdes, 4% de Turkmènes et 1% de Circassiens.

          Les villages turkmènes de Manbij sont situés au nord du centre-ville. On y dénombre huit villages turkmènes. Le centre-ville est composé à 4-5% de Turkmènes. A Manbij, les Turkmènes vivent sous forme de familles nombreuses. Ils sont qualifiés de tribu turkmène par les Arabes.

          Sous le joug de Daesh, la seule chose souhaitée par la population de Manbij était de se libérer du groupe terroriste. Par conséquent, le PKK/YPG n’a rencontré aucune sérieuse résistance lors de son entrée dans la ville. Au fil du temps, des changements ont été observés dans le point de vue des habitants de Manbij face à l’administration du PKK. Le renforcement de la pression du PKK et le favoritisme envers la population kurde proche du PKK ont changé le point de vue du peuple. Un autre facteur qui est à l’origine du changement d’opinion en ville à l’égard du PKK, est l’augmentation du nombre de problèmes rencontrés dans la présentation des services de base.

          Le PKK/YPG a recours à l’exil forcé dans les domaines jugés stratégiques à Manbij. Dans ce sens, le PKK a souvent recours à la confiscation de biens des habitants de Manbij. Si une personne est arabe ou turkmène elle risque très fortement de rencontrer ce genre de problèmes. S’il y a des originaires de Manbij qui sont dans la région du Bouclier de l’Euphrate ou mènent une activité politique en Turquie, eux-mêmes ou leurs proches peuvent également être victimes d’une confiscation de biens. Par exemple, tous les biens à Manbij du président de l’Assemblée turkmène de Syrie, Dr. Vecih Cuma, membre d’une famille renommée de Manbij, et de sa famille ont été saisis par le PKK/YPG.

          C’est un fait que le PKK ne veut pas se retirer de Manbij. L’organisation terroriste a changé le nom de la ville de Manbij à Mabouk en pensant qu’elle y sera permanente. Néanmoins, le PKK a conscience que c’est impossible qu’elle reste présente à Manbij dans un milieu où elle est démunie de la protection américaine. En effet, la Turquie a augmenté les pressions sur Manbij ces derniers temps. Ces pressions ont forcé les Etats-Unis à trouver un terrain d’entente concernant Manbij entre la Turquie, son allié au sein de l’OTAN, et l’organisation terroriste PKK. Ces efforts ont porté leurs fruits en fin juin 2018. Les Etats-Unis et la Turquie se sont entendus sur une feuille de route à suivre pour Manbij. Selon celle feuille de route, tous les éléments du PKK/YPG se retireront de Manbij, les armées américaine et turque assureront une surveillance conjointe de la région, un nouveau Conseil civil sera formé pour Manbij et le retour des civils de Manbij sera assuré. Les deux pays se sont également entendus sur l’application du modèle de Manbij à l’est de l’Euphrate.

          La Turquie a conscience de la grande différence entre l’accord établi avec les Etats-Unis et la situation sur le terrain. Mais elle considère pour l’instant les démarches restreintes comme une partie du processus de transition. C’est une bonne démarche, néanmoins ces initiatives restreintes peuvent avoir un impact concret à Manbij.

          Quel que soit le processus qui adviendra, je n’attends pas que la Turquie mette un terme à sa lutte contre le terrorisme du PKK. Par conséquent, la Turquie et les Etats-Unis risquent d’être confrontés si un problème se produit au niveau de l’application de l’accord établi concernant Manbij et l’est de l’Euphrate. Dans ce cas, il est évident que la Turquie devra se débrouiller seule. Oui, la Turquie devra peut-être déployer plus d’énergie, de temps et de ressources pour éliminer le PKK de Manbij et de l’est de l’Euphrate. Mais cette situation ne devra probablement pas affecter la détermination de la Turquie. En effet, elle l’a montré avec un autre exemple à Afrine, avec l’opération Rameau d’olivier.



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