L'Iran est sur la ligne de mire

Etude de Can Acun, écrivain-chercheur à la Fondation des études politiques, économiques et sociales (SETA).

L'Iran est sur la ligne de mire

L’embargo appliqué sous la présidence d’Ahmadinejad par les Etats-Unis en raison du programme nucléaire iranien, avait porté un coup dur à l’économie iranienne. Hassan Rohani, élu président en 2013 et positionné comme un réformateur modéré, constituait un grand espoir, dans ce contexte, pour le peuple iranien. C’est pendant la présidence de Rohani que le programme nucléaire de l’Iran a été restreint et que les sites nucléaires ont été ouverts à l’inspection en contrepartie de l’allègement de l’embargo suite aux pourparlers réalisés avec le groupe P5+1. L’accord signé sous les auspices de l’ONU a été une grande source d’espoir pour le peuple iranien et l’économie nationale. Cette situation a été suivie d’une reprise de courte durée, en effet des débats animés ont recommencé à se produire avec l’Iran après l’élection de Donald Trump. Les Etats-Unis ont annoncé le 8 mai 2018, leur retrait unilatéral de cet accord.

L’économie iranienne a été impactée par l’annonce du retrait des Etats-Unis de l’accord conclu avec l’Iran. L’Etat iranien a officiellement fixé le taux de change du dollar à 42.000 rials, le dollar américain a enregistré une forte hausse sur le marché libre. La dévalorisation du rial iranien face aux monnaies étrangères depuis le mois de janvier, a atteint le niveau de 150% sur le marché libre. En janvier 2018, 1 dollar valait 44.000 rials, contre 110.000 aujourd’hui.

Ces fluctuations majeures dans l’économie iranienne avant la réinstauration des sanctions américaines, met en lumière la situation post-embargo en Iran. Il y a derrière les sanctions appliquées contre l’Iran, la volonté de Donald Trump d’interrompre la politique expansionniste de l’Iran au Moyen-Orient et restreindre l’influence de l’Iran dans la région, plutôt que de pousser à un changement de régime. En effet, les pays du Golfe et Israël ne cachent pas leur mécontentement de la politique expansionniste de l’Iran dans la région et leur volonté de restreindre l’influence de l’Iran avec les Etats-Unis. L’objectif de frapper l’Iran par des embargos est de restreindre les fonds et ressources attribués aux éléments mandataires dans la région et ainsi de limiter l’influence de l’Iran.

Les sanctions appliquées par les Etats-Unis contre l’Iran visent à empêcher l’Iran de réaliser des activités commerciales basées sur le dollar américain, l’or et les autres métaux précieux. D’autre part, les avions et pièces d’avions ne seront pas livrés à l’Iran dans le cadre de l’embargo. Les sanctions englobent également l’industrie automobile iranienne.

Daimler fait partie des entreprises qui ont interrompu leurs investissements en Iran, suite à la menace des sanctions américaines. Alors que l’entreprise prévoyait d’élargir ses investissements en Iran et d’y produire des camions, l’embargo de Donald Trump contre l’Iran a poussé l’entreprise à réviser ses plans pour l’Iran. Donald Trump avait annoncé sur Twitter que les entreprises choisissant de faire du commerce avec l’Iran malgré l’embargo, ne pourront plus faire des affaires avec les Etats-Unis.

Malgré les sévères déclarations du président américain, les pays de l’Union européenne se sont opposés aux embargos. Le chef de la diplomatie allemande, Heiko Maas, s’est, par exemple, engagé à soutenir les entreprises européennes actives en Iran. Il a indiqué qu’ils travaillaient sur les moyens qui permettraient la continuation du transfert d’argent dans le commerce avec l’Iran, avant de déplorer les sanctions appliquées par les Etats-Unis contre l’Iran. Heiko Maas a également déclaré que les relations commerciales avec l’Iran n’étaient pas basées sur le bénéfice et qu’ils songeaient au peuple iranien, pourtant il est de notoriété publique que l’Union européenne prévoit d’obtenir un bénéfice important du commerce avec l’Iran et souhaite réduire sa dépendance envers la Russie en procédant à l’achat de gaz naturel et de pétrole iraniens. Le retrait américain de l’accord conclu avec l’Iran en ignorant les autres pays européens, peut prendre la tournure d’une divergence de vue importante entre l’Union européenne et les Etats-Unis.

Le nombre élevé de sanctions et d’embargo décidés par les Etats-Unis ces derniers temps est un indicateur du changement de la politique extérieure de Washington. Les Etats-Unis qui menacent la Turquie de sanctions suite à l’affaire Brunson, appliquent aussi des sanctions contre la Russie. D’autre part, la nouvelle salve de taxes contre la Chine doit également être interprétée dans ce contexte. La politique de sanctions et embargos des Etats-Unis qui menacent le monde entier sur le cursus des Nations unies pour la question palestinienne, peut avoir des effets positifs à court terme, mais à long terme, il semble qu’elle mettra en danger la position des Etats-Unis dans le monde et isolera les Etats-Unis.


Mots-clés: iran

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