La visite en Turquie de Mirzioïev et les relations turco-ouzbèkes

Etude de Cemil Dogac Ipek, docteur en Relations internationales à l’Université Ataturk…

La visite en Turquie de Mirzioïev et les relations turco-ouzbèkes

            Le président ouzbek Chavkat Mirzioïev a réalisé une visite en Turquie du 25 au 27 octobre 2017. Il a procédé à des entretiens de haut niveau. Mirzioïev est le premier président ouzbek à avoir réalisé une visite en Turquie en 18 ans, ce qui signale une consolidation des relations entre les deux pays. Chavkat Mirzioïev, qui suit une politique étrangère active depuis un an, attache de l’importance aux relations turco-ouzbèkes. En effet, les responsables et les spécialistes affirment que plusieurs initiatives seront entreprises entre les deux pays.

            La Turquie a été le premier pays à reconnaître l’indépendance de l’Ouzbékistan en 1991. Par conséquent, les relations se sont rapidement développées entre les deux pays. Lors la session de l’Assemblée générale des Nations unies portant sur les incidents d’Andijan perpétrés en Ouzbékistan en 2005, la Turquie a voté contre l’Ouzbékistan. Les relations qui avaient bien commencé en 1991, ont donc stagné après 2005. Cette visite peut permettre de renforcer les relations. Lors d’une rencontre à Samarkand il y a quelques mois, Erdogan avait évoqué « l’ouverture d’une nouvelle page dans les relations » et Mirzioïev avait déclaré qu’il était « temps de passer à une réelle coopération » et de passer à l’action. Ces propos gagnent plus de sens avec la visite de Mirzioïev à Ankara. Les deux hommes se sont entendus pour la tenue du forum d’investissement turco-ouzbek et de la réunion de commission économique mixte au début de l’année prochaine.

            L’Ouzbékistan, est, de par ses liens historiques, tourné vers la Turquie. J’interprète cette visite comme la fin de la période de stagnation entre les deux pays. Les relations turco-ouzbèkes se développeront rapidement en une coopération bilatérale sur la sécurité, principalement axée sur la lutte contre le terrorisme, et notamment dans le domaine du textile, de la santé, du tourisme et de la maroquinerie. Ces relations doivent évidemment être soutenues avec la coopération des organisations non-gouvernementales, des médias et des établissements académiques. La fondation d’une université conjointe turco-ouzbèke comme l’université turco-kazakhe Ahmet Yesevi serait d’un grand intérêt. « L’université turco-ouzbèke Ulug Bey » dont un campus sera à Istanbul et l’autre à Samarkand, pourrait jouer un rôle important dans la mise en pratique dans la région turcophone du savoir historique des deux pays. L’islam hanafi-maturidi/soufi ou en bref la tradition turco-islamique, qui est une valeur conjointe des deux pays, peut être une alternative rationnelle pour l’Eurasie face au radicalisme salafiste. Les deux pays ont une importante responsabilité qui leur incombe à ce stade.

            Le régime Karimov avait deux principales particularités. Premièrement, c’était un régime quelque peu autoritaire et deuxièmement il poursuivait le système politique soviétique. Karimov avait choisi la politique d’isolation partielle afin de préserver son pays de la lutte des grandes puissances en Eurasie. Il semble que le nouveau leadership choisira de répondre par une politique proactive aux défis géopolitiques.

            L’Ouzbékistan est de par sa position géographique et son potentiel démographique, un pays clé d’Eurasie. Il est difficile d’exister au Turkestan sans créer de liens avec l’Ouzbékistan. Dans la période à venir, l’Ouzbékistan sera un pays dont les acteurs globaux et régionaux frapperont souvent à la porte pour une coopération, pour ces particularités.

            Au début de son mandat présidentiel, Mirzioïev pourra donner la priorité à la résolution des problèmes sociaux des Ouzbeks et au renforcement des relations économiques avec les pays voisins avant d’avoir recours à des changements politiques radicaux. En politique étrangère, Mirzioïev s’ouvrira davantage aux pays turcophones voisins et adoptera une attitude plus douce. Chavkat Mirzioïev a décidé de réaliser sa première visite à l’étranger en tant que président, en Russie, ce qui peut être évalué comme le premier pas de l’objectif de renforcer les relations russo-ouzbèkes, notamment dans le domaine économique.

            Le mandat de Mirzioïev sera un nouveau départ pour l’Ouzbékistan. Karimov avait mené une politique distante face aux organisations de coopération régionales comme notamment le Conseil turcophone. Le changement de cette politique pourrait ouvrir la voie à une situation gagnante pour l’Ouzbékistan et les acteurs de la région.

L’Ouzbékistan rencontre des problèmes partiels concernant les liquidités et l’énergie. Les investissements étrangers et les coopérations régionales (comme le Conseil turcophone) peuvent être une solution à la résolution de ces problèmes.

            Mirzioïev a agi en tant que Premier ministre de Karimov pendant treize ans, il est donc issu du système Karimov. Le changement ne sera pas facile, mais Mirzioïev connaît bien son pays et la région. Il a de l’expérience. La période à venir est importante sur le plan du développement des relations de l’Ouzbékistan avec le Conseil turcophone mais aussi pour la région et le monde turcophone. En effet, l’Ouzbékistan est un pays clé de la zone turcophone.



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