Analyse: L'entretien Erdogan-Poutine et les relations turco-russes

Une étude de Cemil Dogac Ipek, chercheur en Relations internationales à l’université Ataturk

Analyse: L'entretien Erdogan-Poutine et les relations turco-russes

 

        Actuellement la Fédération de Russie et la Turquie sont deux puissances influentes dans le Caucase, le Moyen-Orient et le bassin de la mer Noire. La Turquie et la Russie sont en concurrence géopolitique dans plusieurs domaines stratégiques mais les domaines de  coopération s’élargissent également entre  les deux pays. La Turquie et la Russie ont développé des travaux conjoints dans plusieurs domaines au terme de la Guerre Froide. D’autre part, les politiques au niveau régional et international, entre les deux pays sont également différentes en raison des intérêts géopolitiques naturels et des problèmes hérités du temps de la Guerre Froide.

          La Turquie a une importance clé pour la Russie dans son exportation d’énergie. La Russie est un grand marché pour la Turquie du point de vue de l’exportation. A partir du début des années 2000, un sérieux dynamisme a marqué les relations turco-russes. Il y a des relations bénéfiques pour les deux parties dans le domaine du commerce, tourisme et de l’énergie. D’autre part, le fait que la Turquie soit un des membres prééminents de l’Otan, et le conflit d’intérêts au Moyen-Orient, dans la région de la mer Noire et ainsi que dans les régions du sud-Caucase constituent la partie fragile des relations turco-russes. Nous pouvons également voir cette fragilité dans les développements vécus en Syrie et en Ukraine.

          La Turquie et la Russie ont assuré une sérieuse coopération dans les domaines du commerce, tourisme et de l’énergie. Le commerce bilatéral hausse de plus en plus chaque année. La Turquie assure chaque année un revenu important grâce aux touristes russes visitant la Turquie. La Turquie achète une sérieuse quantité de gaz naturel et de pétrole à la Russie dans le domaine de l’énergie. Cela représente une source importante de revenu pour la Russie. Par ailleurs, la Russie soutient la Turquie dans son projet relatif à la fondation de sa première centrale nucléaire. Les deux pays exposent une coopération importante dans le projet de gazoduc Turkstream. Une sérieuse hausse est enregistrée ces dernières années dans les mariages turco-russes. Les séries-télévisées turques font des records d’audience en Russie et assurent dans la mémoire de la population russe une image positive de la Turquie.

          Le chef d’Etat turc Erdogan a réalisé il y a quelques jours une visite officielle en Russie. Il s’est entretenu avec son homologue russe Poutine à Sotchi. La réunion de Sotchi a été une réunion développant le processus de normalisation des relations turco-russes qui a débuté le 27 juin 2016. Les médias russes ont transmis l’entretien à leurs lecteurs sous le titre ‘Retour à la coopération’. Le président Erdogan a qualifié la situation actuelle en ces termes ‘une sorte de partenariat stratégique’. Les problèmes relatifs au domaine du tourisme, de l’agriculture, du textile, de l’énergie nucléaire et au projet Turkstream ont été résolus avec l’entretien Erdogan-Poutine. Quant aux litiges relatifs à l’exportation de tomates et aux restrictions de visas, ils n’ont pas pu être surmontés. L’entretien de Sotchi a ouvert une nouvelle période dans les pourparlers d’Astana. Le fait que la Russie et la Turquie s’assoient ensemble à la table pour trouver une solution à la crise syrienne, est important du point de vue de montrer la dimension du potentiel de coopération qu’il existe entre les deux pays.

          La rencontre Erdogan-Poutine à Sotchi a ouvert une nouvelle page dans les relations turco-russes. Les deux leaders ont transmis des messages positifs dans les déclarations qu’ils ont faites au terme du sommet. Par conséquent, nous constatons que les relations turco-russes sont passées du processus de normalisation au niveau des relations communes. Bien entendu, il n’a pas été facile d’arriver à ce niveau. Des périodes difficiles ont été vécues et les relations entre les deux pays ont traversées de pénibles tests. Comme nous l’avons souligné, il y a des différends dans les politiques et des conflits d’intérêts dans plusieurs domaines entre les deux pays. Néanmoins, il sera bénéfiques pour la Turquie comme pour la Russie d’investir dans les domaines où il existe un potentiel de coopération en se comportant de manière responsable au sujet de ces différents. Car depuis le début des années 2000, la Turquie et la Russie sont parvenues à séparer avec réussite les domaines de coopérations et de litiges dans leurs relations bilatérales. C’est la raison pour laquelle, il y a actuellement de sérieux avancées dans plus sujets entre les deux pays. Si la crise syrienne se solde avec réussite via les efforts de la Turquie et de la Russie, ce sera une nouvelle ère dans la région. Cela peut faire naître sous l’égide des deux Etats, un espoir pour un grand nombre de problèmes dans la région.

          Dans la crise syrienne, la Turquie et la Russie ont des relations avec différents acteurs. S’ils parviennent à créer un mécanisme diplomatique efficace, cela pourra véhiculer des résultats positifs dans une situation qui parait négative. Les relations étroites de la Russie avec le PYD/YPG, branche syrienne de l’organisation terroriste PKK, représentent le plus grand risque du point de vue des relations turco-russes durant la période à venir. La Russie qui entreprend d’une part de bonnes relations avec la Turquie et qui de l’autre agi avec le PKK/PYD/YPG dans l’ouest de l’Euphrate, tente de prendre sous protection Afrin contre les éventuelles mesures de la Turquie. Cette situation est un comportement incompatible aux bonnes relations entre les deux pays. Il faut que la Russie mette fin à ce comportement afin que les relations s’améliorent davantage entre les deux pays.

 



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