L'élection présidentielle au Kirghizistan (étude)

Etude de Cemil Dogac Ipek, Docteur en Relations internationales à l’université Ataturk.

L'élection présidentielle au Kirghizistan (étude)

Le candidat du Parti social-démocrate Sooronbay Jeenbekov, vainqueur de l’élection présidentielle tenue le 15 octobre au Kirghizistan, a pris ses fonctions après avoir prêté serment. Nous allons analyser cette semaine les élections au Kirghizistan et les relations turco-kirghizes.

          Le 15 octobre 2017, une deuxième révolution pacifique du pouvoir s’est déroulée au Kirghizistan. Les élections ont été remportées par le candidat du SDP, le parti au pouvoir détenant le plus de sièges à l’Assemblée. Deux candidats étaient en lice pour le poste de président. L’ex-Premier ministre Omurbek Babanov et Sooronbay Jeenbekov. Sooronbay Jeenbekov, a été le vainqueur de l’élection présidentielle. Malgré les accusations sur des agissements contraires aux règles électorales, des arrestations, des allégations de pression sur les médias et de violation de campagne, cette dernière élection tenue au Kirghizistan a été une sérieuse lutte politique.

          D’après les résultats de l’élection présidentielle, Sooronbay Jeenbekov soutenu par le président sortant Almazbek Atambaïev, a remporté 54,28% des voix (919.654 voix) contre 33,41% pour Omurbek Babanov (566.188 voix). Le taux de participation a été de 55,93%. 1.692.423 électeurs sur les 3.025.770 au total ont fait usage de leur vote dans les 2375 urnes. Le nombre d’habitants du Kirghizistan est passé de 5,5 millions en 2011 à 6,1 millions en 2017, néanmoins le taux d’électeurs inscrits est plus bas par rapport aux présidentielles de 2011. Cette baisse peut être due à l’utilisation de la technologie de confirmation biométrique approuvée en 2014. En effet, selon le règlement électoral kirghize, les citoyens n’ayant pas fait d’inscription biométrique au système d’enregistrement à l’état-civil, ne figurent pas sur les listes d’électeurs.

 

          Sooronbay Jeenbekov, le candidat du SDP vainqueur de la présidentielle tenue au Kirghizistan, a pris ses fonctions après avoir prêté serment fin novembre. La cérémonie d’investiture de Jeenbekov a eu lieu dans la salle des congrès Ene-Say en forme de tente traditionnelle kirghize, des logements présidentiels. Il a mis en exergue l’unité et la solidarité du peuple dans son discours, précisant qu’il n’autoriserait pas la discrimination régionale et ethnique dans le pays et notamment dans la bureaucratie. Il a précisé que le Kirghizistan indépendant a prouvé au monde entier qu’il progressait dans une voie démocratique. « C’est la première fois dans notre histoire d’indépendance, que le pouvoir change de main par voie pacifique » a-t-il dit. M. Jeenbekov a remercié le peuple et ses partisans, avant d’assurer qu’il continuera à préserver les intérêts nationaux en politique étrangère. « Nous allons renforcer nos relations stratégiques avec la Fédération de Russie. Nous allons approfondir nos relations avec la Chine voisine. Nous allons développer nos relations avec nos pays voisins d’Asie centrale dans le sens de nos liens historiques. Nous allons développer notre coopération avec la Turquie et les Etats-Unis » a-t-il dit, annonçant sa feuille de route.

 

          Nous pouvons dire que le Kirghizistan, qui est principalement dans l’orbite économique et politique de la Russie, par son adhésion à l’Union économique d’Eurasie, n’a pas l’intention de changer sa direction géopolitique. Suite aux derniers amendements constitutionnels réalisés, le Parlement limite les compétences présidentielles sur la détermination de la politique étrangère du pays et la détermination des priorités dans le domaine du commerce et de la défense. Cela rend difficile une modification radicale de la politique étrangère modelée en six ans par Atambaïev.

          D’autre part, les relations turco-kirghizes suivent un cours positif dans tous les domaines avec une forte volonté réciproque au niveau du partenariat stratégique. La République de Turquie soutient l’institutionnalisation du Kirghizistan avec tous ses établissements publics et ses organisations non-gouvernementales. Les relations multidimensionnelles entre les deux pays, dans le domaine politique, économique/commercial, militaire, culturel/éducatif, mais aussi concernant la santé et les transports, sont menées dans le cadre d’une vaste base juridique représentée par plus de 200 accords et protocoles. « L’accord d’amitié et de coopération éternelles » signé en 1997 par les présidents turc et kirghiz, la déclaration « Turquie et Kirghizistan : ensemble vers le 21e siècle » publiée en 1998 ainsi que la déclaration conjointe sur la création d’un Conseil de coopération stratégique de haut niveau signé en 2011 sont les principaux documents du partenariat stratégique actuel.

          L’administration kirghize fait partie et soutient plusieurs formations au sein du monde turcophone, notamment le Conseil turcophone. Dans ce cadre, l’accueil par le Kirghizistan du centre culturel sportif et nomade du monde turcophone, dont la création a été décidée au cours du Vème sommet du Conseil turcophone, est un développement important. La République de Turquie attribue beaucoup d’importance au maintien de la stabilité et du développement au Kirghizistan qui est en pleine évolution démocratique. A ce stade, la Turquie prête appui au Kirghizistan depuis le début du processus d’évolution politique et constitutionnel. Dans ce cadre, la tenue pacifique et sereine des élections présidentielles tenues le 15 octobre 2017 au Kirghizistan a été saluée par la République de Turquie.

 



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