La visite du président Erdogan en Inde

Une étude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

La visite du président Erdogan en Inde

Le président Recep Tayyip Erdogan a mené une diplomatie intense au mois de mai. L’Inde en était un des arrêts importants. Nous allons analyser la visite du président Erdogan en Inde ainsi que les relations entre les deux pays.

Le développement des relations entre la Turquie et l’Inde fait partie des articles importants de la politique extérieure turque. La visite en Inde du président Erdogan est importante du point de vue de la politique extérieure. Un autre détail important, Erdogan s’est rendu en Inde accompagné des députés du parti de l’Action nationaliste. Nous pouvons l’interpréter comme un signe de la politique intérieure et extérieure que suivra le président Erdogan dans cette nouvelle période.

L’Inde compte plus d’un milliard d’habitants et règne en quelque sorte sur l’océan Indien. Elle se trouve entre le monde arabe et le monde malais. Dans sa riche structure ethnique, il existe des notions turques mais aussi d’autres communautés musulmanes. 22 langues différentes sont parlées dans le pays formé de 7 régions et 28 fédérations. Les relations entre la Turquie et ce pays pluriculturel et plurilingue, datent d’antan. L’Empire moghol fondé en Inde est représenté par une étoile dans la marque de la présidence turque. Actuellement, près de 30 millions de personnes d’origine turque vivent en Inde.

L’Inde est un marché important avec une structure macro-économique stable et 200-300 millions de consommateurs ayant un réel pouvoir d’achats. Le volume commercial entre la Turquie et l’Inde est en hausse. Toutefois, la Turquie est la partie désavantageuse dans ce commerce. (L’ınde a fait d’importants investissements en Turquie. Plus de 200 compagnies indiennes ont investi en Turquie. Or, la Turquie n’a qu’une faible présence économique en Inde). Si l’Inde préserve sa croissance économique actuelle, elle sera la seconde puissance économique en 2030. La Turquie peut être un important partenaire économique pour l’Inde qui souhaite s’ouvrir vers l’Europe et le Moyen-Orient. Le volume commercial entre les deux pays est de près de 6,5 milliards de dollars. Ce n’est pas suffisant. Il faut l’élever à 10 milliards de dollars dans les plus brefs délais. Nous pouvons voir que les deux pays ont la même volonté.

Les taxes douanières sont élevées en Inde. Malgré toutes les démarches entreprises dans le domaine de la libéralisation, l’Inde tente de protéger son industrie locale avec les taxes douanières. Le gouvernement indien a promis de baisser de 20% ses taxes sur les produits et de 10% sur l’importation de matières premières dans le cadre de son engagement à l’Organisation mondiale du commerce. Toutefois, des taxes annexes sont appliquées à plusieurs produits.  De ce fait, les taxes finales sont bien trop élevées. Avec l’ajout des taxes annexes, les taxes douanières peuvent doubler. Les systèmes bancaires des deux pays n’ont actuellement aucune coopération. Les lettres d’engagement des banques turques ne sont pas acceptées. Il existe des problèmes d’équivalence bancaire et les opérations bancaires réalisées avec les banques intermédiaires sont très couteuses. Les accréditations venant des banques indiennes comprennent beaucoup trop de détails et la durée des opérations est trop longue. Il faut résoudre ces problèmes pour développer les relations économiques.

L’islamophobie qui s’accroit dans la politique peut engendrer de profondes blessures au sein des communautés en Inde. Il faut faire attention à ce sujet. Avec la visite du président Erdogan, les relations Turquie-Inde vont montrer un développement rapide. Par ailleurs, cette visite peut générer certains développements positifs. Elle peut occasionner de nouvelles bases de dialogue entre l’Inde et le Pakistan. Elle peut contribuer aux relations Inde-Chine. Elle peut servir premièrement à contrôler puis à résoudre la question de Cachemire. Elle peut apporter un équilibre entre les Etats-Unis et la Russie concernant l’Inde. La Turquie est un pays ayant le potentiel de mettre tout cela en œuvre. La forte population musulmane en Inde ainsi que les traces des Etats turcs fondés en Inde par le passé, renforcent le potentiel de la Turquie. En contrepartie, la Turquie doit faire attention à protéger l’équilibre entre le Pakistan et l’Afghanistan dans ses accords et partenariats avec l’Inde. Si elle ne tient pas compte de cet équilibre, ces deux pays (Pakistan et Afghanistan) qui sont des amis d’antan de la Turquie, pourront être blessés.

Des visites mutuelles de haut niveau entre la Turquie et l’Inde seront au bénéfice des deux pays. Ces visites ne doivent pas être uniquement réalisées au plus haut niveau, mais sur tous les niveaux. Il doit y avoir plus d’échanges d’académiciens et de relations entre les organisations de réflexion. Dans ce cadre, des conférences conjointes doivent être organisées et des questions concernant les deux pays doivent être diffusées plus souvent. En résumé, l’Inde est un pays stratégique du point de vue de sa position, sa population, ses ressources et son économie, et la Turquie continuera de développer ses relations avec l’Inde dans tous les domaines.

 

 



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