La concurrence entre l’Arabie saoudite et l’Iran s’étend du Moyen-Orient à l’Afrique

Une étude de Cemil Dogac Ipek, docteur en Relations internationales à l'université Ataturk

La concurrence entre l’Arabie saoudite et l’Iran s’étend du Moyen-Orient à l’Afrique

Quels que soient les évènements vécus dans son environnement proche ou lointain, ceux-ci ont toujours un lien visible ou dissimulé avec le Moyen-Orient. La question palestinienne, la guerre civile libanaise, puis l’Afghanistan, la guerre Irak-Iran, l’occupation de l’Irak, le Printemps arabe et les questions yéménites et syriennes montrent un aspect consécutif. Par ailleurs, nous pouvons voir des répliques préliminaires ou secondaires dans les autres géographies en lien avec le Moyen-Orient. La séparation de l’Inde et du Pakistan, puis la question du Cachemire, du Sahara occidental, des Philippines, de l’Érythrée, les mouvements d’indépendance des républiques dans le Caucase, la division du Soudan, les restructurations politiques et militaires dans l’Afrique subsaharienne, et autres questions, peuvent être évalués dans ce sens.

            L’Afrique subsaharienne et le Nigéria sont des locations où l’on peut voir la concurrence Arabie saoudite-Iran. Une des raisons de cette concurrence est la hausse géométrique de la population chiite dans les pays importants de l’Afrique subsaharienne, dont le Nigéria. Le Nigéria est important non seulement pour l’Afrique subsaharienne mais aussi pour le monde entier.  Important fournisseur de pétrole, le pays abrite également une forte population musulmane.

Il est vrai que la population chiite augmente rapidement au Nigéria. Mais de l’autre côté, il existe un courant islamique soufi qui s’étend dans l’Afrique subsaharienne de l’Ouest, du Sénégal au Kenya.

Des minorités chiites ont été formées conformément aux politiques d’expansionnisme idéologique soutenues par l’administration iranienne dans presque tous les pays d’Afrique après les années 1980. Les pays subsahariens, et le Nigéria en particulier, sont devenus des régions où l’Iran a voulu montrer une certaine supériorité idéologique après les années 1980.

Le fait que le Nigéria soit intégré aussi bien dans la politique iranienne que saoudienne, est une démarche tactique. L’Iran cherche à affaiblir la présence influente de l’Arabie saoudite et de l’Egypte chez les musulmans d’Afrique.  Pour renforcer sa main, il cherche à former des minorités chiites avec qui il pourra coopérer et à renforcer les minorités existantes.

L’Iran souhaite augmenter les pays avec lesquels il peut fonder plus ou moins de bonnes relations face aux Etats-Unis et à l’Arabie saoudite. Toutefois, malgré toutes ces initiatives, la forte influence américaine et saoudienne sur les pays africains, l’empêche d’agir comme il le voudrait. C’est pourquoi, le fait que l’Iran pense à utiliser la population chiite comme une notion de pression sur les administrations locales, ne nous surprend pas. En contrepartie, l’Arabie saoudite ne laissera pas l’Iran agir librement. La visite récente dans la région du chef de la diplomatie saoudienne Adil al-Jubeyr peut être interprétée comme une action réalisée en vue d’empêcher le reflet en Afrique des litiges au sein du Golfe.

L’Afrique porte également une importance particulière pour l’Arabie saoudite en raison de la sécurité de la mer Rouge. Les effets et les conséquences de la concurrence entre l’Arabie saoudite et l’Iran se reflètent non seulement sur la région mais aussi sur les autres régions en relation avec celle-ci. Les domaines de concurrence franchissent le Golfe pour s’étendre jusqu’en Afrique subsaharienne. Il faut également noter que le Nigéria souhaite fonder des relations étroites et augmenter sa coopération avec Israël, pour en faire un partenaire économique important.

Comme nous pouvons le remarquer, les guerres par procuration entre l’Arabie saoudite et l’Iran n’influenceront pas uniquement la région dans laquelle elles ont lieu, mais aussi les autres régions. Par conséquent, il y a de fortes chances que la prochaine concurrence entre l’Arabie saoudite et l’Iran ait lieu dans l’Afrique subsaharienne.

Les faits en Afrique subsaharienne ont des liens, idéologiques, économiques, voire même sociologiques avec les faits au Moyen-Orient. Dans ce cadre, nous voyons que de nouvelles formations capables d’influencer à long terme aussi bien la région que le Moyen-Orient peuvent apparaitre dans l’Afrique subsaharienne. La Turquie doit tenir compte de ces formations lorsqu’elle planifie ses politiques à moyen et long terme concernant le Moyen-Orient et l’Afrique subsaharienne.



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