Gasprinski, un des symbols de l'éveil du monde turc

Etude de Cemil Dogac Ipek, Docteur en Relations Internationales à l’Université Ataturk

Gasprinski, un des symbols de l'éveil du monde turc

Ismail Gasprinski (1851-1914), est un des plus importants symboles de l’éveil national du monde turcophone. C’est le théoricien principal de l’unification du monde turcophone. Nous allons analyser cette semaine Ismail Gasprinski et ses études ainsi que leur impact sur aujourd’hui.

          Ismail Gasprinski est la première personne qui nous vient à l’esprit lorsque nous évoquons l’idée de l’unification du monde turcophone. Il est né à Avcikoy près de Bakhtchissaraï en Crimée. L’éducation qu’il a reçue dans les écoles russes l’ont orienté à alimenter des sentiments nationalistes. L’antagonisme turc sous le tsarisme a provoqué un éveil de la conscience nationale chez Gasprinski. Il commence à enseigner le russe à Bakhtchissaraï en 1868. Il quitte la Crimée en 1872 pour Paris en vue de poursuivre son éducation. Les deux années passées dans la capitale française, ont permis à Gasprinski d’analyser de près la civilisation occidentale.

          En tant que Tatar de Crimée, Ismail Gasprinski avait exprimé sa préoccupation sur l’absence d’une union entre les Turcs, en disant « Si nous continuons ainsi, l’avenir des Turcs de Russie sera sombre ». D’après lui, les communautés turques (qui portent des noms différents en Russie mais qui ont toutes les mêmes origines) risquent de se perdre dans l’environnement slave qui les entoure si elles restent séparées comme elles le sont actuellement. Elles doivent agir ensemble pour venir à bout de cette séparation. Gasprinski avait la conviction que les Turcs pourraient perpétuer leur présence en s’unissant autour d’une langue turque commune, craignant leur assimilation dans le tsarisme. Il a conçu un journal pour concrétiser ses idéaux. Ce journal qui s’adressait à l’ensemble du monde turcophone a été publié dans un langage simple, en turc. Lancé sous le slogan « Unité dans la langue, l’idée et le travail », ce journal s’intitulait Tercuman. Avec la publication de ce journal en 1883, Ismail Gasprinski a littéralement ouvert une nouvelle ère de l’éveil national et idéologique de l’ensemble du monde turcophone, notamment les Turcs de Russie. Ce journal était lu dans les quatre coins du monde turcophone, notamment à Istanbul, par les intellectuels ayant reçu une bonne éducation. Il a suscité un vif intérêt notamment en Azerbaïdjan et en Crimée. Le dynamisme idéologique, culturel et politique des Turcs de Russie a débuté par cette initiative de Gasprinski. Selon le programme de réformes prévu par ce dernier, l’éducation doit être réformée, une langue littéraire commune doit être créée entre les tribus turques, l’éducation des femmes doit être aussi importante que celle des hommes.

          En ayant conscience que la politique de russification appliquée envers les Turcs les détruirait, Gasprinski a mené des travaux réformistes en vue d’unifier les Turcs de Russie. Son initiative la plus importante concernant les réformes a été l’école usûl-i cedit (la nouvelle méthode) ouverte en 1884. La méthode de lecture facile appliquée dans l’école fondée à Bakhtchissaraï en Crimée, s’est progressivement répandue. En peu de temps, elle s’est répandue dans les autres régions turco-islamiques de Russie. Actif dans le domaine de l’éducation et de la culture, Ismail Gasprinski a déployé des efforts pour l’éveil de la conscience nationale parmi les Turcs de Russie puis l’ensemble des Turcs.

          L’une des activités les plus importantes d’Ismail Gasprinski concernant l’unité du monde turcophone, a été la création d’une langue turque commune. Il avait l’intention de faire du turc d’Istanbul une langue littéraire commune pour l’ensemble des Turcs. La langue turque devait avoir une simplicité permettant d’être comprise par le peuple et épurée de mots inutiles d’origine persane ou arabe. Cette langue répandue par le journal Tercuman de Gaspirinski, a eu de l’efficacité auprès des intellectuels de Crimée, d’Idil-Oural, du Caucase et du Turkestan. Une vaste littérature a été créée avec cette langue. Néanmoins, à l’époque de l’URSS, le courant de la langue turque commune amorcé par Gaspirinski a été entravé et le développement des langues locales a été encouragé.

          Le principal objectif d’Ismail Gaspirinski était de rassembler le monde turcophone autour d’une langue turque commune par l’intermédiaire du journal Tercuman. C’est à cette fin qu’il a choisi le turc d’Istanbul comme langue commune dans son journal. D’après Gaspirinski, le turc d’Istanbul devait être simplifié, les expressions excessives exclues de la langue pour rendre la langue plus compréhensible dans l’ensemble du monde turcophone.

          De nos jours, les idéaux d’Ismail Gaspirinski sont reflétés dans plusieurs organisations internationales avec les efforts de dirigeants comme Recep Tayyip Erdogan, Noursoultan Nazarbaïev et Ilham Aliyev. Diverses organisations, notamment le Conseil turcophone, TURKSOY, l’Académie turque réalisent des travaux dans ce sens. Il faut retenir que le but de ces travaux n’est pas le panturquisme ou le pantouranisme. En effet, ces organisations n’ont aucune hostilité, haine ou incitation à la haine face à aucun Etat ou aucune nation, mais vise uniquement à créer une coopération dans divers domaines. Par conséquent, nul besoin de suspecter ces organisations. Je tiens à souligner que la réalisation dans le monde turcophone de « l’unité dans la langue, l’idée et le travail » exprimée par Ismail Gaspirinski contribuera très fortement à la paix mondiale.



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