Syrie : Un papier de tournesol pour l'humanité

Etude du Prof. Dr. Kudret Bulbul, Doyen de la faculté des Sciences politiques de l’université Yıldırım Beyazıt d’Ankara

Syrie : Un papier de tournesol pour l'humanité

Syrie : Un papier de tournesol pour l'humanité

Prof. Dr. Kudret BÜLBÜL*

 

Parfois, des leçons importantes peuvent être tirées de lourds tributs. À ce moment-là, on préférerait ne pas avoir à payer d’aussi lourds tributs, quitte à ne pas avoir ces leçons.

Cette situation est surtout valable pour la crise syrienne qui a engendré d’importantes souffrances. Le printemps arabe a fortement influencé la Syrie, tout comme les autres sociétés « fermées ». Quand le peuple syrien a commencé à se révolter contre le régime oppresseur, il a été confronté non pas à un effort de compréhension, mais à un mouvement d’oppression, soit la réaction fondamentale des régimes dictateurs.

 


Quand les valeurs européennes échouent…

Le fait que l’Iran ait pris part directement dans la guerre avec ses soldats, que la Russie ait soutenu le régime Assad et que les pays occidentaux n’aient pu mettre en avant-plan une perspective de solution, a approfondi la guerre civile syrienne. Des centaines de milliers de personnes sont morts ou ont été tués. Des millions ont été contraints de quitter leur pays.

Les pays européens n’ont montré presque aucun intérêt à la crise syrienne, jusqu’à ce que les réfugiés viennent à leurs portes. Toutefois, la réaction qu’ils ont montrée à ce stade, était réellement honteuse. La plupart des pays européens qui, auparavant, critiquaient les autres sur de nombreux sujets comme le pluralisme, le vivre-ensemble, les droits de l’homme, l’égalité, la liberté et le droit de vie, a échoué à son premier test concernant ces valeurs. Ils ont fermé les yeux au fait que les réfugiés méritaient ces valeurs. Le seul souci de la majorité des pays européens était d’empêcher que les réfugiés viennent sur leurs terres.  Ce qui a vraiment échoué sur la côte à ce moment-là, ce n’étaient pas de pauvres bébés orphelins comme Aylan, mais bel-et-bien les valeurs européennes.  

 

Turquie : le pays qui contribue aux démocraties européennes…

Imaginons un instant que la Jordanie, le Liban et la Turquie suivent les mêmes politiques que les pays européens au sujet des réfugiés et qu’ils ferment leurs portes à l’humanité/aux réfugiés. Alors des millions de réfugiés se seraient rués aux portes des pays européens. Quand nous voyons que, même le peu de réfugiés arrivés à l’UE ont été accueillis par des réactions inhumaines dans ces pays et ont renforcé les courants fascistes et nazis, nous pouvons dire qu’avec plus de réfugiés, le manque d’humanité et des valeurs se serait sérieusement approfondi en Europe.

Même quand la Turquie a accueilli 3,5 millions de Syriens à elle-seule sur ses terres et a suivi une politique de « porte ouverte » au sujet de la Syrie, les voix du parti au pouvoir ont augmenté.  Le nombre de réfugiés que la ville turque de Kilis a accueilli à elle-seule est supérieur à celui de nombreux pays européens. Le préfet de Kilis a donné une réponse historique à la déclaration d’un pays européen qui disait qu’il n’accueillerait que 130 réfugiés : « Que ce pays ne se gêne pas, moi je pourrais en accueillir autant dans ma propre maison. »

En contrepartie en Europe, les partis se concurrencent pour accroitre leurs voix avec des politiques anti-immigrés, anti-réfugiés, xénophobes et islamophobes. Le parti qui a promis « zéro réfugié » a remporté les élections en Autriche. Les partis fascistes et nazis sont en montée dans de nombreux pays d’Europe. Dans certains pays, ils constituent des coalitions. Le centre-droit et les partis gauchistes se radicalisent dans de nombreux pays pour endiguer la montée de l’extrême-droite. Nul doute, cette crise en Europe, un continent qui se replie de plus en plus sur lui-même et dont l’avenir s’assombrit au fur et à mesure, porte de grands risques pour l’humanité.  Si des partis démocratiques non extrémistes arrivent encore au pouvoir en Europe, c’est aussi grâce aux efforts surhumains de la Turquie et des pays de la région au sujet des réfugiés.

Le fait que presque aucun migrant syrien ne se soit rendu en Iran ou dans les pays du Golfe, attire également l’attention.

 

Campagne de dénigrement contre l’opération Rameau d’olivier…

Au stade actuel, bien que Daesh ait été vaincu, les politiques des acteurs mondiaux visent plus à approfondir la question syrienne qu’à la résoudre. Cette situation n’est malheureusement pas propre à la Syrie. Que ce soit en Afghanistan, en Irak, en Libye ou en Syrie, aucun pays où la coalition internationale est intervenue, ne s’est stabilisé. Au contraire, ces pays sont devenus invivables avec les morts, les larmes et les grands exodes. Ce sont les pays de la région qui ont été contraints d’en payer le prix. De ce fait, il faut des coalitions régionales pour arriver à une solution dans ce type de crise, au lieu de coalitions internationales qui elles, n’en paient aucunement le prix.

La Turquie et les pays de la région ont vivement réagi au fait que, malgré une victoire face à Daesh et l’estompement de la guerre civile, les Etats-Unis continuent de livrer des milliers de poids lourds chargés d’armes au PYD/YPG et déclarent qu’ils vont transformer l’YPG en « unité frontalière ». Le PKK et le PYD sont des organisations terroristes qui ont massacré des dizaines de milliers de personnes en Turquie et dans les pays de la région. La perception qu’auraient eue les Etats-Unis si l’organisation al-Qaïda décidait de constituer « une force frontalière » dans un pays voisin, n’aurait pas été différente de celle de la Turquie et des pays de la région face à la livraison d’armes au PYD et à la déclaration des Etats-Unis sur la « force frontalière ». La Turquie a lancé à juste titre l’opération Rameau d’olivier en vue de se défendre, d’instaurer la stabilité régionale, de libérer le peuple de l’emprise de cette organisation terroriste et d’empêcher un nouveau flux migratoire vers ses terres.

Cette opération légitime de la Turquie est gauchie avec obstination par certains milieux. Une des principales raisons de l’opération Rameau d’olivier est de protéger l’intégrité territoriale de la Syrie, car l’organisation terroriste PYD/YPG appuyée par les Etats-Unis s’installe petit à petit dans la région qui s’étend de l’Irak à la Méditerranée et divise la Syrie.

Certains tentent de dépeindre la démarche entreprise par la Turquie contre le terrorisme, comme une action contre les kurdes.

L’opération menée contre Oussama Ben Laden visait le terrorisme et non pas les arabes, il en est de même pour la Turquie. Elle n’autorisera pas la formation d’une région terroriste à sa frontière. D’ailleurs, ceux qui vivent en Turquie et dans la région savent très bien que le PYD/YPG, filiale syrienne du PKK, attaque surtout les kurdes qui ne les soutiennent pas.

Le PYD/YPG mène un nettoyage ethnique contre les kurdes, les arabes, les turkmènes et les groupes non musulmans qui ne les soutiennent pas. Des millions de personnes fuyant la zone se sont réfugiés en Turquie et dans les pays de la région. La question à se poser ici est « pourquoi l’organisation terroriste appuyée par les Etats-Unis n’autorise pas le retour des véritables propriétaires de ces terres ? ». L’opération de la Turquie permettra de nettoyer la région du terrorisme et d’assurer le retour dans le pays de toutes les notions ethniques et religieuses.

Comme toutes les grandes guerres, cette guerre aussi prendra fin un jour. L’important est de voir quelles seront les valeurs que nous aurons préservées et protégées pour les générations futures durant ces guerres.

 

Prof. Dr. Kudret Bulbul, Doyen de la faculté des Sciences politiques de l’université Yıldırım Beyazıt d’Ankara.



SUR LE MEME SUJET